Paris Match Belgique

Douce Gaume : Escapade à Saint-Léger et Tintigny

La chapelle Notre-Dame du Refuge, au cœur de l’ancien ermitage de Wachet. | © Guy Focant

Voyages

Saint-Léger et Tintigny font partie de ces communes gaumaises où il fait bon vivre. Facilement accessibles et situées en pleine campagne, elles conservent un riche patrimoine qui fait la part belle aux traditions d’antan et au petit patrimoine populaire.


Par Frédéric Marchesani 

Située entre Arlon et Virton, Saint-Léger compte trois villages : Châtillon, Meix-le-Tige et Saint-Léger. La commune est arrosée par le Ton. Un peu plus au nord, entre Etalle et Chiny, se trouve la commune de Tintigny. Celle-ci compte une multitude de villages (Ansart, Bellefontaine, Breuvanne, Han, Lahage, Poncelle, Rossignol, Saint-Vincent et Tintigny) et est notamment traversée par la Semois. Partons à la découverte de quelques morceaux choisis.

Martyrs de la guerre

L’église Notre-Dame de l’Assomption de Tintigny est classée comme monument depuis le 21 octobre 1980. Imposante, dressée au sommet d’un escalier monumental, elle attire immédiatement le regard. Ce très bel escalier à balustrades est doté d’un émouvant monument aux morts de la Première Guerre mondiale. Il comporte une statue d’un enfant assis sur les genoux de son grand-père, œuvre du bruxellois Jean Canneel.

L’ensemble a été érigé à l’emplacement de maisons incendiées en 1914, rappelant que Rossignol et Tintigny comptent parmi les villages martyrs de la Grande Guerre. L’avant-corps de l’église a été érigé en 1896 sur l’emplacement d’une ancienne tour tout en conservant un portail millésimé 1633. Le reste de la tour – sommée d’une flèche octogonale – est de style néo-Renaissance. L’intérieur du sanctuaire a conservé sa physionomie du XVIIe siècle. L’édifice a été érigé en 1602 et modifié déjà quelques décennies plus tard. Il a été doté d’un splendide mobilier baroque en 1733.

Lire aussi >On vous emmène en balade à Aubange, Messancy et Musson

 L’église Notre-Dame de l’Assomption à Tintigny et son imposant escalier à balustrades.©Guy Focant

Dans la commune de Saint-Léger, l’ancien ermitage de Wachet ne manque pas de charme. On y admire la chapelle Notre-Dame du Refuge, sanctuaire édifié en 1678. Dotée d’une seule nef, percée de baies en plein cintre, elle est accessible par un portail surmonté d’une niche contenant une statue de la Vierge millésimée 1678. Elle est surmontée d’un Christ en croix placé sur la partie de la façade essentée d’ardoises et sommée d’un beau clocheton. Ce petit sanctuaire se trouve dans le bois dit de Wachet, et situé au terme d’une voie bordée d’un chemin de croix de quatorze stations. Elles ont été sculptées à la fin du XIXe siècle dans le calcaire bajocien par les ateliers Depienne et Devaux de Saint-Léger.

Typique de la Lorraine belge, région naturelle dans laquelle se trouve la Gaume, les calvaires sont fréquents dans les villages. Beaucoup d’entre eux datent des XVIIe et XVIIIe siècles. Ils sont les témoins d’une grande ferveur populaire, particulièrement développée dans la province du Luxembourg sous l’Ancien Régime.

Ferme-château

Comme bien d’autres communes luxembourgeoises, Saint-Léger et Tintigny sont riches de centaines d’édifices caractéristiques du patrimoine rural. On y trouve bien des fermes bicellulaires ou tricellulaires, dotées d’usoirs. Typique de la Gaume, l’usoir désigne l’espace compris entre la chaussée et le bâti, où les maisons sont souvent jointives. Parmi les très nombreux bâtiments repris à l’inventaire du patrimoine architectural, on peut citer la ferme-château de Bellefontaine.

 

L’ancienne ferme-château de Bellefontaine accueille aujourd’hui l’école du village. ©Guy Focant

Cet ensemble en quadrilatère, superbement restauré, a été construit vers 1713-1733 pour Jean-Charles de Hugo, notaire et officier féodal qui a donné son nom à une rue du village. Les volumes sont disposés en L et protégés par deux murs de clôture fermant une cour intérieure. Du côté de la rue, la ferme est accessible par un portail millésimé 1727 et doté d’une coiffe d’ardoises. L’édifice abrite aujourd’hui l’école communale du village.

