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En visite à Florennes, la cité médiévale

L’intérieur de la collégiale abrite un orgue construit en 2002. A l’avant-plan, le bel aigle-lutrin en bois date du XVIIIe siècle. | © Guy Focant

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Située dans la région de l’Entre-Sambre-et-Meuse, elle est l’une des plus charmantes bourgades de la province de Namur.

 

Par Florence Pirard 

La ville de Florennes s’étale dans une faible dépression traversée par la route Namur-Philippeville. A l’est de celle-ci s’étend une vaste zone bâtie assez hétérogène, qui s’est développée aux alentours de la chapelle Saint-Pierre – jadis isolée –, probablement depuis la création de la ligne de chemin de fer Châtelet-Couvin en 1862. A l’ouest de l’axe routier, la ville ancienne, signalée par la flèche baroque de l’église, a nettement débordé l’étroit périmètre des remparts. Son développement a toutefois été entravé vers l’ouest par le château, son parc et l’abbaye bénédictine Saint-Jean, dont seule la ferme subsiste à Saint-Aubin.

Florennes a été le siège d’une des plus importantes seigneuries liégeoises de l’Entre-Sambre-et-Meuse, qui coiffait aussi près de la moitié des localités de l’actuel arrondissement de Philippeville, avant la création au XIe siècle de la seigneurie de Morialmé au profit d’une branche cadette des Rumigny-Florennes. Le nom de cette famille puissante est d’ailleurs intimement lié aux principaux monuments de la ville : construction du château et fondation de la collégiale Saint-Gangulphe, de l’abbaye Saint-Jean et de la chapelle Saint-Pierre.
La collégiale est une construction millénaire. L’oratoire a été fondé vers 1002 par le seigneur du lieu, Arnould Ier de Rumigny, puis transformé en collégiale et agrandi vers 1026 par Wery, abbé de Saint-Jean.

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Dans la collégiale, la statue équestre de saint Gangulphe de Varennes contient un coffret avec ses reliques. ©Guy Focant

Sobre et classique mais devancé par une tour d’allure baroque, le bâtiment est reconstruit en 1754-1756 sur les plans de l’architecte Jean-Baptiste Chermanne, au départ de la vieille bâtisse romane, qui ne transparaît plus à l’extérieur. En revanche, à l’intérieur, l’édifice du début du XIe siècle se trahit par le rythme des cinq premières arcades en plein cintre de la nef centrale, qui retombaient sur des piliers carrés. La tour a largement été retouchée en 1595 et une flèche baroque surmontée d’une croix en fer forgé et d’un coq y a été ajoutée, probalement en 1665.

Elevé en calcaire, l’édifice classique est composé aujourd’hui de trois nefs de sept travées sous d’amples toitures d’ardoises, et d’un chœur de deux travées devant l’abside semi-circulaire.
Le mobilier de la collégiale comprend quelques très beaux éléments dont un maître-autel à tabernacle et un latéral nord du XVIIIe siècle, un autel latéral sud avec une toile de l’Echelle du Salut datée de 1647, des stalles des XVIIIe et XIXe siècles et un bel aigle-lutrin en bois du XVIIIe siècle.

L’église abrite également de nombreuses sculptures des XVIIe et XVIIIe siècles ainsi qu’un calvaire en bois polychrome du XVe siècle, une Vierge à l’Enfant sculptée vers 1500, des fonts baptismaux en pierre bleue du XVIIe siècle et une série de pierres tombales depuis l’époque gothique jusqu’au XVIIIe siècle. L’ancien orgue, datant de 1732 et réalisé par Jacques Genard de Charleroi, est toujours visible au jubé. Un nouvel orgue, réalisé par la facture Thomas Ster de Francorchamps, a été placé en 2002 sous la seconde arcade. La collégiale a été classée comme monument en 1977.

La collégiale et sa tour d’allure baroque. ©Guy FocantLa chapelle Saint-Pierre, dénommée autrefois « hors les murs », a été fondée par le seigneur de Florennes, Hugues Ier de Rumigny, en 1221. Un chapelain était chargé d’y célébrer chaque jour l’office divin pour les défunts. Tombé en ruines, ce bel édifice est reconstruit en moellons de calcaire en 1821 par Louis Ladislas de Beaufort-Spontin. Il contient un caveau servant de lieu de sépulture aux membres de sa famille. En 1995, la chapelle a été complètement rénovée par un comité de sauvegarde local. Elle abrite de nombreuses statues, la plupart datant du XVIe siècle, ainsi qu’une lame funéraire en cuivre de deux comtes de Glymes († 1728 et 1771), réalisée en 1741 par Renard, orfèvre de Florennes.

