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Commémoration : La dernière victoire de Napoléon se déroula en Belgique

Rapidement entrées en Belgique, les troupes impériales s’emparent facilement de la ville de Charleroi le 15 juin 1815. | © ©Guy Focant

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La bataille de Ligny. Alors qu’on commémore le bicentenaire de la mort de l’Empereur, nous nous rappelons que son épopée s’est brutalement terminée en Wallonie, avant son exil à Sainte-Hélène.

 

Par Frédéric Marchesani / Photos Guy Focant

Si la mémoire collective retient avant tout la célébrissime bataille de Waterloo, il faut également se souvenir de celles de Ligny (Sombreffe) et des Quatre-Bras (Genappe), préludes ayant eu lieu deux jours plus tôt.

En juin 1815, Napoléon est de retour à Paris depuis trois mois mais a été mis au ban des nations. Il sait que ses ennemis coalisés pourraient à nouveau rapidement envahir la France. Sa seule solution consiste à lancer une nouvelle campagne contre les concentrations prussiennes et hollando-britanniques.

Rapidement entrées en Belgique, les troupes impériales s’emparent facilement de la ville de Charleroi le 15 juin. Le premier grand affrontement de la campagne de 1815 a lieu non loin des champs de batailles victorieux de 1794, dans la région de Fleurus. Les armées coalisées retrouvent les Français le 16 juin autour des villages de Ligny et Saint-Amand, pour ce qui est considéré, à juste titre, comme la dernière victoire de Napoléon. Au même moment, les troupes françaises se battent également aux Quatre-Bras. Ces batailles auraient pu changer le cours de l’Histoire. L’ultime affrontement à Waterloo, le 18 juin, en décida autrement.

 

Vue aérienne du village de Ligny, lieu de la bataille ©Guy Focant

Le mémorial du bicentenaire

A l’entrée du village de Ligny se trouve un monument commémorant le bicentenaire de la naissance de Napoléon, érigé en 1969. On y trouve un canon, le « Formidable », coulé à Douai le 14 septembre 1811. Il est gravé du chiffre de l’Empereur entouré de feuilles de laurier. On y trouve l’inscription : « La Légion d’honneur, en hommage à l’œuvre civile et militaire de Napoléon, 1769-1969 ». A cet endroit, l’association des Amis de Ligny organisent depuis 1964 des manifestations rappelant sa dernière victoire : reconstitutions de la bataille du 16 juin 1815, salon du livre napoléonien…

 

©Guy Focant

1. Vue aérienne du village de Ligny, lieu de la bataille. 2 et 3. Le Ligny 1815 Museum, centre d’interprétation
de la bataille de Ligny. 4 et 5. Un canon gravé du monogramme de Napoléon.

Nombreuses sont les traces de ces batailles en Wallonie

Ligny est l’une des batailles les plus sanglantes menées chez nous. Bien que courte (quelques heures seulement), elle fait un nombre considérable de victimes. Selon les auteurs et les sources, les Français perdent de 7 000 à 12 000 hommes, tués ou blessés, contre 11 000 à 18 000 chez les Prussiens. Une véritable boucherie. En même temps, dans la région de Genappe, se déroule la bataille des Quatre-Bras.

Le dernier combat de Napoléon, deux jours plus tard, est certainement le plus célèbre : l’armée française est lourdement défaite le 18 juin 1815 lors de la bataille de Waterloo. Un mois plus tard, dans la rade de Rochefort, Napoléon embarque vers un second exil sur l’île de Sainte-Hélène, possession britannique située à près de 2 000 km au large de l’Angola. C’est à cet endroit qu’il meurt le 5 mai 1821, il y a tout juste deux siècles.

Nombreuses sont les traces de ces trois batailles que nous conservons en Wallonie. La grande majorité d’entre elles sont contemporaines. Il s’agit de plaques commémoratives, de stèles ou de monuments érigés et apposés tout au long de XIXe et XXe siècles en mémoire des événements. D’autres ont été les témoins directs de ces batailles : quartiers généraux, hôpitaux, postes d’observation avaient en effet été installés à la hâte dans des édifices de la région.

Le presbytere de Sombreffe

Le presbytère de Sombreffe, quartier général du célèbre maréchal Blücher ©Guy Focant

L’après-midi du 15 juin 1815, le feld-maréchal prussien Blücher est informé des combats de Charleroi et de la déroute de ses troupes. Il quitte Namur pour la région de Sombreffe, installe son quartier général au presbytère et y passe la nuit du 15 au 16 juin. Il en profite pour convenir d’un rendez-vous avec le duc de Wellington, alors à Bruxelles.

Le 16 juin 1815, ils se rencontrent au moulin de Brye, dit aussi de Bussy, à Fleurus, où Blücher vient d’établir un nouveau quartier général. L’édifice, aujourd’hui disparu, se trouve alors en plein milieu du futur champ de bataille de Ligny. Le presbytère de Sombreffe témoigne encore de ces événements historiques. Construit vers 1770-1780 par l’abbaye de Bonne-Espérance, il s’agit d’un bel édifice en briques et pierre bleue de style classique.

