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Liège, 
balade au fil des fontaines

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La fontaine de la Vierge à l’Enfant, en Vinâve d’Île, au cœur du piétonnier de la Cité ardente. | © Guy Focant.

Voyages

Agrémentant les places de bon nombre de nos villes et villages, les fontaines font partie intégrante de l’aménagement public.

Par Florence Pirard

Jusqu’à l’installation généralisée de l’eau courante, la mise à disposition de la population de points d’eau était une nécessité tant en milieu rural qu’urbain. Mais au-delà de ce besoin vital, ceux-ci constituaient des lieux de rencontre essentiels. À Liège, plusieurs fontaines sont ornées de très beaux témoignages de l’art de Jean Del Cour (1631-1707), un des plus grands représentants de la sculpture baroque de nos régions, familiarisé à cette esthétique à Rome, au contact du Bernin. Artiste virtuose, Del Cour a laissé de nombreuses œuvres démontrant sa maîtrise technique de matériaux aussi variés que le bois, le marbre, l’ivoire ou la terre cuite de ses études préparatoires.

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La fontaine du Perron, un emblème au cœur de la cité. Mentionné pour la première fois au XIIe siècle, on le retrouve une seconde fois lors de l’installation d’une fontaine sur la place du Marché en 1287. Le Perron est immédiatement placé au-dessus de cette fontaine. Au fil du temps, il devient le symbole des pouvoirs acquis par la cité contre le prince-évêque. Sa très forte signification fut également à l’origine de ses malheurs: en 1467, le duc de Bourgogne Charles le Téméraire enleva le monument pour l’emporter à Bruges et ainsi signifier aux Liégeois leur défaite et la perte de leurs libertés.

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Les bassins de fonte accueillent l’eau coulant de mascarons présents entre les arcades de la balustrade © Guy Focant.

C’est au XVIe siècle qu’une campagne de restauration lui apporta sa physionomie actuelle. La fontaine est alors reconstruite et embellie de colonnes et de bassins, ainsi que de sculptures chimériques. En 1693, le sculpteur baroque Jean Del Cour orne l’ensemble d’un groupe sculpté de trois Grâces supportant une pomme de pin, symbole de la liberté civique, elle-même sommée d’une croix. En 1825, à l’occasion d’une restauration, la fontaine est dotée de bassins en fonte. Au-dessus de l’ensemble, le Perron s’élève sur un piédestal servant de base à quatre lions couchés.

Son importance est toujours visible. Les armoiries de la ville ont intégré le Perron au XIVe siècle et il est également présent sur le blason de la province de Liège. En mars 2018, une importante restauration est entreprise. Le chantier est placé sous la surveillance d’un architecte et d’une historienne de l’art de l’Agence wallonne du patrimoine qui, parmi ses missions, compte celle de s’assurer que les travaux entrepris soient exécutés dans le respect des caractéristiques patrimoniales du monument. Classé depuis le 24 juillet 1936, reconnu patrimoine exceptionnel de Wallonie en 2009, le vénérable Perron a désormais retrouvé son lustre d’antan.

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Détail de la sculpture au sommet d’une fontaine Montefiore : une porteuse d’eau, œuvre de Léopold Harzé. © Guy Focant.

La fontaine de la Tradition. La place du Marché compte une seconde fontaine classée, restaurée en 2014. Les angles de celle-ci sont occupés par quatre bassins en forme de coquille alimentés par des cracheurs à l’effigie d’enfants joufflus. Une des faces porte trois blasons et l’inscription de dédicace de l’édicule, dessiné en 1719 par Pierre Levache. Cette intervention du XVIIIe siècle transforme radicalement la fontaine du XVIe siècle, déjà réaménagée une première fois. Le décor des trois dernières faces ne date que de 1930, époque à laquelle sont mis en place des bas-reliefs en bronze illustrant des scènes traditionnelles et commandés, à l’instigation du Musée de la vie wallonne, au sculpteur Georges Petit. On y voit le théâtre de marionnettes et son plus célèbre personnage, Tchantchès, l’évocation de danses folkloriques ou encore les maraîchères qui avaient coutume d’écouler leurs produits au pied de cette fontaine. Ces évocations ont donné au monument son nom actuel, supplantant l’ancienne appellation de fontaine des Savetresses.

Si le perron est resté le symbole de Liège sans doute le plus ancré, le personnage de Tchantchès marque également la ville de son empreinte, comme le montre une autre fontaine située rue Pont Saint-Nicolas, en Outremeuse. Cette dernière, inaugurée en 1936 à l’occasion des fêtes de Wallonie, est l’œuvre de l’architecte E. Bernimoulin et du sculpteur Joseph Zomers. Elle se compose d’un socle quadrangulaire en calcaire, d’où l’eau s’écoule dans de petites vasques. Ce socle est surmonté de la statue en bronze d’un personnage féminin, une hiercheuse, ces ouvrières des charbonnages, brandissant une marionnette à l’effigie de Tchantchès.

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Le célèbre Perron, l’un des édifices les plus emblématiques de Liège, classé en 1936. © Guy Focant.

La fontaine Saint-Jean-Baptiste. La plus ancienne fontaine liégeoise à conserver une sculpture de Jean Del Cour est celle dédiée à saint Jean-Baptiste, située dans l’ancienne paroisse du même nom, rue Hors-Château (en face du no46). Érigée en 1633-1634, elle ne reçut pourtant son décor sculpté qu’une trentaine d’années plus tard. Entre les colonnes prennent place des vasques destinées à recueillir l’eau de cracheurs adoptant la forme de dauphins, abrités dans des niches en coquille. La quatrième face de l’édicule est occupée par la porte donnant accès au mécanisme. Cette dernière représente le baptême du Christ.

