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Le château de Deulin : prestige et exception en Famenne

Les deux pavillons perpendiculaires formant l’aile nord du château. | © Guy Focant

Voyages

Dans la province du Luxembourg, le long de l’Ourthe, entre Durbuy et Marche-en-Famenne, la commune de Hotton est une des pépites touristiques wallonnes.

Par Frédéric Marchesani / Photos Guy Focant

Entourée de verdure, proposant de multiples activités culturelles telle la visite des célèbres grottes, Hotton abrite également un riche patrimoine bâti. Parmi les monuments et sites classés, l’un d’eux est repris sur la liste du patrimoine exceptionnel de Wallonie. Il s’agit du château de Deulin, situé dans le hameau du même nom, dépendance du village de Fronville.

En 1758, Guillaume-Joseph de Harlez (1691-1763) tombe sous le charme d’une butte dominant l’Ourthe. Il acquiert alors ce qui n’est encore qu’un petit fief indépendant de l’avouerie de Fronville. Brasseur de profession, Guillaume-Joseph est promu commissaire de la cité de Liège par le prince-évêque Georges-Louis de Berghes en 1736. Après l’acquisition du domaine, il débute la construction d’un château, dont il deviendra le seigneur en 1762 après avoir reçu la dignité de prince du Saint-Empire. Il s’éteint l’année suivante et transmet château et seigneurie à son fils, Simon-Joseph de Harlez, qui poursuit les travaux.

 

Le château, érigé sur une butte, domine un étang faisant partie du domaine. ©Guy Focant

Ce dernier était lui aussi un personnage important de la cité mosane en ses qualités de conseiller du prince-évêque Charles-Nicolas d’Oultremont, chanoine de la cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Lambert, et en tant qu’abbé de l’abbaye du Val-Saint-Lambert. Deulin s’est ensuite transmis de génération en génération jusqu’à nos jours. La famille de Harlez possède, en effet, toujours les lieux aujourd’hui.

Bien qu’érigé sur une longue période s’étalant de 1758 à 1786, le château de Deulin affiche une parfaite homogénéité architecturale. Nous ne connaissons toutefois pas avec certitude le nom de son architecte. Deux hypothèses ont été émises quant à son identité Etienne Fayen ou un certain Simons de Marche – mais aucune n’a pu être vérifiée. On accède à la demeure par une double allée de tilleuls qui débouche sur la cour d’honneur. On se trouve alors face au corps de logis, d’inspiration liégeoise, qui compte cinq travées sur deux niveaux. L’ensemble des bâtiments, en briques blanchies et pierre calcaire, forme un U. Les toitures, les châssis et les peintures des façades de la totalité du château ont été restaurés en 2016.

Si l’architecture extérieure attire irrémédiablement le regard, il faut y pénétrer pour être subjugué. L’édifice a en effet conservé d’exceptionnels décors intérieurs d’époque, remarquablement conservés et entretenus. Ceux-ci mettent en évidence le goût français en vigueur dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, tandis que l’échelonnement des constructions révèle l’évolution des styles : baroque dans la chapelle, rococo dans le vestibule et la chambre des Quatre Saisons, néoclassique pour le salon Jaune. Parmi les artisans ayant travaillé à Deulin, il faut citer le prolifique stucateur François-Joseph Duckers (1740-1820) et le peintre Jean-Dieudonné Deneux († 1786), ainsi que le marbrier dinantais Henri Boreux.

 

L’exceptionnel vestibule. ©Guy Focant

On entre dans le château par son exceptionnel vestibule. Celui-ci est orné d’un splendide décor stuqué réalisé par Duckers vers 1770-1771 : des panneaux ornés d’allégories suspendues à des nœuds de ruban. Celles-ci représentent les quatre éléments : l’Eau, le Feu, la Terre et l’Air. Chaque allégorie apparaît au centre d’un cadre mouluré, épaulé dans sa partie supérieure de feuilles d’acanthe.

Au sommet, une lourde guirlande de feuilles de laurier, suspendue à des anneaux latéraux, est relevée par une coquille centrale. La totalité des décors du vestibule ont été restaurés en 1985, sur la base de sondages et de décapages qui ont permis d’en retrouver la couche la plus ancienne. Ils affichent depuis lors les couleurs choisies à la fin du XVIIIe siècle. Enfin, le sol du vestibule est couvert d’une intéressante mosaïque de marbre, installée lors de travaux de réfection entrepris en 1907-1908.

