Paris Match Belgique

Trésors wallons : L’AWaP, la fierté wallonne

Trésors wallons : L’AWaP, la fierté wallonne

Une locomotive d’époque dans l’ancienne remise de Mariembourg. | © DR

Voyages

La protection du patrimoine est au cœur des missions de l’Agence wallonne du patrimoine.

 

Par Frédéric Marchesani

Ce 1er janvier, l’Agence wallonne du patrimoine fête son troisième anniversaire. Cette célébration est l’occasion de revenir sur une de ses missions : la protection. C’est elle, en effet, qui fournit le travail qui permet au ministre du Patrimoine de signer les arrêtés de classement des monuments et sites. Ces trois dernières années, neuf nouveaux biens sont venus enrichir la liste de ceux classés en Wallonie. D’autres dossiers sont d’ores et déjà en cours de procédure. Nous vous proposons de partir à la découverte de ces monuments et sites récemment protégés.

Trésors wallons : L’AWaP, la fierté wallonne
La lunette méridienne de l’ancien observatoire de Cointe à Liège, classée au même titre que le bâtiment qui l’abrite. © DR

Le classement d’un bien est la plus importante mesure de protection et de reconnaissance prévue par le Code du patrimoine. Il est alors impossible de modifier les caractéristiques qui ont motivé le classement d’un bien sans obtenir un permis d’urbanisme ou procéder à un déclassement. En Wallonie, il existe quatre type de biens : les monuments, les ensembles architecturaux, les sites et les sites archéologiques. Lorsqu’une procédure de classement est entamée, des agents de l’Agence wallonne du patrimoine procèdent à une analyse détaillée du bien afin de déterminer s’il mérite le classement. Pour cela, ils utilisent des intérêts et critères qui sont le fondement de leur évaluation et couvrent l’ensemble du champ patrimonial. Les intérêts sont des outils d’analyse distincts et complémentaires : on y trouve l’intérêt architectural, artistique, esthétique, historique, mémoriel, paysager, scientifique, social, technique et urbanistique. Les critères sont quant à eux des indicateurs de qualité : authenticité, intégrité, rareté et représentativité.

Lire aussi > Trésor wallon : Immersion entre Famenne et Ardenne

Quelques chiffres

Actuellement, plus de 4 000 biens sont concernés par une mesure de classement en Wallonie. Les premiers ont été classés en Belgique le 1er août 1933 : trente-huit, dont vingt-six églises ! C’est notamment le cas des collégiales de Huy et d’Amay ou de l’abbatiale de Flône. Fait assez étonnant pour être souligné, ces trente-huit biens sont tous situés en province de Liège, dans l’arrondissement de Huy-Waremme.

Trésors wallons : L’AWaP, la fierté wallonne
Le pont de Fosset à Sainte-Ode, cher au peintre Fernand Khnopff. © DR

Depuis 1993, une partie des biens classés sont inscrits sur la liste du patrimoine exceptionnel de Wallonie. Cette liste, revue tous les trois ans, compte actuellement 218 entrées. C’est par exemple le cas du site du champ de bataille de Waterloo, de la maison Losseau à Mons, du palais des princes-évêques de Liège, de l’église Saint-Martin d’Arlon ou de la citadelle de Namur. De plus, six biens ou ensemble de biens wallons se trouvent sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco : la forêt de Soignes, les beffrois, les ascenseurs hydrauliques du canal du Centre, quatre grands sites miniers, les minières néolithiques de Spiennes (Mons) et la cathédrale de Tournai.

Lire aussi > À la découverte de Silly : églises classées, fermes ancestrales, circuits pédestres…

L’ancienne remise à locomotives

Mariembourg fut autrefois une station importante du réseau des chemins de fer belges. En 1854, la ligne 132 est inaugurée dans ses tronçons reliant Mariembourg d’une part à Cerfontaine, et d’autre part à la frontière française. Partant de Charleroi, elle devient une part importante du réseau grand central belge. En 1858, la ligne 156 reliant Mariembourg à Chimay est mise en service. Toutes deux ont été abandonnées pour le trafic passagers respectivement en 1963 et 1964.