Le château des ducs de Beaufort a été classé en 1979. Son origine remonte à l’érection d’un château en bois vers l’année 842. C’est au comte Eilbert qu’on attribue vers 944 la construction du château en pierre entouré de murailles. En 1155 est signalé un castrum, seigneurie liégeoise aux mains de la famille Rumigny-Florennes. En 1465, le château et la ville sont fortifiés au moyen de fossés et l’entrée est pourvue d’un pont-levis.

En 1704, sur ordonnance de Louis XIV, la forteresse est définitivement démantelée. Implanté sur un promontoire rocheux s’étirant à l’ouest du cœur de la vieille ville, cet ensemble castral était cerné autrefois par les ruisseaux des Forges au nord et des Récollets au sud, aujourd’hui tous deux déviés. Du château médiéval, il ne reste que deux tours reliées par quelques vingt mètres de remparts situés dans le fond de la cour.

Le corps de logis, qui date du XVIe siècle, fut probablement adossé à l’ancien mur de rempart, vu l’importante épaisseur de son mur extérieur. La tour dite au billard, reparementée et allongée vers 1830, fait office d’angle avec l’orangerie reliée au logis, construite entre 1825 et 1844. Le passage entre cour et parc au moyen d’escaliers, créé au début du XVIIIe siècle pour mener aux jardins, est muni d’une large porte aux montants harpés en fer forgé, surmontée des armes de la maison de Beaufort-Spontin. Le château accueillera successivement un collège de jésuites et une école libre pour filles.

L’hôtel de ville, dominant la place du même nom, est une solide bâtisse néoclassique à double corps, construite dans les années 1840-1841 en briques et pierre bleue sur soubassement en grand appareil de calcaire. Un autre bijou de cette région qui n’en manque décidément pas.

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©Guy Focant

Les marches de l’Entre-Sambre-Et-Meuse

Trésors du folklore wallon, les marches de l’Entre-Sambre-et-Meuse sont reconnues comme patrimoine immatériel par l’Unesco. Elles trouvent leurs origines dans les processions du Moyen Age. Les habitants honoraient un saint qui aurait miraculeusement sauvé les villageois, leurs terres ou leurs bêtes d’une maladie ou d’un malheur. Souvent, la date de la marche est celle où l’on fête le saint honoré. L’escorte armée avait pour but d’en rehausser l’éclat et peut-être de protéger les reliques et les pèlerins. Chaque marche folklorique de l’Entre-Sambre-et-Meuse a ses propres traditions, coutumes et règles. Le port d’uniformes est marqué par les Premier et Second Empires. Certains sont liés à la période de Napoléon (1800-1815), d’autres sont des costumes traditionnels d’origines diverses (armée belge, hollandaise, garde civique, gendarmerie…). Florennes compte sept marches réparties dans ses villages : la marche Sainte-Marie à Chaumont, la marche Saint-Martin à Flavion, la marche Saint-Christophe à Hanzinelle, la marche Saint-Oger et Sainte-Rolende à Hanzinne, la marche Saint-Walhère à Hemptinne, la marche Saint-Pierre à Morialmé et la marche Saint-Pierre à Thy-le-Bauduin.

Organisez votre visite

Le musée de la base aérienne, aussi appelé Mémorial Spitfire, est dédié à la mémoire du colonel aviateur Raymond Lallemant. Arrivé à Florennes après la Seconde Guerre mondiale, ce dernier a transformé une base en ruines, dotée de quelques appareils vétustes, en une unité moderne, équipée d’avions à réaction de fabrication américaine, apte à remplir avec succès toutes les missions. Sur plus de 1 500 m², le musée abrite les avions qui ont marqué l’histoire de la base de Florennes: Spitfire MK XIV de 1944, F-84, Mirage, F-16…

INFOS

Balades, visites, dégustations…
De nombreuses activités touristiques et culturelles sont proposées à Florennes.
Voyez le site www.entre-sambre-et-meuse.be

 

Le château de Florennes. Aujourd’hui classé, il est en voie de restauration.©Guy Focant

 

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