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À la découverte du riche patrimoine religieux de Bièvre

L’église Saint-Denis de Graide et sa tour romane classée. | © Guy Focant

Voyages

Il y a bien des découvertes patrimoniales à faire à Bièvre. Voici un aperçu du potentiel que cette sympathique commune peut vous offrir.

 

Par Frédéric Marchesani / Photos Guy Focant

Située entre Bouillon et Beauraing, dans le sud de la province de Namur, la commune de Bièvre est limitrophe de la province du Luxembourg sur sa moitié orientale. À l’est, elle voisine avec les communes namuroises de Vresse-sur-Semois et Gedinne. Depuis la fusion de 1977, elle comprend les villages et hameaux de Baillamont, Bellefontaine, Bièvre, Cornimont, Graide, Graide-Station, Gros-Fays, Monceau-en-Ardenne, Naomé, Oizy, Petit-Fays et Six-Planes.

S’étendant sur une superficie de 109,59 km², Bièvre comptait 3 378 habitants au dernier recensement, datant du 1er décembre 2019. Son nom signifie castor en wallon, un mot proche de ceux utilisés dans les langues germaniques (castor se dit « bever » en allemand et néerlandais, et « beaver » en anglais). Ces animaux, ingénieurs de la nature, ont beaucoup été chassés dès le Moyen Âge, notamment pour leur fourrure, et réintroduits dans la région dans les années 1990. Depuis, le castor figure sur les armoiries de la commune.

L’entité est née des défrichements de l’ancienne forêt d’Ardenne, au Haut Moyen Âge, peut-être autour des clairières faites par les castors, ce qui aurait pu lui donner son nom. Le plus ancien texte mentionnant Bièvre est d’ailleurs une charte datée de 770. Durant tout l’Ancien Régime, elle fut le siège d’une seigneurie relevant du duché de Luxembourg. Côté patrimoine, la commune compte quatre biens classés, tous de type religieux. Chaque village et hameau compte son lieu de culte, sans compter quelques exemples de petit patrimoine populaire et quelques presbytères. Nous vous proposons de partir à la découverte de quelques édifices choisis.

La source Saint-Furcy, site bucolique implanté au milieu des bois ©Guy Focant

La tour de l’église Saint-Denis de Graide. Terre luxembourgeoise sous l’Ancien Régime, Graide est surtout connue pour avoir été un centre religieux d’importance. Elle était en effet le siège d’un vaste doyenné du diocèse de Liège qui couvrait quelques 45 paroisses. Le centre ancien, assez dense, se regroupe sur un petit éperon ponctué par l’église et sa tour massive ainsi que par l’ancien cimetière. Cerné au sud et à l’ouest par de hauts murs, l’édifice dédié à saint Denis a été reconstruit en style classique aux environs de 1775.

Il a toutefois conservé son imposante tour d’allure médiévale de quatre niveaux, probablement rebâtie en 1567 et chichement percée de petites fentes carrées ou rectangulaires. Au sommet, l’étage des cloches en charpenterie est coiffé d’une courte flèche octogonale bulbeuse, piquée d’une croix et d’un coq en fer forgé. À l’intérieur, on peut admirer un autel majeur à tabernacle-expositoire du début du XIXe siècle, un confessionnal en chêne du XVIIIe siècle et quelques bénitiers en marbre noir dont l’un date de 1605. On notera enfin la présence d’un Christ en croix gothique du XVIe siècle. La tour a été classée le 25 septembre 1947.

La fontaine Saint-Furcy. Figure peu présente dans nos régions, Furcy de Péronne est un saint catholique et orthodoxe né vers 567 en Irlande. Petit-fils d’un roi de Munster, il est le frère de saint Feuillen, vénéré à Fosses-la-Ville. Éduqué par des religieux, il se fait moine et est envoyé comme missionnaire sur le continent. Il meurt dans le royaume d’Austrasie, à Mézerolles (en France, dans le département de la Somme) vers 648 et est enterré non loin de là, à Péronnes.

La grotte Notre-Dame de Lourdes à Bellefontaine, érigée en 1923. ©Guy Focant

Au cours de ses pérégrinations, il est passé dans la région de Bièvre où il fit jaillir une source. Ce miracle donna lieu à la construction d’un petit village autour de la source et de la croix que Furcy aurait lui-même planté. Plus tard, le village se déplaça non loin de là, autour d’une église dédiée à saint Furcy qui avait été érigée à la demande de Godefroid de Bouillon. Ce village prit le nom de Bellefontaine et constitue de nos jours un hameau relevant de Monceau-en-Ardenne.