En 1977, le trafic marchandises est abandonné sur la ligne 132, tandis qu’il est définitivement interrompu sur la ligne 156 en 2000. Le site exceptionnel construit à Mariembourg est alors progressivement délaissé jusqu’à sa renaissance, due à la volonté de bénévoles passionnés qui récréent le chemin de fer des 3 Vallées. D’authentiques locomotives à vapeur relient pour les touristes Mariembourg à Treignes. L’édifice le plus intéressant est l’ancienne remise à locomotives, appelée rotonde à cause de sa forme en arc de cercle. Ce grand hall de briques percé de portes monumentales est un rare témoin de l’aventure du chemin de fer au XIXe siècle. Classée comme monument, elle est à ce jour la seule à être encore en service en Belgique. Elle s’inscrit dans un ensemble architectural classé comptant d’autres édifices ferroviaires, dont notamment une remise à bois, une remise à charbon, une grue à eau et un château d’eau.

Trésors wallons : L’AWaP, la fierté wallonne
Le château d’eau. © DR

Chaussée de Givet 49-51, 5660 Mariembourg (Couvin). Classement comme monument (rotonde) et ensemble architectural le 9 novembre 2018.

Tant de merveilles sauvegardées

La carrière de Strud

Rue de Bounon, 5340 Haltinne (Gesves)
Classement comme site : le 9 octobre 2018

Cette ancienne carrière de grès est aujourd’hui connue dans le monde entier pour une tout autre raison : elle fut le lieu de plusieurs grandes découvertes paléontologiques depuis la fin du XIXe siècle. C’est ici que Maximin Lohest, qui fut à l’origine de la découverte du célèbre homme de Spy, trouva en 1888 ce qu’il prit pour une mâchoire de poisson. D’autres recherches, menées depuis 2003, ont permis de déterminer qu’il s’agissait en fait d’un tétrapode, une espèce témoin du passage de la vie aquatique à la vie terrestre. Datée du Dévonien (365 millions d’année avant notre ère), elle est considérée comme le plus vieux fossile de tétrapode trouvé dans le monde. Ce fut le premier d’une longue série. La carrière de Strud abrite des fossiles dont la richesse et la qualité permettent de se faire une idée précise de l’environnement de vie des premiers tétrapodes, mais aussi des premiers insectes. Elle attire régulièrement des paléontologistes des quatre coins de la planète.

Le pont de Fosset

Wachirock, 6680 Fosset (Sainte-Ode)
Classement comme monument : le 14 août 2019

Le hameau de Fosset, dépendance du village d’Amberloup dans la commune de Sainte-Ode, est traversé par la rivière Laval. Un vénérable pont, chargé d’histoire, permet de franchir le cours d’eau. Il a été rendu célèbre par une toile du célèbre peintre symboliste belge Fernand Khnopff, dont la famille possédait une maison dans le village. L’artiste, de renommée mondiale, a par ailleurs représenté l’ouvrage à une vingtaine de reprises. Construit en moellons de grès, long de 12 m pour une largeur de 4,2 m et comptant trois arches en anse de panier, il est typique de l’architecture rurale ardennaise d’autrefois. Erigé au début du XIXe siècle, il n’a depuis connu aucune modification ni destruction. Devenu l’emblème de la commune qui l’a intégré à son blason, il n’est plus utilisé pour la circulation depuis 1986 et a été remplacé par un ouvrage construit parallèlement en 1968. Il a enfin été restauré en 1996 par des ouvriers communaux ayant suivi au préalable une formation spécifique.