La fontaine de la Vierge à l’Enfant. Restaurée en 2016, la fontaine de la Vierge, dite aussi perron du Vinâve d’Île ou fontaine aux Lions, occupe la portion la plus large de la rue. Bien présente dans le tissu urbain et classée, elle n’a pourtant trouvé sa position définitive qu’en 1854, date à laquelle elle a été déplacée en raison du percement de la rue de la Cathédrale. Daté par une inscription et des chronogrammes effacés à la Révolution, le monument reçut en 1696 une des plus belles œuvres de Jean Del Cour, une Vierge à l’Enfant en bronze tout en délicatesse, qui tournait à l’origine le dos à la collégiale Saint-Paul. Le monument prend la forme d’un pilier quadrangulaire où s’intègrent quatre cracheurs de bronze aux visages enfantins, servant de socle monumental à la Vierge.

Les fontaines Montefiore, des fontaines pour tous. À la fin du XIXe siècle, Hortense Montefiore-Bischoffsheim annonça son intention de doter le centre de la cité de dix fontaines-abreuvoirs. Épouse de Georges Montefiore-Levi, célèbre industriel, et fille du sénateur Jonathan-Raphaël Bischoffsheim, elle tenait de son père une générosité qui allait devenir notoire. Le principe de la fontaine Montefiore de Liège est basé sur la même idée que les fontaines-abreuvoirs de Bruxelles, à savoir que les passants pouvaient se désaltérer au jet des cracheurs de la colonne, les chevaux dans la grande vasque, et les chiens et les oiseaux dans le bassin au pied du monument. À Liège, leur colonne est surmontée d’une poétique œuvre en bronze du sculpteur Henri Beckers représentant une botteresse – une colporteuse transportant ses marchandises dans une hotte en osier – au repos. En 1891, Hortense Montefiore informa la ville de Liège qu’elle offrait à la ville dix nouvelles fontaines-abreuvoirs surmontées cette fois d’une porteuse d’eau, œuvre de Léopold Harzé. Liège a conservé plusieurs de ces fontaines monumentales, dont certaines viennent de bénéficier tout récemment d’une restauration globale.

La fontaine Lambrecht. Elle fut construite avec des matériaux provenant de l’ancienne cathédrale Saint-Lambert. L’édicule carré est entouré de quatre bassins semi-circulaires et surmonté d’une coupole. Le couronnement de celle-ci est une pomme de pin, comme le perron. La fontaine fut élevée à la mémoire de Dieudonné Lambrecht, fusillé par les Allemands en 1916. L’inscription mentionnant ses hauts faits d’armes et ses distinctions militaires est gravée sur les plaques de bronze de chaque oculus.

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Tikal, cour Saint-Antoine. Dans le quartier Hors-Château, longeant la rue des Brasseurs, autour d’une cour rectangulaire pavée, s’organise un ensemble d’appartements et de maisons construits en 1979 d’après des plans de l’architecte liégeois Charles Vandenhove. Il complète un groupe de maisons plus anciennes de la rue Hors-Château restaurées au cours de la même campagne de rénovation urbaine, de 1978 à 1985. Au centre de la cour, la stèle de Tikal, une œuvre d’Anne et Patrick Poirier, se compose d’un obélisque métallique se dressant au milieu d’un bassin cylindrique, relié par une rigole à une sculpture monumentale évoquant une pyramide d’inspiration maya.

Organisez votre visite

Toutes ces fontaines, situées dans le cœur historique de la ville de Liège, sont accessibles librement aux détours de vos balades urbaines. La Cité ardente regorge de trésors patrimoniaux: églises, hôtels particuliers, fontaines, maisons, cimetières, musées, palais, sites archéologiques, plus de 450 biens sont classés comme monuments et sites sur le territoire de la ville. L’occasion de profiter de cette période estivale pour programmer votre séjour dans le chef-lieu de la province du même nom! Une demi-journée, une journée ou trois journées, tout est envisageable pour organiser votre escapade grâce à l’importante offre hôtelière et de restauration disponible. Les nombreuses attractions touristiques feront le bonheur des petits et des grands. Si vous avez besoin d’informations sur Liège, rendez-vous à l’office du tourisme, ouvert tous les jours. Vous y trouverez toute l’information nécessaire pour planifier votre visite et découvrirez également tout un panel d’activités telles que des visites guidées, des applications ludiques, un service de location de vélos et de trottinettes…

INFOS

Office du tourisme, du lundi au samedi de 9 h à 17 h et le dimanche de 9 h à 16 h – Quai de la Goffe 13, 4000 Liège – 04 221 92 21

info@visitezliege.be – www.visitezliege.be

1. Le célèbre Perron, l’un des édifices les plus emblématiques de Liège, classé en 1936.
2. Les bassins de fonte accueillent l’eau coulant de mascarons présents entre les arcades de la balustrade. 3. Une des trois Grâces supportant la pomme de pin du Perron. 4. Les trois Grâces, la pomme de pin et la croix surmontant la colonne du Perron. 5. La fontaine de l’hôtel Somzé, rue Féronstrée. 6. Détail de la sculpture au sommet d’une fontaine Montefiore
: une porteuse d’eau, œuvre de Léopold Harzé (Liège 1831-1893).
7. La fontaine de la Vierge à l’Enfant, en Vinâve d’Île, au cœur du piétonnier de la Cité ardente.

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