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On vous emmène en balades urbaines à Mons

Ce patrimoine, en grande partie préservé des destructions et mutilations volontaires ou accidentelles, n’en est pas pour autant figé. | © Guy Focant

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Partez à la découverte du patrimoine d’une ville historique tournée vers l’avenir : les bijoux architecturaux n’y manquent pas !

Par Florence Pirard

La ville de Mons possède un remarquable patrimoine bâti, riche et diversifié. En parcourant ses rues, le promeneur ne peut qu’être frappé par les très nombreux témoignages architecturaux couvrant toutes les périodes de l’histoire de la ville depuis le Moyen Age tardif. La collégiale Sainte-Waudru, l’hôtel de ville et le beffroi en sont les fleurons. Mais le paysage montois est aussi constitué d’églises paroissiales, d’anciens couvents, de refuges d’abbayes, de chapelles et de plusieurs centaines de demeures privées, maisons de maître ou habitations plus modestes.

Ce patrimoine, en grande partie préservé des destructions et mutilations volontaires ou accidentelles, n’en est pas pour autant figé. Depuis les années 1970, la rénovation et la réhabilitation de plusieurs quartiers par des restaurations et des constructions neuves ont permis de sauver de nombreux immeubles anciens, mais aussi d’y intégrer des éléments d’architecture contemporaine. La désignation de Mons comme Capitale européenne de la culture en 2015 a renforcé davantage encore cette évolution.

La tour Valenciennoise

La Tour valenciennoise, édifiée au XIVe siècle, est le dernier vestige de l’enceinte communale. ©Guy Focant

Le patrimoine civil de la ville mérite plus qu’un détour. Edifiée au milieu du XIVe siècle entre les portes de Nimy et d’Havré, la Grosse Tour, désignée depuis le XVIIIe siècle sous le nom de Tour valenciennoise, est le seul vestige subsistant de l’enceinte communale. Elle s’élève le long de la rue actuelle des Arbalestriers. C’était l’une des plus importantes tours du système défensif montois. Elle mesure 18 m de diamètre extérieur et 10,40 m de haut. Les murs ont 3,75 m d’épaisseur. La tour a servi ensuite de magasin au blé et de magasin à poudre de 1815 à 1864. Pour répondre à cette fonction, elle a été abaissée d’un niveau et a reçu une toiture en poivrière. Depuis sa récente restauration (2005-2009), le parement a été rehaussé et une terrasse a été aménagée. En outre, un escalier et une structure métallique extérieurs ont été ajoutés afin de desservir les deux niveaux et d’y accueillir des activités.

La Maison espagnole

©Guy Focant

Dans la seconde moitié du XVIe siècle et au début du XVIIe siècle, une architecture dite espagnole se développe à Mons : gardant les caractéristiques essentielles de l’architecture gothique, elle se distingue notamment par l’emploi quasi exclusif de la brique et des pignons à degrés. La Maison espagnole, située dans la rue des Clercs (no 32), est un ensemble de trois maisons du même style datées de la fin du XVIe et du début du XVIIe siècle. Propriété de la Ville de Mons, elles ont été remaniées en 1919-1920, puis ont fait l’objet d’importants travaux de consolidation et de restauration qui se sont achevés en 2015. Dans la rue des Clercs, on trouve aux nos 21 et 23 deux autres exemples de cette architecture espagnole.

La Bonne Maison de Bouzanton

La Bonne Maison de Bouzanton, témoin de l’architecture baroque. ©Guy Focant

La Bonne Maison de Bouzanton (rue de Bouzanton) témoigne également du style baroque. C’est en 1562 que Louise de Bouzanton fonde un hospice pour orphelins qu’elle installe dans l’hôtel de Bavière. Les bâtiments visibles aujourd’hui, en forme de L, ont été érigés aux XVIe et XVIIe siècles à l’emplacement de ce dernier. Ils sont occupés par les services administratifs du CPAS de Mons. A gauche se trouve la façade de la chapelle Saint-Vincent (dite aussi Saint-Quentin), à laquelle on accède par un portail à arc en plein cintre et claveaux en bossage. Elle possède des fondations du XVIe siècle. La date de 1605 ancrée sur la façade correspond à son intégration au corps principal de l’hospice. A gauche de la chapelle, la conciergerie date de 1707. A droite de la façade, une nouvelle aile a été érigée après le détournement de la Trouille en 1872, à l’emplacement d’une aile en retour supprimée. Les deux ailes de la cour intérieure, à laquelle on accède par la rue Achille Legrand, datent de 1663. Elles sont remarquables par leur caractère homogène. Une annexe de 1703 (ancien orphelinat des filles) limite l’angle sud-est de la cour.

