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A la découverte de Lincent la méconnue

L’entité compte donc trois villages – Lincent, Pellaines et Racour – et autant de monuments classés. | © Guy Focant

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Au cœur de la Hesbaye et de son limon fertile, elle abrite un patrimoine rural et discret.

 

Par Florence Pirard / Photos Guy Focant

A l’extrême nord-ouest de la province de Liège, tout près de la frontière linguistique, la commune de Lincent (Leysem en néerlandais) est un maillon liégeois reliant les provinces du Brabant flamand (Landen) et du Brabant wallon (Hélécine ou Orp-Jauche). Etant donné cette situation privilégiée, elle attire depuis quelques années de nombreux nouveaux habitants venus de Bruxelles ou de Flandre. La commune a cependant pu conserver son caractère rural avec ses paysages limoneux en « openfields ».

L’entité compte donc trois villages – Lincent, Pellaines et Racour – et autant de monuments classés. La commune peut s’enorgueillir d’un riche patrimoine bâti, naturel, culturel, historique et folklorique, sur lequel elle veille avec l’aide précieuse et efficace de nombreuses associations locales constituées uniquement de bénévoles amoureux de leur terroir.

Le village de Lincent, qui a donné son nom à l’entité, accueille non pas une, mais deux églises Saint-Pierre. D’aspect massif et imposant, la tour romane de la plus ancienne est bâtie en tuffeau sur un plan carré. Elle est renforcée au XVIIe siècle d’un parement de silex. Le second étage contenait les trois cloches. Egalement de style roman, la nef centrale est divisée en cinq travées. Le chœur gothique date du XIVe siècle.

Comme beaucoup de ses semblables, l’église était bordée par un cimetière dont il subsiste quelques pierres tombales remarquables. En raison de sa taille réduite et de son éloignement par rapport au village, elle est abandonnée en 1907 et ne résiste pas longtemps aux convoitises des habitants, qui en récupèrent les matériaux. Ainsi dégradée, elle ne tarde pas à devenir une ruine envahie par la végétation, qui sera classée en 1940. Depuis 1981, une asbl œuvre pour la sauvegarde du site. D’importants travaux de stabilisation et de protection ont été entrepris en 1990. La nouvelle église, de style néoroman, a été inaugurée le 24 juin 1907 par l’évêque de Liège. Dans le vaste jubé situé en tribune, face au chœur, trône l’orgue construit par Charles Anneessens en 1871.

 

Vue sur l’église Saint-Pierre de Lincent depuis la rue du Village ©Guy Focant

A voir également, les bâtiments de l’importante ferme Michaux. Datant de la fin du XVIIe siècle ou du début du XVIIIe siècle, elle est construite en tuffeau de Lincent et moellons de silex. La chapelle Bourguignon, dite aussi chapelle Caïou, est située au carrefour de la route de Huy et de la rue des Gottes. Elle a été construite à la suite d’un vœu, après l’épidémie de typhus de 1843. Un appentis est adossé à la façade de la chapelle, faisant ainsi corps avec celle-ci et servant d’abri et de refuge. Au-dessus de l’autel, une pierre est encastrée et porte l’inscription : « Cette chapelle a été bâtie en l’honneur de Notre-Dame de Bon-Secours en 1843 par Joseph Bourguignon et Adèle Francart son épouse, tous deux de Lincent. Ave Maria. »

L’histoire de Pellaines a été longtemps liée à celle de l’abbaye d’Heylissem. L’église est la première incorporée à la jeune abbaye en 1180. Son influence s’y est maintenue jusqu’à la Révolution française. A cette époque, les dix-huit moines survivants d’Heylissem ont trouvé refuge, après un long exil, dans l’ancienne cure de Pellaines. Onze d’entre eux reposent dans le petit cimetière de l’endroit, comme le rappelle une grande dalle placée debout, contre le mur de clôture, au fond de l’enclos funèbre. L’abbé s’y éteint en 1808 et le père Leclercq, dernier moine de l’abbaye, le 26 juillet 1826, à l’âge de 64 ans.

 

La chapelle Caïou a été élevée à la fin du XIXe siècle. ©Guy Focant

Pellaines est traversée par la Petite Gette et son affluent, la Bacquelaine. Ces deux cours d’eau forment des frontières naturelles entre les provinces du Brabant wallon et de Liège. La Petite Gette alimentait jadis deux moulins à Pellaines : un moulin à chanvre et un moulin à grains. Actuellement, seul l’ancien moulin à grains subsiste et est devenu une demeure privée. Les bâtiments datent des XVIIIe et XIXe siècles. En fond de cour, on trouvait la meunerie et le logis et, le long de la Petite Gette, le fournil, les écuries, les étables et la grange en briques et colombage.
Parallèlement à la destruction de l’ancienne église Saint-Barthélemy, qui devait être en style gothique, la nouvelle est édifiée dès 1868, dans le style néoroman. Autre curiosité : le château-ferme de Chantinnes, un ensemble de bâtiments datant des XVIIIe et XIXe siècles répartis autour d’une cour carrée.

