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Le château de Beloeil : 400 hectares groupant forêt domaniale, jardins, chemins et allées

Vue aérienne du domaine cerné de douves avec, à gauche, le château et, à droite, les dépendances. | © Guy Focant

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Connus et reconnus, le château de Beloeil et ses jardins forment un magnifique domaine, parmi les plus beaux de Belgique.

 


Par Frédéric Marchesani / Photos Guy Focant

L’ensemble compte aujourd’hui encore près de 400 ha groupant forêt domaniale, jardins, chemins et allées, qui s’étendent sur les localités de Beloeil, Ellignies-Sainte-Anne et Quevaucamps. Classé comme monument et comme site pour une partie de ses jardins depuis le 20 juin 1949, puis comme site pour la totalité des jardins en 1993, il est également inscrit sur la liste du patrimoine exceptionnel de Wallonie.

Riche d’une histoire encore plus ancienne qui se perd dans la nuit des temps, le domaine est, depuis des siècles, entre les mains de la famille princière de Ligne. Issue de Heribrand d’Alsace et établie depuis le XIe siècle dans le village de Ligne (Ath), à 8 km au nord-est de Beloeil, celle-ci occupe les lieux à partir de 1311. C’est à l’occasion du mariage de Fastré de Ligne avec Jeanne de Condé, héritière de la seigneurie de Beloeil, que la famille y prend pied, bien que son installation définitive remonte à 1394. Plusieurs demeures sont érigées et remaniées au fil des siècles. Sous l’Ancien Régime, les seigneurs de la maison de Ligne obtiennent les charges les plus prestigieuses. Ils sont tour à tour au service des comtes de Hainaut, du roi de France, des ducs de Bourgogne, du roi d’Espagne, de l’empereur du Saint-Empire germanique et enfin des rois des Belges.

En 1601, Lamoral Ier de Ligne reçoit un diplôme de prince du Saint-Empire des mains de l’empereur Rodolphe II. On parle depuis lors des princes de Ligne. Depuis 1923, les membres de la famille sont autorisés à porter le prédicat d’altesse à la suite d’une décision du roi des Belges Albert Ier. Les Ligne demeurent toujours de nos jours dans le château autour du chef de famille, Michel, quatorzième prince de Ligne, et de son épouse Eleonora d’Orléans-Bragance, née princesse du Brésil.

 

 Au fond du bassin de Neptune, planté de pot-à-feu, se devine la silhouette du « petit Versailles belge ». ©Guy Focant

Le château actuel a été remanié à partir de la fin du XVIIe siècle pour devenir une demeure de plaisance. Il est l’héritier d’une robuste forteresse médiévale encadrée de tours rondes et cernée par des douves. Les aménagements les plus importants ont toutefois été réalisés à l’initiative du prince Claude-Lamoral II et de son fils Charles–Joseph dans le courant du XVIIIe siècle, tout en maintenant le plan trapézoïdal du manoir précédent et ses quatre tours d’angle et, d’autre part, les douves. Incendié le 14 décembre 1900, l’édifice a été reconstruit entre 1901 et 1906 par l’architecte parisien Ernest Sanson. Il a conservé sa riche collection d’œuvres d’art, en grande partie sauvée grâce au dévouement des villageois et réintégrée au château après sa restauration.

Dans le village, l’entrée est annoncée par deux pavillons carrés classiques couverts d’une toiture à la Mansart. Une allée pavée traverse une large avant-cour gazonnée encadrée de canaux que surplombent des balustrades en pierre. Deux lignes de tilleuls renforcent le dispositif axé sur l’ensemble en U des communs (remise à voitures et écuries, érigés en 1742) enserrant une cour pavée. Ces deux bâtiments ont résisté au terrible incendie de 1900 et, avec les jardins, demeurent les seuls témoins authentiques de l’ensemble monumental érigé au XVIIe siècle. Des ponts relient ces deux cours et, vers le nord, le terre-plein du château est entièrement cerné de douves.

 

Le bassin de Neptune est dominé par un groupe sculpté. ©Guy Focant

Le château adopte un plan trapézoïdal en U cantonné de tours circulaires. L’élévation classique des façades et la petite aile basse renfermant la cour d’honneur à la manière d’un portique datent de l’Époque moderne dans leur disposition mais ont été reconstruits au début du XXe siècle. La pierre de taille calcaire est associée au grès régional vers les douves, et à la brique vers la cour. Inspirées de l’architecture classique à la française, les ailes du château sont également coiffées d’imposantes toitures à croupes plantées d’un double rang de lucarnes et hérissées de cheminées. Les tours d’angle sont munies de toitures en dôme.

