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L’abbaye du Val-Notre-Dame à Wanze : Patrimoine et éducation

Vue générale de l’abbaye avec, de gauche à droite, l’aile Saint-Michel, l’aile de l’abbesse et l’aile du pater. | © Guy Focant

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La commune de Wanze, en province de Liège, est située près de Huy, à égale distance de Liège et de Namur. Campée dans la vallée de la Meuse, au cœur de la Hesbaye liégeoise, elle fait également partie du pays Burdinale-Mehaigne ; une partie de son territoire se situe d’ailleurs dans le parc naturel du même nom.

 

Par Frédéric Marchesani

Parmi les dix monuments et sites classés de la commune, il faut compter les ruines du château de Moha ainsi que le site des roches aux Corneilles et des roches de la Marquise à Huccorgne. Parmi les autres pépites locales figure l’ancienne abbaye cistercienne du Val-Notre-Dame, aujourd’hui reconvertie en lieu d’enseignement.

Aux origines de l’abbaye

A la fin du XIIe siècle, le comte Albert III de Moha souhaite établir un monastère sur ses terres, au lieu-dit val de Rodum. L’abbaye, désormais appelée Val-Notre-Dame, est offerte successivement aux chanoines augustins de Flône, puis aux cisterciens de la prestigieuse abbaye de Villers-la-Ville. Ces derniers, particulièrement doués dans les travaux de génie hydraulique, creusent un bief dérivant la Mehaigne afin d’alimenter un moulin. En 1209, le site est cédé à une communauté de moniales qui s’affilie, l’année suivante, à l’ordre de Cîteaux.

Dédié à la Vierge, le monastère est placé sous l’autorité des abbés de Villers et du Val-Saint-Lambert au Moyen Age, puis sous celle de l’abbé d’Aulne ou de l’abbé de Moulins à l’Epoque moderne. Le domaine se constitue tout au long du XIIIe siècle. Largement situé en Hesbaye, il assure une grande prospérité à la communauté. Incendiée à la fin du XVe siècle, l’église est immédiatement reconstruite.

Dans la première moitié du XVIIe siècle, sous l’abbatiat de Nicole de Waha (1624-1648), se place une importante campagne de construction : en subsistent aujourd’hui le porche monumental (1629), qui est aussi l’entrée et le logis de la ferme, le colombier (1633), le cloître (1646) et la maison des hôtes (non datée). Un siècle plus tard, sous l’abbesse Lutgarde de Boileau (1722-1762), les moniales entreprennent la reconstruction des bâtiments abbatiaux, le quartier de l’abbesse (1741) et l’aile Saint-Michel (1751).

Comme dans bien d’autres endroits, les religieuses sont chassées par la Révolution à la fin du XVIIIe siècle. L’abbaye est vendue comme bien national en 1797 et rachetée par un industriel herstalien, Jean Gosuin, armurier de son état. L’église est détruite et l’abbaye transformée en château de plaisance. Revendu en 1901, le site est acquis par les dames de l’Assomption qui y installent un pensionnat, ouvert en 1905, et y reconstruisent une chapelle, en 1932-1934, à peu près à l’emplacement de l’ancienne église abbatiale. Le site accueille depuis lors un lieu d’éducation.

A la découverte des lieux

Les bâtiments de l’ancienne abbaye s’étendent sur un site de taille importante, entre la voirie et le bief de la Mehaigne. Au nord-est, le long de la route, se trouve l’ancienne maison des hôtes, destinée autrefois à l’accueil des visiteurs. Côté cour, la façade du milieu du XVIIe siècle est caractérisée par sa colonnade, dont les piliers de calcaire sont surmontés de chapiteaux toscans. Une allée mène ensuite vers les bâtiments abbatiaux.

A l’ouest de l’ensemble et précédé d’une cour d’honneur animée par une fontaine, on trouve un remarquable bâtiments en H formant le quartier abbatial, réédifié en 1741. Les deux ailes perpendiculaires abritent, à droite, l’aile du pater et, à gauche, l’aile de l’abbesse. Ces ailes prestigieuses étaient dévolues aux personnages les plus importants du site : l’abbesse et le pater. L’abbesse était la maîtresse des lieux et avait pour tâche de diriger l’abbaye ainsi que les moniales. Le pater était le seul homme présent sur le site. C’est à lui que revenait le travail liturgique, notamment de dire la messe.

L’aile de l’abbesse a conservé de splendides décors intérieurs du XVIIIe siècle. Elle donne sur une seconde cour, dite cour d’Espagne. Celle-ci est bordée de bâtiments sur trois côtés et est ornée, en son centre, d’un bassin octogonal daté de 1671 et flanqué des armes de l’abbesse Marie de Hemricourt. On y trouve une aile subsistant de l’ancien cloître, la chapelle néoromane et l’aile dite de Saint-Michel. A l’arrière du logis abbatial s’étend un long jardin orné, en son extrémité, d’une charmante gloriette en cul-de-four, érigée en 1742. Plus loin se trouve le bief de la Mehaigne, que l’on franchit par un petit pont en moellons de calcaire datant de 1699 et restauré en 1984. En dehors de cette première série de constructions imposantes, on trouve également un vaste complexe agricole qui, autrefois, permettait à la communauté de vivre en autarcie.

L’école aujourd’hui

De nos jours, le site abrite principalement un internat réservé aux jeunes filles. Celles-ci suivent, sur le site du Val-Notre-Dame, les cours d’humanités générales ou techniques artistiques dispensés par l’Institut libre du Condroz Saint-François. Les externes, filles ou garçons, peuvent participer aux activités et ateliers organisés par l’internat. Celui-ci offre, dans un décor patrimonial d’exception, un environnement agréable en pleine campagne. Gérée par des laïques depuis 1984, l’école fait partie d’une vaste entité scolaire. Activités d’éducation obligent, le site n’est pas accessible à la visite.

 

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