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Au Pistolet d’or

Au coin de la rue du Hautbois et de la rue des Epingliers, l’immeuble no 35, à l’enseigne « Au Pistolet d’or » (1711), est l’une des plus anciennes habitations de style classique montois. Dans la même rue du Hautbois, on observe également un bel hôtel particulier à double corps construit durant le dernier tiers du XVIIIe siècle (no 15).

A la Poire d’or

« À la Poire d’or », enseigne d’une maison située rue de Nimy, datée de 1789. ©Guy Focant

Dans la rue de Nimy, l’immeuble portant l’enseigne « A la Poire d’or » (n°3), daté de 1789, est représentatif du style classique montois. Le rez-de-chaussée commercial, restauré dans les années 1990, est surmonté de deux niveaux en pierre calcaire. Le cartouche d’enseigne sur l’allège centrale du premier étage est orné de rubans et d’une poire dorée.

Les casemates

Les casemates, vaste caserne en forme de pentagone. ©Guy Focant

Il subsiste peu de vestiges de l’enceinte hollandaise, démantelée entre 1861 et 1864. En bordure de la place Nervienne, la caserne casematée, ou casemates, est un vaste bâtiment en forme de pentagone. Quarante embrasures à mortier éclairent et aèrent le bâtiment, qui pouvait accueillir 2 000 hommes. La façade de 168 m de longueur est formée de douze arcades cintrées dont les piédroits sont percés d’ouvertures qui les relient pour former une galerie couverte. Le bâtiment a servi de magasin au fourrage, de dépôt de matériel militaire, puis de dépôt de matériel civil appartenant au ministère des Travaux publics et à la Ville de Mons. Classé en 1979, il abrite entre autres aujourd’hui une réserve d’objets archéologiques du Service public de Wallonie et le musée de la Route.

L’hôtel du Gouvernement provincial

L’hôtel du gouvernement provincial est élevé après 1945. ©Guy Focant

L’hôtel du gouvernement provincial (rue Verte, nos 11-13) est implanté au croisement des rues Verte et du Gouvernement. Dès la fin des années 1930, les autorités provinciales décident d’ériger un bâtiment neuf destiné à abriter les services de l’administration provinciale. Le projet est confié aux architectes Hector Godin et Charles Gauquié, qui conçoivent en 1937 les plans d’un édifice caractéristique du monumentalisme de la fin des années 1930, afin de souligner l’importance de l’institution provinciale en Hainaut. Retardés par la Seconde Guerre mondiale, les travaux commencent après 1945. Le chantier est achevé à la fin des années 1950. La façade courbe du bâtiment principal à l’angle de la rue du Gouvernement, où se trouve notamment l’hémicycle du conseil provincial, est en pierre calcaire, et décorée de bas-reliefs représentant les métiers typiques du Hainaut.

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L’auberge du Beffroi

L’auberge de jeunesse de Mons, située au pied du beffroi, offre la possibilité aux jeunes visiteurs de se loger au cœur de la ville à des prix démocratiques. ©Guy Focant

Un dernier exemple d’architecture contextuelle se situe à l’entrée de la rampe du Château, où a été construite en 2001-2002 une auberge de jeunesse, l’auberge du Beffroi, sur un site laissé en friche depuis plusieurs années. L’auteur du projet est l’atelier d’architecture AURA (Atelier d’urbanisme, de réhabilitation et d’architecture), regroupant les architectes Jean Barthélemy, Michel Poulain et Benoît Jonet. L’immeuble s’intègre parfaitement au site, dégageant la perspective sur le beffroi grâce à son élévation modérée, à ses volumes étagés sur la pente et à ses toitures plates ou en léger appentis.