La tour Neptune

Grand-Place, 6700 Arlon
Classement comme monument : le 27 juin 2019

Trésors wallons : L’AWaP, la fierté wallonne
Bas-reliefs retrouvés dans les fondations de la tour Neptune. © DR

Derrière cette discrète entrée, le sous-sol de la Grand-Place abrite un important vestige de l’enceinte gallo-romaine d’Arlon. Il s’agit d’une tour découverte en mai 1948 et dont les fondations comptent plusieurs blocs sculptés de remploi. Parmi ceux-ci figure un très beau bas-relief représentant le dieu Neptune, qui a donné son nom à la tour de l’enceinte, toujours présent là où les maçons de l’Antiquité l’ont encastré. La découverte de la tour, lors de travaux de démolition, n’était pas attendue, et il fut dans un premier temps prévu de la démonter et de la remonter dans un square proche de l’église Saint-Donat. Toutefois, l’option du maintien in situ a finalement été choisie et couplée à l’aménagement d’un petit espace muséal. Le parement de la muraille a été dégagé en 1952, après la démolition d’une autre maison. Cette découverte exceptionnelle, une des plus importantes pour l’archéologie belge d’après-guerre, a permis de lever définitivement les doutes quant à la nature gallo-romaine de l’enceinte d’Arlon et d’en préciser le tracé : longue de 800 m, épaisse de 4 m et haute de 8 m, elle comptait une vingtaine de tours. Le diamètre de la tour Neptune elle-même, qui repose sur un socle de fondation de plan carré, approche les 8 m. Il est possible de la voir et de visiter l’espace aménagé en s’adressant à l’office du tourisme.

Le cimetière de la chaussée de l’Ourthe

Chaussée de l’Ourthe, 6900 Marche-en-Famenne
Classement comme site : le 25 septembre 2019

Le vieux cimetière Saint-Roch fait l’objet d’une attention particulière. Il est caractérisé par des tombes très anciennes et se singularise par ses nombreuses sépultures entourées de grilles en fer forgé. Avant la fin du XVIIIe siècle, ce cimetière extra-muros était réservé aux pestiférés, aux non-catholiques et aux soldats étrangers morts à Marche. En 1784, le décret de l’empereur d’Autriche Joseph II interdisant, par mesure d’hygiène, les inhumations dans les églises et à l’intérieur des villes oblige les Marchois à déplacer le cimetière qui se trouvait autour de l’église Saint-Remacle. Le nouveau site hors les murs se trouve « en dehors de la porte Basse, près des eaux de Marche » et est appelé cimetière Saint-Pierre. Mais l’endroit étant mal choisi, on y enterre seulement jusqu’en 1789. C’est dès le 22 décembre 1787 que le cimetière Saint-Roch devient le nouveau cimetière paroissial. Depuis plusieurs années, ce champ des morts, lieu de mémoire patrimoniale, est restructuré et entretenu par des bénévoles de l’asbl Qualité-Village-Wallonie. Le but est de lui rendre son aspect historique et d’en restaurer les témoignages les plus exceptionnels, telle la chapelle des Pestiférés, classée comme monument en 2017. Les sépultures inventoriées et recensées peuvent être découvertes en ligne.

Trésors wallons : L’AWaP, la fierté wallonne
La chapelle des Pestiférés dédiée à saint Roch. © DR

La chapelle Notre-Dame de Grâce

Rue Notre-Dame de Grâce, 6900 Marche-en-Famenne
Classement comme monument : le 25 septembre 2019

Implantée dans un jardin public, la chapelle Notre-Dame de Grâce est un petit édifice érigé en 1652 par le marchand Jean du Tilleul et son épouse Jeanne Wilmar. La façade et toutes les baies ont été refaites dès 1700, peut-être à l’initiative d’Alain Dargenlieu et Théodore Reuter, deux jésuites qui y sont enterrés. En face, à une quarantaine de mètres, on trouve une autre belle chapelle ouverte comptant trois faces évidées par une arcade en plein cintre retombant sur des colonnes toscanes. Des roses sont gravées dans les écoinçons. Bâtie en 1700 également, elle est couverte d’un dôme octogonal terminé par une aigrette et une croix en fer forgé.

