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Lavaux-Sainte-Anne : le somptueux château

Vue aérienne, à partir du sud-est, du château cerné de douves et de son ancienne ferme. | © Guy Focant

Voyages

En bordure septentrionale du village, ce quadrilatère médiéval a été remanié au cours des siècles.

 

Par Florence Pirard/Photos Guy Focant

Lavaux-Sainte-Anne est situé en Belgique, à 15 km de Rochefort, dans la province de Namur. Ce petit village date de l’époque mérovingienne. À cette époque, il dépendait de la principauté de Liège. Aujourd’hui, la place du village de Lavaux a été entièrement réaménagée. Vous serez charmés par cet espace bucolique, agrémenté d’une très belle fontaine.

L’intéressante église Saint-Rémy, construite en 1653 dans l’ancienne grange du château, la statue du Sacré-Cœur, mémorial destiné à honorer la mémoire des combattants, des prisonniers déportés ainsi que des résistants des deux grands conflits mondiaux, et la chapelle Notre-Dame de Walcourt sont à voir avant de partir à la découverte du château.

Celui-ci est implanté dans la plaine alluviale de la Wimbe, un affluent de la Lesse qui prend sa source à Haut-Fays. Ce ruisseau traverse une série de villages avant d’arriver aux portes du château qu’il contourne pour se jeter plus loin dans la Lesse, à hauteur de Villers-sur-Lesse. À l’âge d’or de la verrerie de Vonêche, la Wimbe jouait un rôle très important : la cristallerie Sainte-Anne utilisait son eau pour alimenter plusieurs moulins industriels.

 

Le donjon est la plus importante tour du château. ©Guy Focant

La seigneurie de Lavaux est détenue au XIIIe siècle par la famille de Wellin et passe ensuite aux Berio par mariage, en 1373. Ils édifient la forteresse qui subit le siège des Dinantais en 1464. L’ensemble est acheté en 1630 par Jacques-Renard de Rouveroy, qui entreprend d’importantes modifications. En 1753, un autre mariage transfère le château aux princes de Gavre. Une restauration est entreprise en 1933-1936 à l’initiative de la baronne Lemonnier, par Pelgrims de Bigard et l’architecte Vander Hulst. Elle sera poursuivie ensuite par les architectes Francis Bonaert en 1958, puis Éric d’Oultremont en 1981.

La forteresse de Lavaux a été érigée dans la première moitié du XVe siècle sur un marécage qui servait à alimenter les douves qui ceignent encore le château et à l’origine, la basse-cour, à l’emplacement de laquelle a été construite au XVIIe siècle une grosse ferme en U. Les bâtiments du château datent encore, pour une bonne part, de l’époque médiévale. C’est particulièrement le cas de la courtine occidentale, mais surtout des quatre tours circulaires d’angle, dont la plus importante constituait le donjon. Celui-ci, d’un diamètre de 12,60 m, repose sur un rez-de-chaussée cave pratiquement aveugle, l’entrée se faisant au premier étage. L’aménagement intérieur se révèle spartiate : ce premier niveau ne possède comme décor qu’une fenêtre à banquettes, une arquebusière et une cheminée.

Un escalier intramural conduit au second étage, lequel présente une disposition similaire à la pièce du dessous, à la différence près que des latrines prenaient originellement place sur le palier d’arrivée. Le dernier niveau, en encorbellement, avait une vocation défensive, comme en atteste la présence de quatre fentes de tir pour bombardes ou petits canons et de quatre niches basses qui servaient à alimenter en projectiles divers les mâchicoulis. Le donjon de Lavaux, conçu comme un tout, témoigne ainsi d’une bonne connaissance des impératifs et de l’adaptation aux premières armes à feu : épaisseur des murs, forme circulaire offrant moins de prise aux boulets, fentes de tir très élaborées et plate-forme le disent clairement. En revanche, le confort intérieur semble en avoir pâti. On y chercherait en vain les éviers, armoires murales et niches de toutes sortes. La lumière elle-même n’y est distribuée qu’avec parcimonie.