Le Manège

Le théâtre Le Manège a ouvert ses portes en 2006. ©Guy Focant

Le théâtre Le Manège (rue des Passages), qui a ouvert ses portes en 2006, a été installé dans un autre vestige de la caserne Léopold, un manège de cavalerie édifié en 1903. La transformation a été conçue par l’atelier d’architecture Pierre Hebbelinck. Un module en béton recouvert d’une enveloppe en verre poli découpée de rectangles transparents a été implanté perpendiculairement au bâtiment primitif, jouant ainsi sur le contraste entre l’ancien et le nouveau. Une salle de spectacle de 600 places a été aménagée. La forme du module, disposé en porte-à-faux par rapport au sol, épouse celui de la salle, qui est donc immédiatement visible de la rue. Un parallélépipède peint en blanc a été construit entre la façade du manège et le mur d’enceinte ; il abrite les locaux administratifs. Sous le porte-à-faux de ce volume se trouve l’entrée du théâtre, tandis que le bâtiment d’origine abrite les espaces d’accueil et les locaux techniques. Les structures métalliques de la toiture ont été maintenues.

Les cours de justice

Les cours de justice de Mons, vaste édifice inauguré en 2007. ©Guy Focant

Les cours de justice, vaste édifice inauguré en 2007, regroupent plusieurs implantations judiciaires jusque-là dispersées dans divers bâtiments. Il a été conçu par l’atelier AURA. L’entrée principale se situe le long de la rue des Droits de l’Homme et est marquée par deux pavillons de style éclectique (néo-Renaissance) construits en 1900 pour servir de corps de garde à la caserne Léopold. Les baies présentent des décors du sculpteur bruxellois Godefroid Devreese, adoptant la symbolique militaire. La construction est structurée par un axe qui distribue de part et d’autre les différentes ailes occupées par les salles d’audience (structure en arête de poisson). Au sud, l’architecture de la tour massive qui abrite la cour d’assises s’inspire de celle de la Tour valenciennoise, située à proximité.

Le patrimoine exceptionnel

L’hôtel de ville et la Grand-Place de Mons.  ©Guy Focant

On ne peut consacrer un article à la ville de Mons sans évoquer les prestigieux édifices qu’elle abrite en son cœur. Symbole du pouvoir religieux du chapitre des chanoinesses, la collégiale Sainte-Waudru a été bâtie à partir du milieu du XVe siècle. Elle succède à plusieurs sanctuaires plus anciens. Le chantier s’est déroulé en plusieurs étapes successives. Les dates d’avancement des travaux sont connues par des inscriptions sur des clés de voûte : le chœur en 1450-1506, le transept en 1527 et la nef en 1519-1621.

L’édifice présente les caractéristiques du style gothique brabançon tardif. Sa grande homogénéité découle du fait que les plans de départ ont été suivis par les architectes successifs pendant plus de deux siècles. Les matériaux de construction – du grès de Bray et de la pierre calcaire de Soignies et d’Ecaussinnes – sont d’origine locale. De l’extérieur, la collégiale présente un aspect sobre et massif. Cependant, à l’intérieur, ce sont les lignes verticales qui dominent. Le plan est en forme de croix latine et le chœur est entouré d’un déambulatoire permettant aux fidèles d’accéder au plus près des reliques de sainte Waudru. La collégiale possède de nombreuses œuvres de valeur : peintures, sculptures, tapisseries, pièces d’orfèvrerie…

L’hôtel de ville est, quant à lui, le bâtiment le plus ancien de la Grand-Place. Au milieu du XVe siècle, les échevins décident de se doter d’un bâtiment moderne. Ils font appel à Mathieu De Layens, architecte de l’hôtel de ville de Louvain. Les travaux se déroulent de 1456 à 1477, avant que des événements politiques et financiers n’en arrêtent la construction. Le bâtiment de style gothique brabançon ne sera jamais terminé : il manque un étage et des tourelles d’angle. L’édifice sera ensuite modifié et agrandi entre les XVIe et XVIIIe siècles. A l’intérieur, plusieurs salles et salons méritent un détour, notamment la salle des mariages, avec son plafond stuqué de 1682.

