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À la découverte d’un véritable havre de paix : L’abbaye de Grandpré

Le site de l'abbaye, en pleine nature... | © ©Guy Focant

Voyages

Le site se trouve sur le territoire de Gesves, dans le village de Faulx-les-Tombes. Située entre Namur, Assesse et Andenne, cette commune au cadre naturel est riche d’un patrimoine varié.

 

Par Frédéric Marchesani

L’entité compte en effet neuf monuments et huit sites classés, dont un, le château de Haltinne, est inscrit sur la liste du patrimoine exceptionnel de Wallonie. Parmi ces trésors architecturaux nichés en pleine nature se trouve une autre pépite, l’ancienne abbaye de Grandpré.

C’est en 1231 que la prospère et prestigieuse abbaye cistercienne de Villers-la-Ville fonde une nouvelle institution religieuse au bord du Samson. À la demande du comte de Namur, qui dotera richement les lieux, des moines y établissent d’abord un prieuré. Plus tard, à une date inconnue, le site acquiert son autonomie et devient une abbaye.

Moins célèbre ou florissante que d’autres abbayes comme Aulne ou Orval, Grandpré compte une vingtaine de moines et possède autant de fermes dans la région. Suivant le traditionnel système de filiation en vigueur chez les cisterciens, elle reste une abbaye-fille de Villers-la-Ville. Comme bien souvent, les bâtiments sont entièrement reconstruits au XVIIIe siècle, dont certains sous l’abbatiat d’Etienne Defrenne (1761-1774). À la fin du siècle, après l’annexion de nos territoires à la République française, les biens sont confisqués, nationalisés, puis vendus. L’ancienne abbaye devient une exploitation agricole après avoir été saccagée. Incendiée, elle perd une grande partie de ses bâtiments : l’église abbatiale, le cloître et le quartier de l’abbé.

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À la découverte des lieux

L’abbaye se dresse au cœur d’un domaine splendide et reposant. On accède à l’ensemble par un portail qui mène à la ferme, disposée le long d’une cour rectangulaire. À droite se dresse l’ancien logis, tandis qu’à gauche, on trouve une ancienne remise à voitures caractérisée par la présence de deux portails. La ferme de l’abbaye a été érigée au XVIIIe siècle, principalement en briques et pierre bleue sur un soubassement de calcaire. À l’est prennent place de longues étables, qui font partie des éléments les plus récents du site. À l’ouest, on trouve une seconde et massive grange en large, datant de la fin du XVIIe siècle. Dans le prolongement, à droite, on aperçoit d’autres étables du milieu du XVIIIe siècle, greffées sur l’aile d’entrée de l’ancienne abbaye.

En dehors de la ferme proprement dite se trouve l’ancien moulin abbatial, dont les bâtiments disposés en L ont été remaniés à plusieurs reprises. Florissante sous l’Ancien Régime, l’abbaye de Grandpré s’était rapidement dotée d’une hydraulique cistercienne, une caractéristique importante des sites relevant de cet ordre monacal. Le site comprenait également une forge, située à trois kilomètres en aval. Entièrement rénové en 2012, le moulin a été réaffecté pour y accueillir un gîte.

L’abbaye s’inscrit dans un site grandiose d’une dizaine d’hectares comprenant un parc à la française de trois hectares, aménagé dans les années 1990 par le bureau René Pechère & Partners. Architecte paysagiste belge de renom, René Pechère (1908-2002) est l’auteur de plus de 900 jardins privés et publics, parmi lesquels le parc botanique et les jardins du mont des Arts à Bruxelles. À Grandpré, ils occupent pour partie l’espace des anciens bâtiments conventuels disparus.

Axé sur la tour-porche, un premier jardin régulier est constitué de six parterres de gazon cloutés de cubes d’if. Le centre des quatre premiers parterres est marqué par un bassin de fontaine circulaire à margelle en calcaire et jet vertical. Au-delà du jardin régulier, de hautes colonnes d’if définissent un espace terminé en hémicycle au centre duquel un pavage reproduit le motif d’une croix grecque, évocation libre du plan de l’église disparue.

Plus loin, le parc devient paysager. On y trouve un étang aux berges naturelles. Au sud des bâtiments, un grand verger voisine avec un potager, protégé par un écran de verdure… Un hymne à la nature.

Les vestiges du canal du Samson

Les vestiges du canal du Samson avec, au loin, l’ancienne abbaye. © Guy Focant

Les cisterciens, spécialisés dans le génie hydraulique, s’installaient souvent dans des zones marécageuses qu’ils asséchaient en construisant des barrages, des canaux et des moulins. Le site choisi se situe le long du Samson, petite rivière du Condroz namurois, affluent en rive droite de la Meuse dans laquelle il se jette au niveau de Namêche (Andenne). Afin d’implanter un moulin et une forge à Grandpré, les moines créèrent un bief et canalisèrent le Samson. Une partie de ce canal passe sous les bâtiments conventuels. On peut en deviner le tracé de l’autre côté de la rue de l’Abbaye et à l’arrière du site, plus loin que la ferme.

Située rue de l’Abbaye 2 à 5340 Faulx-les-Tombes, l’abbaye ne se visite pas. Les jardins sont régulièrement ouverts à l’occasion d’événements tels que les Journées du patrimoine ou le festival Été mosan. Le gîte du moulin, accessible toute l’année, est idéal pour une découverte de la région et une escapade en pleine nature.

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