Pellaines abrite de nombreuses chapelles : la chapelle Sainte-Rita, construite dans les années 1960 ; la chapelle Notre-Dame du Bon Repos, élevée dans les années 1880-1890, qui renferme une statue de la Vierge Marie ; la chapelle Saint-Donat, édifiée au XXe siècle ; la chapelle Sainte-Adèle ; la chapelle de Notre-Dame de Bon Secours, appelée aussi chapelle du Clos de la Drève ou chapelle de Chentinnes, érigée à la fin du XVIIIe siècle en style néoclassique ; la chapelle Saint-Roch, située rue des Mayeurs, aussi dénommée potale Rousseau car elle est construite dans le mur en briques clôturant la ferme du même nom ; et bien d’autres encore.

 

L’église Saint-Christophe de Racour est classée comme monument depuis 1943 ©Guy Focant

Le cœur de Racour est constitué de l’église, du presbytère et de l’ancienne école avec son musée. L’église Saint-Christophe s’érige autour d’un imposant donjon médiéval, élevé à la fin du XIIIe siècle ou au début du siècle suivant, et dont l’ampleur des murs est remarquable. Il semble que l’église ait dû subir les effets du violent tremblement de terre de 1828, à la suite duquel il s’est avéré nécessaire d’abattre une flèche s’élevant au-dessus de l’édifice et d’installer dans la muraille de nombreuses ancres. Les meurtrières percées en direction du sud-est font réellement penser à un ancien poste d’observation.

Située aux limites fluctuantes du duché de Brabant et de la principauté de Liège, la forteresse a servi de défense à maintes reprises du XIVe au XVIIIe siècle. En 2014, après un processus de plus de vingt ans, les murs extérieurs de l’église ont enfin été restaurés. L’édifice rayonne au centre de la place du village, entouré d’un beau parc de verdure, et a été classé en 1943.
Le presbytère complète harmonieusement son cadre imposant. L’édifice bâti en 1740 sert depuis toujours. Le bâtiment est entouré d’un accueillant jardin clos auquel le visiteur accède par un portail moderne imitant le style. L’ensemble est classé depuis 1988.

Qu’est-ce qu’un tarare ?

A Racour, au cœur de la Hesbaye, toute l’économie est absorbée par l’agriculture et l’élevage. Une sucrerie y a été construite en 1864. Des laiteries se sont succédé tandis qu’une industrie originale se développe dès 1900 : le tarare. Cet instrument singulier, qui sert au nettoyage des grains, tire sans doute son nom du bruit émis par la manivelle produisant un effet de ventilateur dans le tambour avant.

Un peu de lecture

Sorti il y a quelques semaines, le Carnet du patrimoine no 166 (60 pages, 6 euros) est entièrement consacré à Lincent. Illustré de belles photographies, il offre un panorama unique sur l’entité avec ses trois villages. Si vous souhaitez acquérir cette publication, n’hésitez pas à contacter le 081 23 07 03 ou publication@awap.be. Elle est également en vente dans de nombreuses librairies. Si vous commandez le Carnet no 166 auprès de l’AWaP avant le 2 juillet 2021, vous pourrez bénéficier d’une remise de 50 % sur le Carnet no 137 consacré au patrimoine de Hannut, soit 9 euros pour les deux ouvrages. N’hésitez pas à profiter de cette opportunité avec le code « promo Lincent ».

 

©Guy Focant

Organisez votre visite

Le joli Musée de la vie d’autrefois et du tarare vous accueille depuis 1995 dans l’ancienne école, face à l’église de Racour. Présentant la vie quotidienne en Hesbaye, il est composé de sept salles sur trois niveaux : l’histoire du village (la seigneurie médiévale, les deux guerres mondiales), la vie quotidienne au début du XXe siècle à travers des objets et photos (cuisine d’Alphonse et Clémentine, les cafés, la paroisse, les santons wallons, l’épicerie du village), l’agriculture avant la mécanisation, les anciens métiers, le vieux café Simone, l’atelier de fabrication des tarares… La visite du musée peut se combiner avec celle de l’église Saint-Christophe.

 

©Guy Focant

Infos

Visite sur réservation au 0496 65 42 19. Lincent fait partie des communes de la maison du tourisme Terres de Meuse.
www.terres-de-meuse.be/pratique/nos-27-communes/lincent

 

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