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Les merveilles de l’église Saint-Jacques à Tournai

Le magnifique chœur gothique du XIVe siècle. | © Guy Focant

Voyages

L’édifice se situe au cœur de la vieille ville, à quelques pas de la Grand-Place et de sa célébrissime cathédrale Notre-Dame.

 

Par Florence Pirard 

Elle est classée depuis 1936 et reprise sur la liste du patrimoine exceptionnel de Wallonie pour l’ensemble de l’édifice, à l’exception de la partie instrumentale de l’orgue, depuis 1992. Entre 2009 et 2012, l’église Saint-Jacques a fait l’objet d’une vaste restauration.

L’érection de la paroisse Saint-Jacques date du milieu du XIIe siècle. La première église Saint-Jacques a été construite sur la route des pèlerins, nombreux à l’époque, partant vers Compostelle en faisant d’abord étape dans le chef-lieu du diocèse. L’évêché de Tournai se sépare de celui de Noyon en 1146 ; un peu plus tard, en 1187, le roi de France Philippe-Auguste, que les Tournaisiens ont reconnu comme souverain, leur accorde une charte octroyant notamment l’autorisation de construire un beffroi abritant une cloche communale. Ces circonstances développent la capacité économique de Tournai et permettent un essor de la ville.

En 1190, il y a déjà quatre paroisses à Tournai, sur la rive gauche de l’Escaut : Saint-Piat, Saint-Pierre, Saint-Quentin et Saint-Jacques, dont le territoire paroissial n’est réellement incorporé dans la ville qu’en 1280, après l’élargissement de l’enceinte. L’église se présente actuellement isolée sur un terre-plein herbeux de plan rectangulaire, sobrement aménagé, perpétuant l’emprise du cimetière paroissial. Par ses dimensions – près de 50 m de longueur et 18 m de hauteur pour les murs gouttereaux – et la qualité de la composition, l’édifice rivalise avec bien des collégiales ou abbatiales antérieures.

 

Le chœur abrite un retable dont les volets évoquent des épisodes de la vie de saint Jacques le Majeur. ©Guy Focant

La première église paroissiale dédiée à saint Jacques est érigée vers 1167. De cet édifice roman de dimension moyenne ne subsiste que l’ancienne tour de croisée. De plan rectangulaire, celle-ci ne possédait probablement qu’un seul étage, éclairé par six fenêtres en plein cintre aujourd’hui murées mais bien visibles encore de l’intérieur. La nef romane s’étendait donc sous le parvis et le porche actuels. Sur cette tour assez simple sont ajoutées, vers la fin du XIIe siècle, deux élégantes galeries de style roman. L’étage supérieur, ou troisième galerie, caractérisé par ses tourelles d’angles et surmonté d’une haute flèche octogonale, sera aménagé beaucoup plus tard, en 1849, par l’architecte Bruno Renard.

Au début du XIIIe siècle, en 1225, l’église est totalement reconstruite en style gothique scaldien, et la vieille tour de croisée remployée comme tour d’entrée du nouvel édifice. Adossé à la vieille tour-lanterne, une nef de quatre amples travées ouvre sur un vaste transept largement saillant, gratifié d’une croisée remarquable. L’élévation de la nef est composée de trois registres. Il s’agit d’une réalisation des plus aboutie du gothique scaldien. A partir de 1368, un nouveau chœur relevant du gothique international vient remplacer l’ancien.

L’église abrite un orgue juché sur un buffet de style Louis XV, orné de trophées d’instruments de musique, qui date de 1755. Comme l’église, ce buffet en chêne est classé au patrimoine exceptionnel de Wallonie. Guillaume Grave est l’auteur du premier instrument connu à Saint-Jacques, en 1541. Petrus-Josephus De Ryckere construit un nouvel instrument en 1753. L’orgue est ensuite à nouveau reconstruit en 1921, dans le buffet du XVIIIe siècle, par Maurice Delmotte, puis une dernière fois transformé en 1954.

 

L’orgue juché sur un buffet de style Louis XV, orné de trophées d’instruments de musique. ©Guy Focant

Dans le chœur rayonne un exceptionnel aigle-lutrin en cuivre daté de 1411, issu des ateliers des fondeurs de laiton tournaisiens. Il s’agit d’une des rares pièces de mobilier ayant échappé à la fureur des iconoclastes qui ravagèrent l’église en 1566. Toujours dans le chœur, le maître-autel est orné d’un retable dont les volets évoquent des épisodes de la vie de saint Jacques le Majeur. C’est la pièce maîtresse du mobilier néogothique dont l’église a été pourvue à la fin du XIXe siècle.

Les voûtes de la chapelle latérale droite, peintes en 1405, figurent un chœur d’anges musiciens dotés des instruments connus à l’époque : luth, harpe, gigue, cornemuse… Elles ont été restaurées en 1895 par le peintre Jules Helbig. Dans le porche ont été replacées de nombreuses pierres funéraires (XVIe-XVIIIe siècles) portant épitaphes et armoiries. Elles rappellent que l’église Saint-Jacques était le sanctuaire d’une des paroisses les plus aristocratiques de la ville.

Il faut attendre le XIXe siècle pour que l’église Saint-Jacques connaisse une importante campagne de restauration qui lui restitue son style gothique. A partir de 1849, une première intervention est menée par Bruno Renard, au niveau de la tour. Une seconde campagne de travaux est entreprise en 1871 sous la direction des architectes Justin Bryenne et Louis Cloquet, avec les conseils du baron Jean-Baptiste de Béthune, une des grandes figures du courant néogothique de Belgique.

 

Le magnifique chœur gothique du XIVe siècle. ©Guy Focant

Le pélérinage de Saint-Jacques de Compostelle

Le chevet de l’église est orné d’une niche exécutée en 1378. Celle-ci abritait une statue du saint apôtre qui accueillait les pèlerins descendant de Flandre et d’Europe du nord vers Santiago de Compostela et le cap Finistère via Valenciennes, Reims et Vézelay ou encore Paris et Tours. Ils entraient en ville par la porte de Sept-Fontaines ou par le célèbre pont des Trous.

Quarante coquilles en bronze serties dans les trottoirs balisent depuis 2005 ce chemin dans la ville de Tournai, jusqu’à la chapelle Notre-Dame de Grâce au faubourg de Valenciennes. La toponymie elle-même rappelle le pèlerinage jacquaire : rue du Bourdon-Saint-Jacques, rue des Bouchers-Saint-Jacques, rue du Palais-Saint-Jacques, Quatre-Coins-Saint-Jacques. Le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle ou pèlerinage de Compostelle est un itinéraire catholique dont le but est d’atteindre le tombeau attribué à l’apôtre saint Jacques le Majeur, situé dans la crypte de la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle en Galice (Espagne).

Organisez votre visite

L’église Saint-Jacques de Tournai est localisée rue du Palais Saint-Jacques, à quelques pas de la Grand-Place. En vous baladant dans le centre-ville, vous remarquerez au sol les coquilles Saint-Jacques rappelant le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle.

 

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