Enfin, d’une hauteur de 87 m, le beffroi de Mons domine toute la région de la Haine depuis 1661 et est visible jusqu’à Condé en France ou aux ascenseurs de Strépy-Thieu. Cet édifice, œuvre de Louis Ledoux et d’Anthony Vincent, remplace l’ancien beffroi communal, disparu au XVIIe siècle. Principale sentinelle du système de défense de la ville, située au cœur des fortifications des XIIe et XIVe siècles, la tour est édifiée au point culminant, au cœur du site du château des comtes de Hainaut. Quarante-neuf cloches composent son carillon, dont dix datent encore du XVIIe siècle. Le style baroque se révèle à travers la richesse du décor de la construction : volutes, frontons, courbes et brisés, ressauts, balustrades ponctuées de sphères, mais aussi superposition des ordres.

Suite à la chute, en 1976, d’un corbeau soutenant le premier balcon, s’ouvre un chantier de restauration qui durera plus de trente ans. En juillet 2015, l’impressionnant travail des architectes, scénographes, ingénieurs, historiens et artisans est finalisé : le beffroi peut rouvrir ses portes dans le cadre de la Capitale européenne de la culture, grâce aux fonds européens, à la Wallonie, aux fonds relatifs au commissariat général au Tourisme et à la Ville de Mons. Réhabilité en centre d’interprétation, l’édifice abrite désormais un parcours muséal qui permet aux visiteurs de découvrir l’histoire du bâtiment, des tours qui l’ont précédé et du site, ainsi que d’admirer et d’interpréter le panorama par le biais de nouvelles technologies. n

Un couvent devenu une artothèque

Le couvent des Ursulines, situé le long de l’actuel square Franklin Roosevelt, est fondé par des religieuses enseignantes arrivées de Givet dès 1633. Les bâtiments primitifs sont agrandis entre 1659 et 1662, puis de 1704 à 1729 sous la direction de l’architecte Claude-Joseph de Bettignies. Une grande partie de l’établissement est détruite durant la Seconde Guerre mondiale. Seuls subsistent la longue aile de style classique à front du square Roosevelt, datée de 1711, et la chapelle, achevée en 1713, ainsi que des vestiges des façades qui fermaient les deux cours. Le couvent est abandonné par les ursulines en octobre 1944 au profit d’une nouvelle implantation. Racheté par la Ville de Mons, il fait l’objet d’une profonde restauration dans le cadre de Mons 2015 et est aujourd’hui le siège de l’Artothèque, lieu de conservation et de restauration des collections d’œuvres et objets d’art de la Ville de Mons. Une partie de l’immeuble a également été convertie en habitat groupé solidaire et intergénérationnel pour huit personnes seules.

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La chapelle du couvent des Ursulines, aujourd’hui ©Guy Focant

Une chose est sûre, les activités ne manquent pas à Mons. Entre ses musées, ses balades au fil de ruelles typiques et ses monuments qui invitent à remonter le temps, le chef-lieu du Hainaut dépayse et invite au voyage. A pied, en calèche ou même à bord d’un triporteur, Mons se prête idéalement à la balade. Un beffroi baroque, une Grand-Place à couper le souffle, de nombreux et riches musées, sans oublier un nombre incroyable de petites boutiques… Mons est restée authentique et se réinvente au fil des saisons. Par exemple, un nouveau parcours s’adresse aux passionnés de nouvelles technologies : le parcours Geek de la Maison du tourisme vous dévoile Mons sous un jour nouveau ! Au programme : une balade guidée de deux heures à la découverte du patrimoine et des installations numériques de la ville, inaugurées lors de Mons 2015.

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Pour en savoir plus

Sorti au printemps 2020, le Carnet du Patrimoine « Le Patrimoine de la ville de Mons » (n° 163), rédigé par Laurent Honnoré et Caroline Pousseur, est entièrement consacré à la cité du Doudou. Si vous souhaitez commander l’ouvrage (6 €) : www.awap.be – 081 230 703.

 

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