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Trésor wallon : Thys-en-Hesbaye, Le site féodal

Trésor wallon : Thys-en-Hesbaye, Le site féodal

Typique de l’architecture rurale, la ferme mêle briques, moellons de grès et tuiles mécaniques. | © Guy Focant

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Un formidable témoin de notre histoire.

 

Par Frédéric Marchesani / Photos Guy Focant et W. Hemptinne

Le village de Thys-en-Hesbaye accueille un remarquable complexe classé comme ensemble architectural. Cette charmante bourgade hesbignonne se situe dans la commune liégeoise de Crisnée. Son nom, prononcé « tisse », pourrait faire référence au tilleul. Le site est aujourd’hui constitué des vestiges d’une résidence seigneuriale et d’un centre domanial du Moyen Age. On y trouve l’ancienne chapelle castrale seigneuriale, devenue l’église paroissiale du village, ainsi qu’un château-ferme composé de divers édifices.

L’église de Thys est située sur une légère éminence, entre le château-ferme et l’ancien cimetière. Elle comporte une tour, trois nefs de trois travées et un chœur flanqué de deux chapelles formant un faux transept. Sous l’Ancien Régime, les collégiales Sainte-Croix et Saint-Jean-l’Evangéliste de Liège en étaient les décimatrices : ce sont elles qui y récoltaient la dîme, impôt ecclésiastique. La plus grande partie de ce remarquable édifice, de style gothique, date du XVIe siècle. Si la chapelle sud est millésimée 1564, la tour a été terminée en 1596, bien qu’elle ait conservé une base qui remonte au XIIe ou au XIIIe siècle. Le bas-côté nord a été ajouté en 1923, année où les deux autres nefs, primitivement couvertes d’un plafond plat, ont été voûtées. Le bas-côté sud, plus ancien, était autrefois percé d’une porte, aujourd’hui murée et transformée en monument aux morts de la Première Guerre mondiale. À l’intérieur, les voûtes en croisée d’ogives sont caractérisées par des clés ornées de roses et des clés de saint Pierre. Les nefs sont séparées par des arcs dont les colonnes gothiques sont terminées par des chapiteaux mosans à feuilles d’eau. Le bras nord du transept accueillait autrefois la tribune seigneuriale : le seigneur et sa famille pouvaient ainsi assister à l’office en entrant directement dans le sanctuaire depuis la cour du château-ferme. Outre de belles dalles funéraires, on y trouve des fonts baptismaux en calcaire datant du début du XVIIe siècle aux armes des Eynatten, qui détenaient la seigneurie à l’époque. L’église est classée comme monument depuis le 15 octobre 1937.

Trésor wallon : Thys-en-Hesbaye, Le site féodal
L’église Saint-Pierre, ancienne chapelle castrale. © W. Hemptinne

Sous l’Ancien Régime, la seigneurie de Thys fait partie du comté de Looz, composante de la principauté de Liège. Elle a été successivement la propriété des Lowaige, Thys, Edelbampt, Aerschot de Schoonhoven, Eynatten, Wanzoulle et enfin Libert de Flémalle. Outre l’église Saint-Pierre, on y trouve un château-ferme, le presbytère, une seconde exploitation agricole et une troisième ferme flanquée de ses dépendances. Ce quadrilatère bâti est complété par un site, en partie bordé par le Roua, affluent du Geer. Les bâtiments sont pour la plupart récents car ils ont été érigés entre le XVIe et le XIXe siècle. Ils sont toutefois homogènes, grâce à l’utilisation commune de briques, de pierre calcaire et de moellons de silex.

L’ancien presbytère, situé dans la rue Louis Happart, est le plus récent. Bâti dans la seconde moitié du XIXe siècle, il compte deux niveaux de trois travées. À côté, une petite ferme en U, ouverte sur la rue, lui est contemporaine, mais conserve des vestiges du XVIIIe siècle.

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Visible depuis la rue Joseph Wauters, l’ancien château-ferme de Thys était autrefois la résidence des seigneurs du lieu. Accolé à l’église, il se compose de deux parties distinctes : à l’ouest, un logis de la fin du XVIe siècle mais profondément remanié et, à l’est, un ensemble de bâtiments agricoles disposés en U autour d’une vaste cour. À l’intérieur du logis, deux superbes cheminées Renaissance du milieu du XVIe siècle ont été préservées.

Enfin, la dernière exploitation agricole de l’ensemble se situe quelque peu à l’écart, au croisement de la rue Joseph Wauters et de la rue Arbre-Saint-Pierre. Cette ferme en quadrilatère du XIXe siècle a été bâtie à partir d’un noyau du XVIIIe siècle.

Tous les bâtiments bénéficient d’un classement comme site et ensemble architectural depuis le 22 juillet 1993. Ils constituent un remarquable exemple d’architecture rurale, mais également un témoin privilégié de l’organisation spatiale d’une petite seigneurie de l’Ancien Régime.

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Le patrimoine rural à l’honneur

Les divers édifices de la seigneurie ne sont pas les seuls bâtiments d’intérêt du village, qui compte d’autres belles exploitations agricoles. C’est notamment le cas d’une intéressante ferme en U située en contrebas du château-ferme. Ses divers corps de bâtiments ont été érigés entre le XVIe et le XIXe siècles. L’aile nord, en briques sur soubassement de silex, est percée d’un porche millésimé 1677. Il mène à une cour intérieure bordée d’étables et de porcheries. La grange en large, perpendiculaire, a conservé ses colombages. L’aile ouest est occupée par le logis, partie la plus récente de l’ensemble.

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