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A la découverte du château de Bois-Seigneur-Isaac

La maison seigneuriale est inscrite sur la liste du patrimoine exceptionnel de Wallonie. | © Guy Focant

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Le château de Bois-Seigneur-Isaac est une maison seigneuriale située à Ophain-Bois-Seigneur-Isaac, dans la commune de Braine-l’Alleud, dans la province du Brabant wallon, à seulement 30 km de Bruxelles.

 

Par Florence Pirard

Le château de Bois-Seigneur-Isaac est une maison seigneuriale située à Ophain-Bois-Seigneur-Isaac, dans la commune de Braine-l’Alleud, dans la province du Brabant wallon, à seulement 30 km de Bruxelles. Il s’élève au milieu d’un parc ceint d’une muraille. Le château et sa chapelle du Saint-Sang ainsi que l’abbaye voisine ont été classés comme monuments en 1969. L’ensemble a été ensuite inscrit sur la liste du patrimoine exceptionnel de Wallonie.

Un point stratégique

La demeure appartient du XIIIe au XVe siècle aux seigneurs du lieu, les Bois alias Huldenberg. Ensuite viendront les Davre, du XVe siècle à 1624, puis les Sainte-Aldegonde jusqu’à la fin du XVIIe siècle. Le château ne sera vendu qu’une seule fois dans son histoire, quand, suite à une querelle successorale de près de quarante ans, Antoine de Belhomme en fait l’acquisition en 1712. C’est à sa veuve, Marie-Thérèse de Castaigne, qu’on doit l’aspect actuel du château. La propriété passe ensuite par alliance aux Quickelberg, aux Cornet de Grez et enfin aux Snoy, toujours propriétaires des lieux.

La forteresse à l’origine du château actuel est connue par une gouache des Albums de Croÿ. Construite par les descendants d’Isaac de Valenciennes, la place forte contrôlait à l’époque un point stratégique situé à la frontière entre le comté de Hainaut et le duché de Brabant. Elle apparaît comme une forteresse à tours d’angle enserrant une cour polygonale accessible par un pont-levis. La transformation habile de ce château à caractère militaire en demeure de plaisance imposante et élégante remonte aux années 1730.

La famille Snoy et d’Oppuers possède le château depuis cinq générations. Une belle collection de portraits le décore, notamment ceux des membres de la famille qui jouèrent un rôle politique important, dont le comte Jean-Charles Snoy et d’Oppuers (1907-1991), négociateur et signataire des traités de Rome pour la Belgique aux côtés de Paul-Henri Spaak.

Le parc a été aménagé à l’anglaise au XIXe siècle et ceint d’un mur vers 1815. Il est doté de 70 arbres remarquables. Des parterres à la française, recréés par l’architecte français Duchêne, jalonnent les environs immédiats. Dans l’axe du château à l’ouest, les visiteurs peuvent admirer une remarquable allée plantée de part et d’autre de hêtres pourpres. La seule frustration des Snoy est de ne pas pouvoir ouvrir au public, pour des raisons de sécurité, le dernier boyau subsistant des anciens souterrains du château et la salle souterraine à laquelle ils mènent.

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L’entrée principale de l’abbaye de Bois-Seigneur-Isaac. ©Guy Focant

Le miracle du Saint-Sang

Face à la fortification et à la demeure qui lui succéda s’élèvent au XVe siècle un prieuré et une chapelle gothique, érigés à la suite du « miracle du Saint-Sang » qui se serait produit dans la chapelle du domaine en 1405. Selon la légende, le seigneur du lieu fut le témoin d’un miracle le vendredi précédant la Pentecôte : l’hostie se mit à saigner. Le seigneur confia alors aux chanoines de Saint-Augustin le soin d’ériger des bâtiments monastiques afin d’y accueillir les pèlerins venus en nombre. Une nouvelle chapelle vint s’adosser à l’ancienne (dont l’origine remonterait à la première croisade), qui servit de chœur avant que celui-ci ne soit reconstruit, un siècle plus tard.

