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Chateau de Harzé : bienvenue dans l’antre de la puissante famille ardennaise des Montaigu

Le massif bâtiment rectangulaire affiche une majestueuse façade. | © Guy Focant

Voyages

Un colosse ardennais à la riche histoire accessible dans le respect des mesures sanitaires. Le port du masque y est obligatoire et il est indispensable de réserver sa visite à l’avance.

 

Par Frédéric Marchesani

 Le village de Harzé se trouve dans la commune d’Aywaille, en province de Liège. Il formait une commune à part entière avant la fusion de 1977. Un village essentiellement agricole, bien qu’on y ait exploité du minerai de fer : quatre fours à chaux ont été ont été actifs entre 1815 et 1830. Situé à la limite de l’Ardenne et de la Calestienne, le village est arrosé par trois ruisseaux : le Wayai, le ruisseau de la Heid Copin et le ruisseau de l’Hermiterie. On trouve également plusieurs chantoirs, des cours d’eaux qui, pour un moment, rentrent sous la terre avant de réapparaître plus loin à l’air libre.

Côté patrimoine, l’église Saint-Jacques est assez récente, puisqu’elle a été édifiée en style néoroman entre 1876 et 1879. Le moulin, déjà mentionné au XVIe siècle, a été reconstruit au XIXe siècle. La pépite patrimoniale du village est sans contexte son monumental château, classé comme monument et site depuis le 5 mars 1965.

 

L’imposante tour circulaire bâtie en 1647 et sa toiture refaite en 1861, partie intégrante des anciennes dépendances. ©Guy Focant

La famille des Montaigu

Sous l’Ancien Régime, Harzé est une seigneurie qui relève du duché de Luxembourg. Elle est citée dans les textes dès 890 et fait alors partie des possessions de la puissante famille ardennaise des Montaigu. Durant le reste du Moyen Age et des Temps modernes, la seigneurie appartient successivement à diverses familles de la très haute noblesse de notre région : les Clermont, les La Marck, les Ligne, les Lynde, les Suys, les Aspremont-Lynden…

Elle possédait une haute cour de justice et la paroisse était à la collation du seigneur. Cela signifie que c’est le seigneur de Harzé qui possédait le droit de choisir le prêtre officiant dans l’église qui, à l’époque, se trouvait sur le site même du château. En 1973, la province de Liège a racheté l’ensemble et y a installé un centre résidentiel de séminaires.

Un bijou historique

Le château compte plusieurs parties bien distinctes. Il est installé sur un faux éperon au nord du village et doit le meilleur de sa physionomie actuelle à Ernest de Suys, qui y entama d’importants travaux dans le second quart du XVIIe siècle. A l’ouest, on trouve une importante cour de ferme dont les angles occidentaux sont encore pointés de tours circulaires sommées d’une coiffe octogonale d’ardoises. Celle visible depuis la rue possède une toiture refaite en 1861 et est flanquée d’une dalle aux armes des Suys. Des différentes ailes de la basse-cour subsistent essentiellement des bâtiments au nord, ainsi que l’aile sud à rue. Celle-ci est ouverte d’une imposante entrée cochère en plein cintre, au-dessus de laquelle se trouve un panneau armorié millésimé 1647.

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L’entrée du parc du château, vers Aywaille, est flanquée de tourelles reliées par une courtine, ajout du XXe siècle. ©Guy Focant

Il est orné du blason des Suys et du blason des Lynden, tous deux surmontés d’une couronne. A l’intérieur, cette aile de dépendance a conservé ses fenêtres d’époque. Si la cour de ferme prend aujourd’hui plutôt l’aspect d’un parc arboré, il faut imaginer qu’elle formait un quadrilatère enclos à l’époque de son édification. L’aile ouest a en effet été détruite au XIXe siècle afin de créer une perspective vers un espace paysager.