Le mur du cimetière et le mur du couloir du presbytère gardent les stigmates des combats menés dans la région : deux boulets de canon y sont encore figés. Une des portes est elle aussi encore marquée de coups de sabre donnés, selon la légende, par le feld-maréchal lui-même. Ils ont été surnommés les « coups de la colère de Blücher ».

Le chateau de Sombreffe

Ce château fort de plaine, jadis entouré de douves, faisait partie d’une importante ligne de défense qui séparait le comté de Namur et le duché de Brabant. Sa vaste esplanade fortifiée était autrefois flanquée de huit ou neuf tours circulaires. Au centre se situe un imposant donjon-porche, composé de trois niveaux surmontés d’une flèche pyramidale. Aujourd’hui transformé en exploitation agricole, le site comprend également un châtelet à deux tours et des vestiges des murailles ponctués de deux tourelles. Au cours de la bataille de Ligny, il fut réquisitionné afin d’y installer l’état-major du 2e corps d’armée prussien, commandé par le lieutenant-général Von Pirch, et servit également d’hôpital.

La ferme d’en-bas à Ligny

 

La plaque commémorative apposée sur la ferme d’En-Bas ©Guy Focant

La ferme est transformé en forteresse par Blücher le 16 juin 1815 et incendiée lors des combats. De nos jours, il n’en reste que deux ailes de bâtiments, datant du XVIIIe siècle. Sur la façade, une plaque commémorative surmontée d’un aigle entouré des dates de 1815 et 1965 porte l’inscription suivante : « Ferme d’En-Bas. Dernier bastion de la résistance prussienne à Ligny, cette ferme soutint le 16 juin 1815 les furieux assauts des troupes impériales françaises du général Gérard. Prise et perdue plusieurs fois, elle fut finalement enlevée par Napoléon à la tête de sa garde. »

 

La ferme de la Tour ou ferme d’en-haut à Ligny

La ferme d’En-Haut ou ferme de la Tour, témoin de la bataille ©Guy Focant

Classée comme monument, elle conserve son porche de 1733 , tandis que le reste de l’édifice a été reconstruit au XIXe siècle. Elle possède elle aussi une plaque commémorative, également surmontée d’un aigle entouré des dates de 1815 et 1965 et portant cette inscription suivante : « Ferme d’En-Haut. Défendue par les Prussiens de Blücher, cette ferme fut enlevée le 16 juin 1815 par la Garde impériale épaulant deux divisions du 4e corps d’armée du général Gérard. Napoléon y pénétra le soir de cette glorieuse journée. » Comme la précédente, cette plaque de bronze, œuvre du sculpteur Oscar Declercq, a été offerte par la Société de la Légion d’honneur en 1965.

La ferme Frennet à Ligny

La ferme Frennet abrite aujourd’hui le Ligny 1815 Museum. ©Guy Focant

Cette ancienne ferme des XVIIe et XIXe siècles, érigée en briques et pierre, comporte un grand corps de logis, une grange et quelques annexes plus modestes. Progressivement abandonnée et menaçant ruine, elle fut acquise par le syndicat d’initiative de Ligny en 1976. Après quinze années de restauration, un complexe historique et culturel y est inauguré en 1991. L’édifice abrite aujourd’hui le musée Napoléon ou Ligny 1815 Museum.

Sur la façade se trouve une plaque commémorative qui rend hommage à un protagoniste de la bataille : « A la mémoire du général J. Le Capitaine, né à Lapenty en 1765, tué à Ligny le 16 juin 1815. » Une seconde plaque se trouve dans la cour de la ferme : « A la vieille garde impériale. Que la bataille vienne à prendre un mauvais tournant et l’Empereur faisait donner la vieille garde ; on savait alors dans le reste de la troupe que ce corps prestigieux enfoncerait les lignes ennemies. »

Le musée conserve de nombreux objets en provenance du champ de bataille (armes, boulet, fourreau de sabre, boutons…) et d’autres objets d’intérêt (un diplôme de Sainte-Hélène, des gravures, un Code civil…). Une salle est consacrée à l’Empereur et sa famille au rez-de-chaussée, une autre est plus particulièrement dédiée aux batailles de Ligny et de Waterloo.

 

Vue aérienne du village de Sombreffe et de son château ©Guy Focant

INFOS

Le Ligny 1815 Museum est ouvert à la visite selon un horaire temporaire repris sur son site internet. Compte tenu des conditions sanitaires,
la réservation est obligatoire.
www.ligny1815.be
+32 (0)71 81 83 13

La stèle aux grognards

Le 31 mai 2009 a été inaugurée une stèle en hommage aux grognards de l’Empire ayant pris part à la bataille de Ligny. Décorée d’une aigle impériale, elle a été offerte par Ben Weider et réalisée grâce à la contribution des Amis de Ligny et de l’Association pour la conservation des monuments napoléoniens. On peut y lire l’inscription suivante : « Hommage aux valeureux grognards de l’Empereur, artisans de sa dernière victoire. Ligny, 16 juin 1815.

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