La perche couverte

Rue Auguste Lannoye 32, 1332 Genval (Rixensart)
Classement comme monument : le 4 février 2020

Aujourd’hui devenu le Musée du tir à l’arc, la perche couverte de Genval est un des édifices patrimoniaux les plus insolites de Wallonie. Cette haute tour abrite en effet deux perches qui permettent la pratique du tir à l’arc ou tir à l’oiseau. Erigée en 1928, de plan carré et entièrement bardée d’ardoises, elle est haute de 36 m et garde vivante la mémoire d’un sport national qui eut ses heures de gloire dans nos villages. La tour abrite les deux dernières perches couvertes encore utilisées en Wallonie, qui culminent à 27,5 m de hauteur. Le principe consiste à tirer, avec des flèches aux bouts évasés, des oiseaux factices disposés sur les dents d’une herse dont le sommet est hissé tout en haut de la tour. Celle-ci était autrefois manipulée manuellement, avant l’arrivée d’un petit moteur. L’édifice a également conservé ses imposantes armoires d’origine dans lesquelles sont conservés des arcs de deux mètres de haut. Rénovée en 1998, bardée d’eternit, elle a des allures de bâtiment industriel.

L’ancien institut d’astrophysique

Avenue de Cointe 5, 4000 Liège
Classement comme monument : le 22 juin 2020

Trésors wallons : L’AWaP, la fierté wallonne
L’ancien institut d’astrophysique, mieux connu sous le nom d’observatoire de Cointe. © DR

L’institut a été érigé en 1881 selon les plans de Lambert Noppius. On doit à ce prolifique architecte plusieurs édifices tant néoclassiques que néogothiques à Liège : la salle de la cour d’Assises, l’ancien institut d’anatomie et l’ancien institut de zoologie (actuel aquarium-muséum). D’inspiration néo-médiévale, l’observatoire se situe à proximité du parc privé de Cointe. Il a abrité des services universitaires jusqu’à leur déménagement au Sart Tilman. La construction initiale, en briques rouges, est caractéristique avec ses trois tours dont deux avec coupoles, la troisième étant réservée aux observations météorologiques. On y trouve également une maison directoriale, la maison de l’assistant et la conciergerie, ainsi que deux constructions en bois : la salle méridienne (entre la tour du télescope et la conciergerie) et la salle dite du grand vertical (entre la tour octogonale et la tour équatoriale). Au fil du temps, les constructions de Noppius sont devenues trop petites et, en 1927, la maison directoriale est agrandie. En 1937, la salle du grand vertical a été remplacée par une construction en briques de deux étages, dont le sous-sol est spécialement aménagé pour la spectrométrie infrarouge. Dans les années 1960, trois nouveaux bâtiments sont construits pour accueillir le personnel et les étudiants toujours plus nombreux, dont le grand édifice jaune, qui abrite un auditoire. Délaissé en 2002, revendu, le site attend une réaffectation.

La brasserie à vapeur de Pipaix

Rue du Maréchal 1, 7904 Pipaix (Leuze-en-Hainaut)
Classement comme monument : le 16 octobre 2020

En 1785, la brasserie Cuvelier est fondée à Pipaix. A l’époque, presque chaque village possède la sienne : on en compte en effet 3 387 en Wallonie en 1907. Devenue la brasserie Biset, elle est laissée à l’abandon dans la seconde moitié du XXe siècle avant d’être rachetée et restaurée à partir de 1984. Elle a conservé une exceptionnelle machine à vapeur, produite en 1895 dans les ateliers Monsville à Quaregnon et toujours en état de fonctionnement. Voici donc le dernier atelier-brasserie au monde qui produit, dans du matériel d’époque, des bières artisanales naturelles, refermentées en bouteilles et non pasteurisées ! Le site, unique et caractéristique d’un savoir-faire industriel wallon, est classé dans son ensemble : sont ainsi protégés le bâtiment de production, le matériel et la machinerie comprise dans la brasserie. Il s’agit de la cuve en fonte de 1895, la machine à vapeur, l’ensemble du mécanisme, les deux cuves de refroidissement, le concasseur, les deux cuves à ébullition en fonte, le circuit de refroidissement et les pompes datant de la première moitié du XXe siècle. Forte de sa rareté tant au niveau belge qu’européen, la brasserie possède une valeur patrimoniale qu’augmente encore le fait qu’elle soit toujours en activité et ouverte au public.

Trésors wallons : L’AWaP, la fierté wallonne
La brasserie, dernière au monde à produire de la bière dans un matériel du XIXe siècle. © DR
CIM Internet