Les autres tours, en dehors de celle du sud-ouest plus récente, présentent la même configuration générale extérieure et intérieure que le donjon : murs épais adoptant une forme circulaire offrant moins de prise aux projectiles des premières armes à feu, fentes de tir et plates-formes. Ces dernières ont depuis lors été couvertes de toitures en forme de poivrière.

 

La cour intérieure, au style influencé par la Haute Renaissance italienne. ©Guy Focant

Au début du XVIIe siècle, dans un souci de confort accru, la forteresse fut aménagée par la construction d’ailes d’habitation remplaçant ou s’appuyant sur les courtines. C’est à cette époque que le passage d’entrée est décoré de puissantes colonnes annelées et que le portail conduisant à la ferme est aménagé en style baroque, tout en conservant, jusqu’à nos jours, les glissières qui servaient à abaisser et à relever le pont-levis, désormais remplacé par un pont de pierre. Au XVIIIe siècle, le château est aménagé à nouveau, notamment par l’érection, contre l’aile sud, d’une tourelle à cinq pans en briques et pierre. Elle abrite dans sa partie inférieure une « salle de bain » en marbre noir et, à l’étage, une chapelle dédiée à sainte Anne.

Entièrement rénové dans le courant du XXe siècle, le château de Lavaux accueille depuis 1958 le Musée de la chasse, tandis que le bâtiment de la ferme abrite un Musée de la campagne et de l’intelligence paysanne. De facture traditionnelle, la ferme en briques et pierre bleue est contemporaine du réaménagement de la forteresse au XVIIe siècle. Ses bâtiments, en partie ruinée par un incendie en 1960 et restaurés depuis, se composent d’étables, d’une grange, de bergeries et d’un logis au nord-est, daté de 1635 sur une fenêtre à l’arrière. Des tours carrées flanquent les angles sud et est. À côté du logis, le porche d’entrée attire tout particulièrement l’attention par son décor inspiré, sur un mode mineur, de celui du château. Au-dessus du portail surbaissé et entre les glissières du pont-levis, une niche à volutes et fronton triangulaire encadre une dalle de 1634 au blason de Jacques-Renard de Rouveroy.

Organisez votre visite

Le château présente notamment la vie des seigneurs de Lavaux au XVIIe siècle. ©Guy Focant

Les trente-deux pièces meublées et décorées du château se visitent librement à travers trois thématiques : la vie des seigneurs de Lavaux au XVIIe siècle, la vie rurale en Famenne au XIXe siècle et la nature et la chasse, avec une collection impressionnante d’animaux naturalisés. Les enfants sont les bienvenus au château : un déguisement leur sera prêté, et les plus grands peuvent participer à un quiz.

INFOS

Tout l’été, le château est ouvert tous les jours de 10 h à 18 h (dernière entrée à 16 h 45).
Tarif : 8 euros/adulte, 7 euros/étudiant et 60+, 5 euros/enfant (incluant le déguisement prêté durant la visite).
rue du Château 8, 5580 Lavaux-Sainte-Anne
info@chateau-lavaux.com
www.chateau-lavaux.com
084 38 83 62

La promenade des étangs

Vous pouvez également suivre un parcours didactique et observer la faune et la flore typiques de la Famenne. La zone humide du château se compose de l’étang, du marais et de la prairie. Cette zone écologique a été reconstituée afin de recréer un écosystème typique des paysages de la région de la fin du XIXe et du début du XXe siècles. Cet espace constitue un véritable paradis pour les plantes, insectes et oiseaux. La préservation de l’environnement est un objectif de l’équipe du château : non-utilisation de pesticides, création d’un verger conservatoire de 52 arbres à hautes tiges par un système de parrainage et installation de ruches.

 

Le Musée de la chasse a trouvé ici un cadre prestigieux pour ses collections. ©Guy Focant

 

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