C’est à l’est de l’ensemble que se trouve le château en lui-même. Il s’agit d’une vaste construction en L érigée en trois temps. Le massif rectangulaire situé au nord, probablement le plus ancien, a conservé des baies du XVIe siècle. L’imposant et massif corps central est dû à Ernest de Suys. Protégé par une vaste bâtière d’ardoises percée de lucarnes, il affiche une magistrale façade de neuf travées irrégulièrement réparties entre deux niveaux et demi ouverts de baies à traverse. Un perron et un balcon y ont été ajoutés par la suite. A l’angle sud-ouest se place une tour d’angle, de plan carré, dont les fines fenêtres sont probablement d’ancienne archères ayant été élargies. La tour possède une très belle coiffe d’ardoises à quatre faces.

La façade occidentale de cette tour s’ouvre sur la cour d’honneur par une remarquable galerie de style Renaissance. Longue de quatorze travées, elle s’orne de hautes fenêtres à triple traverse. Elément le plus intéressant de l’ensemble, la splendide colonnade crée une charmante galerie couverte au rez-de-chaussée. Avec ses arcades en plein cintre reposant sur des colonnes toscanes, elle fait de cette façade l’un des plus beaux exemples du style mosan.

Enserré aujourd’hui entre ce massif bâtiment du XVIIe siècle et le portail, se trouve un important noyau calcaire plus ancien. Il a conservé des murailles de près de deux mètres d’épaisseur, depuis percées de baies à queues de pierre. Sur la droite, un pont de pierre traverse les anciennes douves et sépare le château en lui-même de son prolongement oriental. C’est là que fut édifié un majestueux portail à crossettes, pilastres latéraux et bossages, sous un couronnement en deux niveaux. Modifié en 1753, il porte un panneau aux armes des Rahier-Berlaymont. Enfin, au nord-est de l’ensemble, on trouve les vestiges de l’ancienne église castrale, démolie en 1875, et son ancien cimetière.

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La tour d’angle est ornée d’une dalle armoriée millésimée 1647 figurant le blason des Suys, surmonté d’une couronne ©Guy Focant

L’avenir du château

Pressée de rationaliser son parc immobilier, la province de Liège a annoncé en septembre 2020 son intention de vendre le château de Harzé. Le site est estimé à 3,5 millions d’euros. La vente n’a pas encore été actée, mais un Liégeois s’en est porté acquéreur. Il s’agit d’Axel Witsel, ancien footballeur au Standard, actuellement Diable rouge et joueur du Borussia Dortmund. Il prépare déjà son après-carrière et gère son capital en bon père de famille, notamment en investissant dans l’immobilier liégeois. Vivant à Dolembreux, dans la commune toute proche de Sprimont, il a visité les lieux avec son épouse, fait une offre et s’est officiellement porté acquéreur en novembre dernier. C’était avant la blessure dont il vient d’être la victime et qui va l’immobiliser durant des mois !

Préparez votre visite

Le château dispose de six salles de réunions et de vingt-deux chambres tout confort pour organiser des séminaires, réunions, incentives et autres événements. Le restaurant « La Petite Auberge » complète le site. Actuellement fermés à cause de la crise sanitaire, ils vous accueilleront dans les prochaines semaines. Les dépendances du château abritent le Musée de la meunerie et de la boulangerie, exposant la fascinante histoire du pain. Outre la reconstitution d’un moulin à eau, on peut y admirer des centaines d’objets rares et insolites. Pétrin et batteurs fonctionnent devant nos yeux. Un retour au cœur d’un témoin de notre passé.

Le musée est accessible dans le respect des mesures sanitaires. Le port du masque y est obligatoire et il est indispensable de réserver sa visite à l’avance. Tarif : 4,50 € (adultes) et 3,50 € (moins de 14 ans). Gratuit le premier dimanche du mois. www.palogne.be – info@palogne.be – 086 21 20 33

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À travers l’entrée cochère apparaît l’ancienne basse-cour et l’une des anciennes tours du quadrilatère. ©Guy Focant

 

 

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