À l’intérieur, le château abrite une impressionnante collection d’œuvres d’art du XVe au XIXe siècle et constitue, de ce fait, un véritable musée vivant, car les collections y sont exposées dans leur cadre d’origine. Le mobilier offre un échantillonnage des œuvres des meilleurs ébénistes français des XVIIe et XVIIIe siècles. Enfin, des tableaux représentent la plupart des membres de la famille qui ont occupé les lieux ainsi que d’illustres personnages parmi lesquels le roi Charles Ier d’Angleterre, Catherine II de Russie, la reine de France Marie-Antoinette et le roi des Belges Léopold Ier, ou encore des événements historiques comme le siège de Courtrai.

Parmi les salles de grand intérêt du château figure l’imposante bibliothèque, riche de près de 20 000 ouvrages et abritant de précieux manuscrits dont certains sont rarissimes, comme le « Liber Passionis » aux armes d’Henri VII d’Angleterre. La renommée de la bibliothèque porte tant sur l’intérêt des livres que sur la qualité des reliures, signées par les plus grands maîtres en la matière. Contiguë à la bibliothèque, une petite pièce contient les livres, reliés en rose, du feld-maréchal Charles-Joseph de Ligne et plus de 3 500 lettres autographes, correspondance précieuse échangée par les souverains et hommes célèbres avec les princes.

 

Au cœur de la bibliothèque trône un portrait d’Albert-Henri, deuxième prince de Ligne (1609-1641), homme d’étude et créateur de l’exceptionnelle collection de livres et manuscrits. ©Guy Focant

Ce qui fait également l’intérêt majeur du domaine de Beloeil, ce sont ses jardins, dont la configuration actuelle remonte au XVIIIe siècle, même si des aménagements antérieurs ont existé. À partir de 1711, le prince de Ligne aménage un vaste rectangle de 20 ha occupé en son centre par le Miroir ou bassin de Neptune, du nom du groupe sculpté situé à son extrémité, œuvre du sculpteur Godefroid Devreese datant du XIXe siècle. Situé à l’entrée de l’embarcadère, il est encadré par deux amours chevauchant des tritons.

De part et d’autre de ce bassin et au-delà de deux allées latérales de charmilles est également aménagée une succession de bosquets, de salons de verdure et de pièces d’eau, complétée par un potager divisé géométriquement et orné en son centre d’un temple octogonal dédié à Pomone. Dans le prolongement du Miroir s’étend, à travers le bois de Beloeil, une longue allée de hêtres (4 km), la Grande Avenue, fermée à son extrémité par les deux pavillons des gardes du XIXe siècle et interrompue, à la jonction entre le grand parc et la forêt, par le bassin de la Héronnière ou de la Canardière. Celui-ci est relié au nord-ouest par une autre allée rectiligne provenant d’un bois circulaire – le Rond Bois ou bois de la Haye – traversé de chemins en étoile.

Entre 1775 et 1779, Charles-Joseph de Ligne († 1814), feld-maréchal autrichien et ami des Lumières, aménage au nord-ouest du château un espace triangulaire dans le style paysager anglais où il fait ériger, entre autres, l’île de Flore, la Fausse Ruine, le temple de Morphée et l’obélisque en hommage aux faits d’armes de son fils Charles.

Si le bois et la Grande Avenue ont été cédés à la Région wallonne, le reste du domaine est géré par la Fondation Ligne qui y organise chaque année un prestigieux festival de musique classique. Fleuron prestigieux du patrimoine wallon, Beloeil mérite certainement son surnom de « petit Versailles belge ».

 

 Vue aérienne du bassin des Dames, composé de colonnes de charme ©Guy Focant

Visitez le domaine

Horaires : le château de Beloeil et ses jardins se visitent tous les jours sauf le lundi pendant la période estivale (1er juin – 31 août 2021) de 12 h à 18 h (dernière admission à 17 h 15). Il est possible de ne visiter que le parc (chiens admis) ou de combiner la visite du parc et du château (chien non admis dans la demeure).
Prix : château + parc : 12 euros (adultes), 11 euros (65+ et étudiants), 6 euros (6-12 ans), 5 euros (personnes à besoins spécifiques). Parc uniquement : 6 euros (adultes), 5 euros (65 + et étudiants), 3 euros (6-12 ans), 3 euros (personnes à besoins spécifiques). Gratuit pour les moins de 6 ans.

INFOS

Rue du Château 11 à 7970 Beloeil
069 68 94 26
info@chateaudebeloeil.com
www.chateaudebeloeil.com

 

Un pont sur les douves permet d’accéder au château. ©Guy Focant

 

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