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En balade ce week-end dans le Brabant wallon : Les abbayes d’Heylissem et de La Ramée

Le parc paysager et l’abbaye de La Ramée. | © Guy Focant

Voyages

Le Brabant wallon abrite à l’est de son territoire deux abbayes d’exception : l’abbaye de La Ramée, située à Jauchelette, dans la commune de Jodoigne, et l’abbaye d’Heylissem, située dans le village d’Opheylissem, dans la commune d’Hélécine. Des sites d’exception, datant du XVIIIe siècle, à découvrir cet automne.

 

Par Florence Pirard

Vers 1215, une communauté de femmes affiliées à l’ordre des Cîteaux s’implante dans la vallée de la Grande Gette à Jauchelette, en amont de Jodoigne, sur des terres offertes par Gérard de Jauche. Elle se développe et devient une abbaye portant le nom de La Ramée. Cette présence de moniales cisterciennes dura plus de cinq siècles et demi, jusqu’à la dissolution des maisons religieuses par l’administration républicaine, en 1796. De l’abbaye subsistent principalement la grande ferme domestique et le quartier abbatial, construits au XVIIIe siècle, tandis que l’église et les bâtiments monastiques furent détruits au profit d’un parc paysager.

Le site de La Ramée est défini par la Grande Gette, dont le débit régulier et la dénivellation suffisante ont permis d’aménager des chutes d’eau capables d’actionner des moulins. Cela a certainement justifié le choix de cet emplacement précis pour la fondation de cet ensemble religieux. L’abbaye possédait un domaine comprenant des terres, des bois et des dîmes dans les villages avoisinants, ainsi que le patronage de quatre paroisses voisines.

 

Le « château » de La Ramée, aujourd’hui lieu de séminaires et de réunions. ©Guy Focant

L’histoire médiévale de La Ramée est peu documentée et reste donc mal connue. Les sources se multiplient ensuite : les luttes religieuses qui marquent la fin du XVIe et le XVIIe siècles font de la Ramée une cible facile pour les troupes traversant la Hesbaye brabançonne. A plusieurs reprises, les moniales fuient et, à chaque fois, le domaine est dévasté.

Le XVIIIe siècle offre une prospérité spirituelle et temporelle à l’abbaye : réorganisation du domaine, restauration de l’économie et reconstruction des bâtiments. Pour échapper à la suppression des couvents jugés inutiles par le pouvoir autrichien, La Ramée développe dans les années 1780 une école destinée à l’instruction gratuite des jeunes filles des environs. Mais cela ne suffira pas à la préserver. Après l’invasion des troupes de la République française, l’abbaye est d’abord lourdement taxée, ensuite supprimée et les moniales expulsées en 1796.

Mis en vente dès 1798, les biens de l’abbaye sont démantelés. La ferme et les moulins conservent leur fonction, tandis que les autres bâtiments passent entre les mains de plusieurs propriétaires avant d’être acquis en 1855 par l’industriel Charles Favart. Il décide de s’y installer et d’aménager les lieux à son goût. Supprimant ce qui restait des bâtiments conventuels – à l’exception de l’ancien quartier des hôtes, qui est transformé en résidence de plaisance et désormais appelé « château » –, il fait établir un parc avec étang par l’architecte paysager Egide Rosseels et le sépare des bâtiments de la ferme par une aile transversale, composée de deux pavillons et d’une grande serre à charpente métallique. Dès 1903, par un jeu de successions et d’héritages, le « château » et le parc accueillent une communauté de religieuses.

La bipolarité qui caractérise La Ramée a traversé les huit siècles de son histoire : une abbaye avec une ferme jusqu’au XVIIIe siècle, une résidence de plaisance et une ferme au XIXe siècle, un couvent et une ferme au XXe siècle. Au XXIe siècle, l’activité agricole et le couvent ont disparu et le site accueille une nouvelle affectation : l’organisation d’événements culturels, familiaux ou d’entreprise.

