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Modave : Le château des comtes de Marchin, héritage d’une forteresse médiévale

La façade principale du château, précédée de la cour d’honneur. | © Guy Focant

Voyages

Des décors à couper le souffle.

 

Par Florence Pirard / Photos Guy Focant

Implanté sur un piton rocheux, le château des comtes de Marchin surplombe de 58 m la vallée du Hoyoux ainsi qu’un domaine de quelques 450 ha érigé, depuis 1973, en réserve naturelle et ornithologique. Son parc proprement dit, d’une superficie de 38 ha, et ses jardins sont entourés d’un mur de moellons de plusieurs kilomètres, que Remacle Leloup a déjà pu dessiner vers 1740.
L’actuel château de Modave est l’héritier d’une forteresse médiévale.

En 1233, une charte mentionne Walterus de Modalle comme détenteur des terres, seigneurie, château et forteresse de Modave. Apanage de la famille de Modave jusqu’en 1558, le château passe aux Haultepenne et Saint-Fontaine qui le vendent, en 1642, à Jean de Marchin, lieutenant-gouverneur du château de Huy. Les archives sont muettes quant à l’importance que le château revêtait à cette époque. À l’instar des châteaux médiévaux, les bâtiments construits au fil des siècles devaient former un grand quadrilatère ponctué par des tours.

Bien qu’un donjon soit mentionné à diverses reprises dans les archives, il est exclu qu’il s’agisse de la tour nord-ouest, pourtant ainsi dénommée aujourd’hui, car elle n’en a ni le plan, ni l’épaisseur de murs. En venant du village situé sur le plateau, on accède au château proprement dit par la façade est, après avoir franchi des douves sèches. À une date qui reste encore à définir, l’aile orientale a été dédoublée pour former vraisemblablement une galerie ouverte, telle qu’on en trouvait dans maints châteaux depuis le XVIe siècle.

En 1651, les troupes lorraines endommagent l’édifice. Sa physionomie actuelle résulte essentiellement de la campagne de reconstruction entreprise, à partir de 1655, par Jean Gaspard Ferdinand, comte de Marchin, lieutenant du Grand Condé, cousin de Louis XIV. La façade principale en briques et pierre calcaire, située au-delà de douves sèches, est constituée sur deux niveaux d’un corps central de cinq travées, accosté de deux ailes en saillie de deux travées, le tout couvert d’un toit à la Mansart. Un élégant petit fronton triangulaire couronne la travée centrale. Une tour circulaire et une tour carrée – visibles depuis la cour d’honneur – ainsi que d’autres ailes se développent à l’arrière de ce premier bâtiment.

 

La chambre du duc de Montmorency, avec une alcôve garnie de soie de Chine du XVIIIe siècle. ©Guy Focant

En 1666 et 1667, un stucateur de grand talent, Jean Christian Hansche, réalise de manière magistrale une grande partie du décor du château. C’est le cas des plafonds de la salle des Gardes et du vestibule, respectivement ornés des arbres généalogiques du comte de Marchin et de son épouse. Le stucateur y introduit une dynamique remarquable, avec quatre cavaliers dans la grande salle et quatre licornes mâles dans le vestibule. Des trophées, des bâtons de commandement et des rubans animent encore l’arbre généalogique des Marchin. Néanmoins, ces stucs ont reçu au XIXe siècle une polychromie ne correspondant plus au projet initial.

Ce n’est pas le cas des stucs du salon des Gobelins – qui tient son nom des trois tapisseries bruxelloises consacrées à l’histoire de Pompée et de César (troisième quart du XVIIe siècle) – et du salon d’Hercule, remarquables par la virtuosité de leur réalisation. Ils ont pour thème les aventures de ce héros de la mythologie grecque. Hercule et l’hydre de Lerne, dans le salon des Gobelins, constitue certainement un des reliefs les plus intéressants de ces deux pièces. Il s’agit d’un ensemble quasiment unique en Belgique.

 

 La salle des Gardes, où le plafond stuqué porte la généalogie du comte de Marchin et de son épouse. ©Guy Focant

En 1706, l’édifice est acquis par le baron Arnold de Ville. Celui-ci transforme la grande écurie en étables et procède aux réparations qu’une longue inoccupation a rendues nécessaires. Il ne semble pas qu’il ait entrepris de grands travaux au château, sinon quelques embellissements comme la décoration du salon de famille ou l’acquisition des médaillons des empereurs romains. Arnold de Ville reste avant tout pour la postérité l’auteur – avec l’ingénieur Rennequin Sualem – de la fameuse machine de Marly, qui élevait la Seine jusqu’à Versailles pour sublimer, par des jeux d’eaux, les fastueux jardins de Louis XIV. Une machine qu’il avait conçue au départ de celle que Rennequin, selon la tradition, avait construite à Modave pour élever les eaux du Hoyoux jusqu’à une tour-réservoir, toujours debout dans le parc du château.

Le baron de Ville décède en 1722. Son petit-fils, Anne Léon II, duc de Montmorency, apporte encore quelques modifications à la décoration intérieure du château. C’est de cette époque que date la remarquable chambre du duc, dont l’alcôve est entièrement lambrissée et ornée de tableaux de fleurs.

À la Révolution, le domaine de Modave est confisqué. Napoléon Ier le restitue aux Montmorency en 1804. De grands travaux sont alors entrepris : subdivision en petites pièces plus confortables, reconstruction de la chapelle au premier étage, aménagement d’une glacière sous la cour intérieure. Waterloo, en 1815, décide toutefois a famille à vendre le château entièrement meublé. Il est acquis par l’industriel Gilles-Antoine Lamarche en 1817. La grande bourgeoisie succède ainsi à la haute noblesse.

En 1891, la Compagnie des eaux de Bruxelles (aujourd’hui Vivaqua) est créée pour mettre en œuvre le captage de Modave. En 1941, elle achète le château et son domaine. Depuis, avec l’aide de la Région wallonne, elle s’efforce d’entretenir au mieux ce superbe ensemble inscrit sur la liste du patrimoine exceptionnel de Wallonie.

 

Le salon d’Hercule. 2. Le détail des décors. ©Guy Focant

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Ouvert au public depuis le début des années 1950, le château de Modave est progressivement restauré depuis plusieurs années, de même que ses jardins. Il sert également de cadre prestigieux à des manifestations culturelles et artistiques. La visite permet d’accéder à plus de vingt-cinq salles avec un audioguide multilingue. Un film explicatif présente les activités de captage de Vivaqua. Une aire de pique-nique est accessible dans les anciennes écuries. Le château est également le point de départ de promenades balisées au cœur de la réserve naturelle.

 

De somptueux décors ornent l’ensemble du château. ©Guy Focant

Infos

Où ? Château de Modave, rue du Parc 4 à 4577 Modave – 085 41 13 69
Quand ? Ouvert du 1er avril au 15 novembre, tous les jours de 10 h à 18 h (dernière entrée à 17 h). Fermé le lundi sauf jour férié, et en juillet et août.
Combien ? Adultes : 9 €. Seniors : 7 €. Étudiants : 4 €. Enfants -12 ans : gratuit.
Bon à savoir : Possibilité de visite guidée pour des groupes. Il est recommandé de réserver au préalable.
Pour en savoir plus : info@modave-castle.bewww.modave-castle.be

 

 

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