Le grand salon de musique, la plus vaste pièce du château, rappelle que son deuxième propriétaire, Simon-Joseph de Harlez, en était un grand amateur. Par ses fonctions ecclésiastiques, il était devenu un ami du compositeur liégeois Jean-Noël Hamal (1709-1778), par ailleurs maître de chapelle de la cathédrale de Liège. Le salon de musique est orné de multiples décorations. On y trouve trois superbes tapisseries réalisées dans la manufacture royale d’Aubusson, en France.

 

 La décoration raffinée du salon de musique. ©Guy Focant

La pièce en comptait autrefois huit. Afin de les protéger pendant la Seconde Guerre mondiale, elles ont été enterrées dans le jardin, mais seules trois ont survécu à l’humidité. Elles présentent des scènes cynégétiques. On admire ensuite quatre toiles peintes placées en dessus-de-porte, représentant des bouquets de fleurs disposés devant des arrière-plans occupés par des architectures classiques. Bien que non signées, elles peuvent être attribuées à Deneux et datent des années 1770-1780. Enfin, on ne peut manquer la magnifique hotte de cheminée en marbre due à Henri Boreux, décorée de stucs de Duckers représentant des chutes d’instruments de musique.

Le salon Jaune est lui aussi orné de stucs de Duckers, datés d’environ 1775. Par sa situation centrale, il fait le lien entre le grand salon et la salle à manger, mais aussi avec le vestibule. Il s’agit de la seule pièce du rez-de-chaussée tournée vers le parc paysager. Appelé autrefois salon Bleu – avant qu’on ne le repeigne en jaune –, il présente une décoration où figurent les quatre saisons et les quatre éléments. Traités de manière classique, ceux-ci sont disposés dans une suite de panneaux rectangulaires (cinq grands panneaux, trois dessus-de-porte, une hotte de cheminée et deux petits panneaux) bordés de moulures.

La salle à manger, appelée également salon de Chasse, est elle aussi exceptionnelle à plus d’un titre. Elle conserve quatorze très belles toiles peintes représentant des trophées de chasse et des natures mortes. Parmi celles-ci, on peut admirer quatre grandes toiles montrant du gibier pris au piège, suspendu à un nœud de ruban souplement noué et flanqué d’attributs de chasse : un renard avec un faisan, un chevreuil associé à un héron et à une perdrix, un sanglier et un héron, un renard et un gros volatile.

 

La salle à manger conserve quatorze peintures exceptionnelles de Jean-Dieudonné Deneux sur le thème de la chasse. ©Guy Focant

Dans les cinq toiles présentes au-dessus des portes, des oiseaux sauvages reposent sur des tables-consoles. L’intérêt de ces toiles tient autant dans les sujets représentés que dans les cadres rococo des montants peints. Elles ont été réalisées en 1764 par le peintre liégeois Jean-Dieudonné Deneux et restaurées en 1985.

Le raffinement des décors intérieurs et l’ordonnance classique des corps de bâtiments du château de Deulin en font un endroit de prestige qui vaut certainement la visite.

Visitez le château

Le salon à alcôve, ou salon Bleu. ©Guy Focant

Le château est actuellement occupé par Stéphane de Harlez et sa famille. Passionné d’antiquités et grand professionnel dans ce secteur, il a souhaité en faire un lieu dédié à l’événementiel, dans le plus grand respect du patrimoine. De nombreux événements (brocantes, marchés, salons d’antiquaires) y sont ainsi organisés. Le site est également ouvert à la visite,
uniquement sur rendez-vous.

INFOS

Château de Deulin, rue du Château 4
à B-6990 Deulin
+32 (0)84 46 66 16
info@espacedeulin.be
www.espacedeulin.be

Le festival de l’été mosan

Le château de Deulin figure aussi au programme du Festival de l’été mosan. Cette année, il accueillera deux concerts de musique classique de la violoncelliste Emmanuelle Bertrand. Ils prendront place dans la superbe grange, une des dépendances du domaine, le 21 juillet à 16 h et 18 h.

INFOS

Pour les réservations : www.etemosan.be

 

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