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Architecture du XVIIIe siècle

La charpente de la grange de la Dîme de La Ramée. ©Guy Focant

La Ramée est un remarquable ensemble architectural comprenant une imposante ferme, un moulin, la prélature et quelques dépendances conventuelles. A l’extérieur, au sud de la ferme, subsistent un fournil, les restes du moulin et une aile de brasserie.

La ferme abbatiale s’organise autour d’une vaste cour irrégulière de plus d’un hectare. Trois composantes émergent par leur volume et lui confèrent sa silhouette originale : la tour-porche, la tour-colombier et la grange monumentale. Un très long corps d’écuries forme l’aile occidentale, au centre de laquelle se dresse le monumental porche coiffé d’une élégante toiture pyramidale. La majeure partie de la face nord de la cour est occupée par la gigantesque grange de la Dîme, datée de 1722, dont le volume exprime l’opulence du domaine. Ce vaste bâtiment en long (49 x 22,5 m) ne compte pas moins de quatre nefs et neuf travées.

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De nombreuses vicissitudes

L’abbaye d’Heylissem, chef-d’œuvre des XVIIIe et XIXe siècles. ©Guy Focant

L’ancienne abbaye de Prémontrés d’Heylissem est fondée en 1129 par Renier de Zétrud, seigneur d’Heylissem, et son frère Gérard, abbé de Floreffe, qui délégua des moines de son institution pour en organiser la première communauté. Sa position stratégique, aux confins du duché de Brabant, lui valut d’être entourée de murs dès 1300.
L’abbaye a connu de nombreuses vicissitudes au cours des siècles, avec de nombreuses destructions suivies de reconstructions. Les bâtiments monumentaux de style Louis XVI aujourd’hui visibles ont été bâtis par le célèbre architecte Laurent-Benoît Dewez entre 1768 et 1780.

Déclaré bien national après la Révolution, le domaine est acquis en 1802 et transformé en filature de coton. Il est ensuite revendu en 1821 et une fabrique d’eau-de-vie de pomme de terre y est installée. Enfin, dès 1836, une sucrerie, dont l’activité se poursuivra jusqu’en 1927, occupe les bâtiments. Durant cette période industrielle, la majeure partie des bâtiments de la ferme abbatiale est détruite pour faire place à des constructions industrielles, elles-mêmes démolies dans les années 1950. Une bonne partie des bâtiments conventuels et le chœur de l’église sont également mis à bas. En 1870, l’architecte Alphonse Balat, architecte des serres de Laeken, est appelé pour restaurer l’ancien palais abbatial et le transformer en un véritable château. Il modifie notamment le profil du dôme et dessine la nouvelle façade latérale sud-est. Il réaménage également le parc paysager le long de la Petite Gette. En 1962, le bien est acquis par la province du Brabant, qui entreprend la restauration des bâtiments, et devient le domaine provincial d’Hélécine, un centre de séminaires et de loisirs.

 

Le parc, aménagé au XIXe siècle. ©Guy Focant

Les bâtiments visibles aujourd’hui sont principalement en briques et pierre de Gobertange sous des toitures d’ardoise. Dominant la composition au fond de la cour, une aile longue de près de 100 m offre une façade monumentale d’une admirable rigueur : l’église surmontée d’un énorme dôme centre la composition, entre les deux ailes frontales de la prélature. Les remises à voitures, les écuries et l’orangerie forment deux longs bâtiments symétriques et identiques bordant la cour d’honneur de chaque côté de l’entrée.

La Ramée, une bière ancestrale

La bière de La Ramée trouve ses origines au début du XIIIe siècle. Elle est toujours produite avec le plus grand soin, selon des techniques artisanales, au départ d’une recette unique de la Hesbaye brabançonne. Sa robe ambrée naît d’un brassage d’une variété pure de malt à deux rangs de printemps, de l’ajout de froment torréfié ainsi que d’une sélection pointue d’épices. La Ramée est une bière non filtrée, de fermentation haute, refermentée en bouteille et légèrement poivrée.

Si vous souhaitez visiter l’abbaye de La Ramée, n’hésitez pas à appeler le 010 84 96 71 ou à consulter le site internet www.abbayedelaramee.com. Pour vous rendre à l’abbaye d’Heylissem, visitez le site www.chateaudhelecine.be

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