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En dormant au « City Hostel » à Berlin, des touristes financent (sans le savoir) la Corée du Nord

Le City Hostel à Berlin fermera-t-il bientôt ses portes ? | © BELGA/AFP PHOTO/TOBIAS SCHWARZ

Voyages

Vingt euros environ la nuit. Un tarif attrayant pour dormir au beau milieu de la capitale allemande. Sauf que cet argent contribuerait au financement de la dictature nord-coréenne.

Le City Hostel Berlin est une auberge de jeunesse idéalement située dans le quartier touristique de Mitte (ancien quartier diplomatique) près de la fameuse place Gendarmenmarkt. Ouvert en 2004, ses 435 lits sont depuis souvent tous occupés. La raison : des tarifs défiants toute concurrence proposés sur des sites de réservation en ligne comme ExpediaHostelworld ou encore Hotels (excepté Booking où un message indique que l’hôtel n’est désormais plus ouvert à la réservation) : comptez 64 euros la nuit en chambre individuelle et 19,95 euros la nuit en lits dortoirs. Avec une note moyenne de 3.5/5, dans les avis, on parle du personnel, de la propreté des chambres, de la bonne localisation de l’hôtel… mais à aucun moment, de l’implication de la Corée du Nord. Et pourtant.

Fermera, fermera pas ?

Selon une enquête menée par le quotidien Süddeutsche Zeitung et les chaînes de télévision publiques allemandes NDR et WDR, le loyer mensuel de l’hôtel s’élèverait à plus de 38 000 euros. Un loyé payé à une homme d’affaires allemand dont le nom est tu. Quant aux bénéfices tirés de l’activité hotellière, ils seraient reversés à l’ambassade coréenne qui s’en servirait pour s’approvisionner en devises étrangères -et donc contribueraient au régime du pays dictateur dirigé par Kim Jong-un-. L’ambassage n’a encore jamais déclaré les dits-revenus à l’Allemagne et doit ainsi des millions d’euros au fisc.

Début mai, le gouvernement allemand avait démandé à l’ambassade coréenne de cesser toute activité -le contrat de location violant le droit international-, pour se conformer aux dernières sanctions imposées par l’ONU du fait des essais nucléaires de la Corée du Nord. “Il est particulièrement important d’assécher les sources de financement du programme nucléaire” avait alors indiqué Markus Ederer, secrétaire d’État au ministère allemand des Affaires étrangères. De son côté, le manager de l’hôtel, Alexander Dolle-Koch, a expliqué dans un communiqué publié le 11 mai dernier sur le site de l’hôtel : « Le City Hostel n’a pas l’intention de participer au financement ou de soutenir le programme d’essais nucléaires ou autre en s’acquittant du loyer qu’il s’est engagé à verser de manière contractuelle. Ce genre d’accusations sont totalement absurdes et ostensiblement fausses ». Et explique ne pas s’exprimer sur le sujet “jusqu’à ce que ce cas soit clarifié sur un plan international”. Pour le moment, près d’un mois après l’annonce de la demande de fermeture, l’hôtel est pourtant toujours bien ouvert et est encore booké pour les prochains mois….

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