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On vous emmène découvrir la brasserie à vapeur de Pipaix

Les divers bâtiments de la brasserie sont situés de part et d’autre de la rue du Maréchal. | © Guy Focant

Voyages

Ce sympathique village de Pipaix, situé à l’ouest de la commune, possède notamment la particularité de compter deux brasseries importantes. Outre Dubuisson, qui produit notamment la célèbre Bush, on y trouve également une brasserie à vapeur.

 

Par Frédéric Marchesani

A l’ouest de la province du Hainaut, la commune de Leuze-en-Hainaut est située entre deux villes historiques, Tournai et Ath. Parmi les anciennes communes ayant intégré Leuze à la suite de la fusion de 1977 se trouve celle de Pipaix.  Atypique, unique, historiquement et patrimonialement intéressante, la brasserie à vapeur a récemment fait l’objet d’une mesure de classement afin de la préserver pour les générations futures.

En 1785, Cosne-Damien Cuvelier et son épouse Marie-Alexandrine Moulin construisent une petite brasserie à usage domestique au sein de leur exploitation agricole. C’est la naissance, encore timide, de la brasserie de Pipaix. Le but des époux était de produire une bière maison qui pourrait désaltérer les ouvriers agricoles saisonniers qui venaient travailler dans leurs champs. Fort de son succès auprès des quelques amateurs de l’époque, la famille Cuvelier va progressivement commercialiser sa production. Le succès étant au rendez-vous, cette production brassicole finit par dépasser les revenus engendrés par l’agriculture.

Au XIXe siècle, les Cuvelier se nomment officiellement brasseurs. En 1895, Ferdinand-Joseph Cuvelier procède à une modernisation des installations de brasserie. Il acquiert une machine à vapeur, produite dans les ateliers Myrtil Duez à Quaregnon, pour faire fonctionner ses appareils de brassage. La brasserie est rapidement renommée « brasserie à vapeur », surnom qui depuis lors est devenu son véritable patronyme.

La cuve en fonte cerclée de lamelles de bois utilisée pour le brassage. ©Guy Focant

En 1926, après cinq générations de gestion par les Cuvelier, Gaston Biset devient directeur de la brasserie, qu’on nomme alors Cuvelier-Biset. Il procède à une nouvelle modernisation des installations tout en conservant la machine à vapeur, remplace les fûts de chêne par des cuves en aluminium et fait installer un système d’embouteillement. Biset reste à la tête de l’entreprise jusqu’à sa mort en 1984, à l’âge de 84 ans. Il n’a entre-temps rien modifié à son installation, laissant la brasserie dans son état industriel du XIXe siècle.

Risquant l’abandon, la brasserie est rachetée la même année par un passionné, Jean-Louis Dits, professeur d’histoire et client de longue date. Il reprend l’exploitation, procède à sa restauration mais en conserve la physionomie. Toujours en état de fonctionnement, la machine à vapeur en fait le dernier atelier d’Europe produisant dans du matériel d’époque des bières artisanales naturelles, refermentées en bouteille et non pasteurisées.

Vu de l’extérieur, le bâtiment est caractéristique de l’architecture industrielle du XIXe siècle : les divers corps de bâtiments ont été érigés en briques rouges et sont percés de baies de verre et d’acier caractéristiques. Il est aussi le fruit d’ajouts et de reconstructions au fil des ans, notamment lorsqu’il fallut éventrer un mur pour installer la fameuse machine en 1895. L’entrée de la brasserie, marquée par une porte rouge, donne accès à la salle de brassage, une haute pièce aux murs blancs chaulés et au sol pavé de briques lustrées. On y découvre l’énorme cuve en fonte permettant de recevoir cinquante-sept hectolitres de bière.

Egalement fabriquée en 1895, elle provient des ateliers Monsville de Quaregnon. Au-dessus, on aperçoit une sorte d’entonnoir, qui débouche de l’étage supérieur et permet de distribuer le malt lors du brassin. Derrière la cuve se cache la machine à vapeur qui la fait chauffer et actionne également les autres appareils.

Les autres pièces de la brasserie accueillent toute une série d’éléments d’époque permettant également le brassin. On y trouve l’ensemble du mécanisme, les volants et les rouages actionnés par la machine à vapeur. La salle de fermentation abrite toujours deux cuves, en cuivre et en inox, d’une capacité respective de 4 000 et 10 000 litres. La seconde est plus récente, celle d’origine ayant été réquisitionnée par l’occupant au cours de la Première Guerre mondiale. Une échelle de meunier donne accès à la pièce de l’étage où se trouve le concasseur, fabriqué par l’entreprise Meurat en 1890. Il s’agit d’une pièce unique qui n’a été produite qu’en très peu d’exemplaires à l’époque.