Pillé et détruit à la fin du XVIe siècle, le prieuré est finalement rebâti quelques années plus tard, si l’on en croit le millésime 1597 visible dans la chapelle. L’extérieur de celle-ci témoigne encore du gothique tardif, mais l’intérieur recèle une très riche décoration du XVIIIe siècle, dont un admirable buffet d’orgue. La nef est couverte d’un remarquable plafond à stucs de style Louis XIV daté de 1703 : panneaux chantournés meublés de cornes d’abondance, coquilles et fleurs, motif central figurant le reliquaire du Saint-Sang. A la Révolution, le prieuré est acheté par le châtelain d’alors, qui permet à diverses congrégations de l’occuper. Il relève actuellement de l’abbaye d’Averbode.

 

Le chœur de la chapelle du Saint-Sang et ses très beaux lambris du XVIIIe siècle. ©Guy Focant

La tumultueuse histoire de l’abbaye

Un prieuré de chanoines réguliers de Saint-Augustin est érigé en 1413. Une chronique de l’époque rapporte que durant cette messe, un fragment d’hostie aurait saigné et taché le corporal. La même année, l’évêque de Cambrai accorda une indulgence plénière aux visiteurs du lieu et autorisa une procession annuelle, dite procession du Saint-Sang, tradition encore perpétuée de nos jours en septembre. Afin de conserver son éclat à l’oratoire dont le succès grandissait, Jean Huldenberg le céda aux religieux du prieuré des Sept-Fontaines, qui jetèrent les bases d’un nouveau prieuré. Au cours du XVe siècle, ce dernier prospéra et s’enrichit de nouvelles constructions.

Grâce à son école, il évita de disparaître sous l’empereur Joseph II , mais il ne résista pas à la Révolution française. En 1798, le comte Gommaire-Ignace Cornet de Grez, dont l’épouse Agnès-Thérèse Doneau était héritière des seigneurs du lieu, racheta tous les bâtiments.

A partir de 1903, le monastère est occupé par des prémontrés venant du Calvados. Ensuite, il est vendu à l’abbaye d’Averbode. De 1957 à 2009, des chanoines réguliers de l’ordre des Prémontrés y sont installés. A la suite du tarissement des vocations, l’ordre libanais maronite prend officiellement le 1er janvier 2010 la responsabilité de l’abbaye de Bois-Seigneur-Isaac, et celle-ci est renommée monastère Saint-Charbel.

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A ne pas manquer :

Le musée niché dans l’abbaye de Bois-Seigneur-Isaac offre aux visiteurs l’occasion d’être plongé dans la spiritualité qui règne en ce lieu depuis plus de 600 ans. Très vite, lorsque son regard se pose sur les documents et les objets historiques qui y sont exposés, le visiteur se laisse imprégner par cette atmosphère. Le musée est ouvert tous les jours de 9 h à 12 h et de 14 h à 17 h.

 

©Guy Focant

Le saviez-vous ?

Les Albums de Croÿ sont une collection d’albums et cartulaires richement illustrés de gouaches représentant des paysages et cartes de tous les villages, forêts, cours d’eau, villes et propriétés ducales. Ce document est une source unique d’informations sur les paysages et l’architecture de la Renaissance dans les régions des anciens Pays-Bas espagnols (couvrant, au tournant du XVIe siècle et au début du XVIIe siècle, le sud de la Belgique actuelle et le nord de la France). Cette œuvre a été commandée par le duc Charles III de Croÿ Ærschot (1560-1612), qui était aussi prince de Chimay, comte de Beaumont, de Seninghem et de Porcéan, seigneur d’Halluin et de Comines et vicomte de Nieuport. Les Albums ont été dispersés à travers le monde au cours du temps, mais un ouvrage en a reconstitué l’essentiel en 26 volumes.

Organisez votre visite

Le château est une propriété privée appartenant au baron et à la baronne Bernard Snoy et d’Oppuers. Le site est généralement ouvert au public à trois occasions : lors des des portes ouvertes (deux dimanches fin juin et/ou début juillet), dans le cadre des Journées du Patrimoine organisées par l’Agence wallonne du patrimoine (deuxième week-end de septembre) et toute l’année sur rendez-vous, par petits groupes, pour des visites guidées.

INFOS

Rue Armand De Moor,
3 à 1420 Ophain-Bois-Seigneur-Isaac (Braine-l’Alleud) www.bois-seigneur-isaac.be – snoy.christine@skynet.be – 067 84 07 10

 

L’ancienne abbaye porte aujourd’hui le nom de monastère Saint-Charbel. ©Guy Focant

 

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