Un riche passé industriel

La commune de Saint-Léger est riche d’un passé industriel lié à la sidérurgie, facilitée par les nombreux cours d’eau qui alimentent les villages de la région. Le village de Châtillon compte deux anciens fourneaux, témoins de ces activités. Le fourneau Dahérée a été fondé dans les premières années du XVIIe siècle. Il conserve trois bâtiments disposés autour d’une cour ombragée dont un remarquable volume en moellons, du XIXe siècle, abritant les anciens ateliers.

Non loin de là, le fourneau David a été construit sur le cours de la Pichelotte, un affluent du Ton. Ce haut fourneau a été fondé par Gérard Chapiron en 1584. L’usine est reprise en 1636 par Nicolas David qui lui donne son nom actuel. Le site a définitivement arrêté ses activités en 1966. Les bâtiments aujourd’hui conservés datent de la première moitié du XIXe siècle.

Lire aussi >3 balades à découvrir en Wallonie durant ces vacances de carnaval

Le fourneau David à Châtillon, témoin du passé sidérurgique de la région. ©Guy Focant

Outre ces activités sidérurgiques, les villages comptaient également de nombreux moulins dont plusieurs ont été conservés. Celui de Châtillon date de 1775 et fut doublé d’un second en 1827. Il a arrêté ses activités en 1950 et a, depuis lors, été reconverti en habitation. A Saint-Léger, le moulin de la Paix s’inscrit dans un superbe site comprenant plusieurs édifices érigés entre le XVIIe et le XXe siècle.

Lavoirs gaumais

Typiquement rural, le lavoir est l’endroit où l’on vient exclusivement laver son linge. Il participe à la vie courante de la communauté paysanne et occupe une place importante au sein du village, où il est le lieu de rendez-vous des lavandières. Beaucoup de ces lavoirs n’ont malheureusement pas survécu à l’invention des machines électriques, mais plusieurs d’entre eux restent aujourd’hui des témoins d’une époque révolue. La Gaume et ses villages traditionnels conservent un nombre conséquent de lavoirs et les communes qui nous occupent ne sont pas en reste.

On en trouve à Châtillon, Saint-Léger, Tintigny, Rossignol, Lahage, Ansart et Bellefontaine, ces deux derniers étant protégés par une mesure de classement, respectivement depuis 1985 et 1990. Saint-Léger possède la particularité de conserver pas moins de quatre lavoirs, dont deux lavoirs-tunnels, des édifices à moitié enfouis sous terre et couverts d’une voûte en plein cintre. Bellefontaine compte trois lavoirs dont un des plus atypiques : classé depuis le 24 octobre 1990, il donne une insolite touche Belle Epoque aux rues du village. Comme bien d’autres édifices faisant la fierté de nos traditions ancestrales, les lavoirs de Bellefontaine et Lahage ont récemment été très bien restaurés.

Le lavoir classé de Lahage, celui Belle Epoque de Bellefontaine, les bacs calcaires dans un lavoir de Bellefontaine, le lavoir de Châtillon et celui de la rue des Fabriques
à Saint-Léger.

 

©Guy Focant

Préparer sa visite

Les deux communes possèdent un syndicat d’initiative très dynamique qui a mis en place de très beaux itinéraires dans la région. A Saint-Léger, outre des balades à thème didactiques, parfaites pour une promenade avec des enfants, dix promenades balisées vous feront découvrir la commune. D’une durée d’une à quatre heures, elles proposent chacune un sujet particulier : la route des lavoirs, la balade des croix, le parcours de l’eau… La commune de Tintigny propose également de nombreux parcours bucoliques et balisés téléchargeables sur le site internet. Voilà quelques idées pour découvrir cette belle région qui, tant du côté du patrimoine que de la nature, a bien des choses à offrir.
Infos
www.sisaintleger.be
www.si-tintigny.be

 

Une station du chemin de croix de Wachet, au cœur des paysages enneigés de la Gaume. ©Guy Focant

CIM Internet