Le site de la source se trouve depuis lors à l’écart du hameau, au cœur d’un massif boisé. On lui prête des vertus curatives depuis qu’une femme souffrant d’eczéma y a été guérie après avoir plongé la main dans l’eau. Ce fut le point de départ d’un pèlerinage organisé autrefois le 17 septembre, jour de la translation des reliques de saint Furcy. Les paysans venaient également y chercher la protection de leurs troupeaux contre les maladies. Sise au centre d’une petite clairière, au bord du ruisseau de Bellefontaine, la source est protégée par un édicule carré en calcaire de style néogothique. Une inscription est présente sur les marches et nous renseigne sur la date de son édification : « Incholata 1916 aedificata juno 1919 / R. Parieux / capellanus » (Commencée en 1916, édifiée en juin 1919, R. Parieux, chapelain). Les lieux sont classés comme monument et comme site depuis le 29 août 1990.

La chapelle Notre-Dame de Foy à Oizy. Appelée également Notre-Dame de Bon Secours, elle se situe à près d’un kilomètre au sud-est du village de Oizy. Lieu de pèlerinage vénéré depuis 1640, elle a été érigée en l’honneur de la Vierge en 1648. Elle prend la forme d’un sanctuaire bas et allongé, entièrement chaulé, bâti en moellons de schiste et en pierre bleue et entièrement rénové en 2020. La chapelle s’inscrit dans un site planté de deux tilleuls d’une vingtaine de mètres de hauteur et d’une circonférence de 6,90 m et 4,10 m à 1,30 m de hauteur, du genre Tillia platyphyllos, le tilleul à grandes feuilles, une espèce traditionnelle des régions tempérées d’Europe.

L’église Saint-Hubert de Oizy présente une superbe voûte entièrement décorée de stucs.  ©Guy Focant

Ces arbres, auxquels les Celtes accordaient déjà des vertus magiques, sont considérés comme sacrés par la religion chrétienne. Ce caractère vénérable est dû à l’odeur de leurs fleurs. Depuis le Moyen Âge, ils sont souvent plantés à côté d’un lieu de culte ou d’un témoignage de la ferveur populaire, comme c’est le cas ici. Il s’agit d’un site classé depuis le 16 octobre 1975.
L’église Saint-Hubert de Oizy et son mobilier.

Entourée par les murs du cimetière, au nord du village, elle a été érigée en schiste et pierre bleue en diverses étapes. La tour trapue date du XVIIe siècle tandis que le long vaisseau classique terminé par un chevet à trois pans a été bâti en 1758-1759 aux frais de l’abbaye de Saint-Hubert, sur les plans de l’architecte local Pierre Delogne.
Également classé au même titre que l’église, le mobilier forme un bel ensemble du dernier tiers du XVIIIe siècle.

On y trouve d’abord un important autel majeur à portique, en forme de rotonde, abritant au centre la sacristie. Viennent ensuite des autels latéraux de style Louis XV à retable (1769), un banc de communion, une chaire de vérité dessinée par l’architecte de l’église (1768) et quatre confessionnaux Louis XV. L’église et son mobilier sont classés comme monument depuis le 16 octobre 1975.

 

La chapelle Notre-Dame à Graide, érigée après la Grande Guerre en mémoire des héros du village. ©Guy Focant

Une association européenne

Bièvre est membre de la Charter of European Rural Communities, la charte des communautés rurales européennes. Cette organisation de 28 villages compte un membre par pays de l’Union (le Royaume-Uni en fait toujours actuellement partie). Chaque village y est représenté via son conseil communal, Bièvre assurant ce rôle pour la Belgique. Il s’agit d’une association fondée en 1989 et qui comptait alors douze membres. Elle organise un grand meeting annuel et plusieurs petites réunions chaque année. Son but est de travailler sur l’intégration européenne, avec comme devise « People meet people » (des personnes rencontrant des personnes), et, ainsi, de connecter les communautés.

INFOS
www.europeancharter.eu

Se promener à Bièvre

Commune rurale, Bièvre se découvre à pied et à vélo. Les promenades sont particulièrement agréables à cette époque où se dévoilent les couleurs d’automne. L’office du tourisme de Bièvre et la maison du tourisme Pays de Bouillon en Ardenne proposent bien des activités toute l’année. C’est notamment le cas d’une promenade santé organisée le 31 octobre dès 9 h 30 au départ de la maison médicale de Bièvre (rue de la Wiaule, 7). Gratuite, cette balade compte deux parcours à faire au choix. L’automne est également la saison des champignons, l’occasion d’apprendre à les (re)découvrir via une exposition de photographies de Dominique Carnière. Intitulée « La Magie des champignons », elle est présentée du lundi au vendredi de 9 h à 17 h 30 au centre culturel de Bièvre (rue de Bouillon, 39a).

INFOS
Office du tourisme de Bièvre, rue de Bouillon 39b
à 5555 Bièvre – +32 (0)61 29 20 92
tourisme.bievre@proximus.be
Maison du tourisme Pays de Bouillon en Ardenne : www.paysdebouillon.be

 

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