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Le concasseur des entreprises Meura, une pièce d’une grande rareté. ©Guy Focant

Enfin, le site conserve deux cuves à ébullition en fonte, une cuve de refroidissement datée elle aussi de 1895 et un circuit de refroidissement, ainsi que des pompes datant de la première moitié du XXe siècle.

Unique en Belgique, la brasserie à vapeur de Pipaix est également un exemple de cette industrie peu courant à l’échelle européenne. Elle témoigne d’une organisation sociale et industrielle, d’un mode de vie et de traditions particulièrement importantes dans la société de l’époque. Au XIXe siècle, chaque village possède sa petite brasserie. En 1907, la Belgique en comptait 3 387, plus d’une par commune. En 2001, le chiffre était tombé à 117. Depuis, un véritable renouveau s’opère et les microbrasseries ont le vent en poupe. Modernes, celles-ci fonctionnent grâce à du matériel neuf.

Les témoignages du savoir-faire d’autrefois ont bien souvent disparu. L’intérêt social, économique, architectural et technique de la brasserie à vapeur, couplé à des critères d’authenticité, d’intégrité et de rareté, ont permis de la protéger définitivement. L’entièreté des opérations de fabrication de la bière, des fûts et des bouteilles était faite sur place. La brasserie de Pipaix possède ainsi non seulement une salle de brassage mais également une malterie, une tonnellerie… Le bâtiment ainsi que la machine à vapeur, les cuves et toutes les installations techniques ont été classés comme monuments le 16 octobre 2020.

Les bières de Pipaix

La brasserie de Pipaix produit trois bières. La Saison de Pipaix, une bière traditionnelle très épicée, est née avec la brasserie en 1785. Les zythologues amateurs comme confirmés y trouveront des notes de poivre, de gingembre, d’écorce d’orange douce ou encore de badiane. Naturellement houblonnée, légèrement acide, elle est toujours fabriquée actuellement. En 1986 est née la Vapeur en Folie, une blonde forte et ronde, moyennement houblonnée et épicée aux saveurs de cumin et d’écorce d’orange douce. Enfin, en 1992 est pour la première fois brassée la Vapeur cochonne, une bière très ambrée, forte, au nez fruité et délicat, douce et ronde au palais. Faiblement houblonnée, elle est correctement épicée. On y goûte la coriandre et la chicorée torréfiée. La production brassicole atteint les cinq cents hectolitres par an et travaille essentiellement à l’exportation, qui compte pour 70 % de sa production. A consommer avec modération.

 

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La machine à vapeur

La machine à vapeur permet de faire fonctionner l’ensemble de la brasserie. ©Guy Focant

Voilà bien un objet tant extraordinaire que compliqué qui, de nos jours, agit un peu comme une machine à remonter le temps. Il s’agit d’une engin de base, sans fioritures. La vapeur arrive par un tuyau et est contrôlée par un régulateur de Watt avant de pénétrer dans un tiroir. De là, elle est envoyée alternativement d’un côté puis de l’autre du piston qui se trouve dans un cylindre. Cela provoque un mouvement rectiligne uniforme alternatif transformé en mouvement rotatif par une bielle manivelle et équilibré par un volant d’inertie, une roue en fonte pesant plus d’une tonne et demie.

Ensuite, le mouvement est envoyé vers un arbre primaire par une courroie plate et, de celui-ci, il va partir vers un certain nombre d’appareils nécessaires pour faire fonctionner la brasserie. Il s’agit d’un atelier typique de l’époque, où une seule machine à vapeur actionne l’ensemble des installations.

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Une visite à la brasserie

Les amateurs et autres curieux seront ravis d’apprendre que les brassins sont publics à Pipaix. La brasserie est ainsi devenue un musée vivant. Chaque dernier samedi du mois, dès 9 heures, débute le brassin sous l’œil expert de Jean-Louis Dits.

Depuis quelques mois, la pandémie a toutefois privé les amateurs du monde entier de ce spectacle étonnant. En effet, jusqu’au début de l’année 2020, la brasserie à vapeur accueillait un grand nombre d’étrangers, parmi lesquels beaucoup d’Américains et d’Italiens mais aussi des passionnés venus d’Australie, du Canada, du Japon ou encore de Singapour. D’avril à octobre, tous les dimanches à 11 heures précises, une visite guidée suivie d’une dégustation est organisée. On peut également se laisser tenter par l’un ou l’autre achat. La réservation pour ces activités est toutefois indispensable.

INFOS

Informations et réservations : +32 (0)495 259 452 ou brasserie@vapeur.com
Brasserie à vapeur, rue du Maréchal 1 à 7904 Pipaix – www.vapeur.com

 

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