Paris Match Belgique

Wavre : les bijoux de la cité du maca

Le patrimoine de la capitale de la plus jeune province wallonne, patrie de Maurice Carême, reste somme toute assez mal connu. | © Guy Focant

Voyages

Située au nord de la province du Brabant wallon, l’entité de Wavre est le chef-lieu de sa province. La ville est traversée par la Dyle, une petite rivière partiellement couverte.

 

Par Florence Pirard / Photos Guy Focant

Wavre est aussi appelée la cité du Maca. Selon la légende, le Maca, représentant des bourgeois de Wavre et choisi pour son tempérament frondeur, avait été délégué auprès du seigneur local afin d’obtenir plus de droits et de libertés pour la cité. Une explication à caractère étymologique lie le nom Maca au mot wallon signifiant marteau.

L’homme, têtu comme l’outil qui cogne pour enfoncer le clou, aurait réussi en 1222 à persuader le duc de Brabant de donner aux habitants les libertés demandées, notamment celles permettant le développement du commerce local. La statue du sculpteur Jean Godard (1921-1967) qui date de 1962 et représente un jeune garçon espiègle escaladant la balustrade du perron de l’hôtel de ville y fait référence. La superstition et la très récente tradition veulent que lui caresser les fesses apporte une année de chance !

Le patrimoine de la capitale de la plus jeune province wallonne, patrie de Maurice Carême, reste somme toute assez mal connu. Wavre recèle pourtant de nombreux monuments de toutes époques et de tous styles, qu’il s’agisse d’exploitations agricoles de grande ampleur installées à la périphérie et présentant encore, à quelques exceptions près, un état de la fin du XVIIIe siècle, du riche patrimoine religieux du cœur historique ou de bâtiments plus récents comme celui qui abritait jadis l’école moyenne des filles, dans la rue Florimond Lestroye.

 Cet édifice, construit à la fin du XIXe siècle, est l’ancienne école moyenne des filles, de style néoclassique. ©Guy Focant

Parmi ces derniers, il convient de pointer l’hôtel du Gouverneur, bâtiment contemporain qui abrite depuis vingt ans ses services. Ces monuments et bien d’autres constituent autant d’étapes d’une balade dans une petite ville qui mérite le détour.

Ce qui deviendra le territoire de Wavre se démarque déjà à l’époque romaine. Autre élément fondamental du paysage, la Dyle a contribué, dès le Moyen Âge, au développement économique de la région, rassemblant sur ses berges moulins et artisanats nécessitant un approvisionnement important en eau courante : tanneries, brasseries et, plus tard, industrie papetière. Une partie de son cours fut même canalisée et, à partir de la fin du XVIe siècle, la navigation sur la Dyle fut possible durant quelques années de Wavre à Louvain puis, un siècle plus tard, toujours durant une courte période, jusqu’à Court-Saint-Étienne.

L’église Saint-Jean-Baptiste, située au cœur de Wavre, a également des origines très anciennes. Certaines de ses composantes datent du milieu du XVe siècle. Elle a été partiellement reconstruite après l’incendie qui ravagea la ville en 1489. Durant les premières décennies du XVIIe siècle, on décida de hausser sa tour massive et de la doter d’une impressionnante flèche qui disparut à la suite d’un nouvel incendie, survenu en 1695.

Bâti sur la forme d’une croix latine en grès et pierre de Gobertange, l’édifice abrite un très bel orgue et un remarquable carillon comportant quarante-neuf cloches. À l’est de l’église Saint-Jean-Baptiste, le presbytère est une propriété emmuraillée accessible par un porche-colombier. Autour d’une avant-cour, cette grande demeure néoclassique aux volumes simples datant des XVIIIe et XIXe siècles a été complètement restaurée en 1999. Son caractère néoclassique a été remis en valeur par un enduit de mortier et un badigeon.

 

 La nef de la basilique Notre-Dame de Basse-Wavre date du XVIe siècle. ©Guy Focant

Fondé dans les dernières années du XIe siècle par les moines bénédictins de l’abbaye d’Afflighem, l’ancien prieuré se transforme bien vite en un important lieu de pèlerinage dédié à la Vierge. La présence d’une première châsse renfermant des reliques, détruite à la fin du XVIe siècle, et les récits de miracles qui l’accompagnent sont en effet à l’origine d’un culte marial qui atteint son apogée à la fin du XVe siècle. La vie du prieuré, du moins sous cette forme, s’arrête pourtant à la Révolution, lorsqu’il est vendu comme tant d’autres possessions de l’Église. Restés libres, ses anciens locaux accueillent depuis 1839, sans discontinuer, un établissement scolaire, devenu le collège Notre-Dame de Basse-Wavre dans la seconde moitié du XXe siècle. Du côté des anciennes dépendances, le moulin banal est reconverti en papeterie à partir de 1830 et le vivier des moines, comblé en 1908, est remplacé par un parc.

Véritable cœur de l’ancien prieuré, l’église Notre-Dame apparaît comme un édifice bien singulier. Classée et élevée au rang de basilique en 1999, elle est le résultat de transformations menées durant le XVIIIe siècle, sans doute d’après les plans de l’architecte Guillaume De Bruyn. Telle qu’elle se présente aujourd’hui, elle englobe pourtant des parties plus anciennes, au nombre desquelles figure la chapelle mariale. Cette dernière, qui jouxte le côté nord du chœur, remonterait au XIIe siècle, suivant de peu la fondation du prieuré.

La chapelle mariale ©Guy Focant

Plus tardifs, le chœur gothique et une partie de la nef centrale dateraient du XVIe siècle, tandis que le bas-côté bordant le flanc nord de la nef est à situer au XVIIe siècle, comme l’indique la date de 1659 visible sur la façade baroque qui donnait alors directement accès, depuis ce bas-côté, à la chapelle mariale. Avec le début du XVIIIe siècle commence la reconstruction du bas-côté sud, ce qui permet de recouvrir les nefs d’une seule et même toiture en bâtière. Ces travaux d’unification touchent également la façade, qui se déploie en une composition baroque de part et d’autre d’une nouvelle tour, datée de 1710 et couronnée d’une flèche. Parmi le mobilier figurent une statue représentant la Vierge ainsi qu’une châsse remplaçant la précédente, toutes deux du XVIIe siècle.

Sécularisés, les bâtiments du prieuré ont été entièrement remaniés dès la première moitié du XIXe siècle pour les adapter à leur nouvelle fonction d’établissement d’enseignement. Du moins jusqu’au début du XXe siècle car, entre 1903 et 1912, ces derniers sont démolis pour faire place à l’ensemble néo-traditionnel qu’on connaît aujourd’hui. En 1912, une chapelle néogothique vient s’ajouter aux nouveaux bâtiments. L’intérêt de cette dernière réside surtout dans sa réaffectation en centre multimédia en 2003-2004.

 

 La statue de Notre-Dame de Paix et de Concorde date de 1640. ©Guy Focant

Des vestiges archéologiques

Le sous-sol de Basse-Wavre recèle les vestiges archéologiques de la villa gallo-
romaine de l’Hosté, inscrits sur la liste du patrimoine exceptionnel de Wallonie. Établie sur ce qui deviendra les terres de la ferme de l’Hosté, au nord-ouest des bâtiments actuels construits peu après le milieu du XVIIIe siècle, une exploitation agricole gallo-romaine rappelle la vocation ancienne de ces terrains. Le corps de logis de cette dernière a été mis au jour au début du XXe siècle, avant d’être remblayé en 1914. Bien que réalisées selon les méthodes et l’optique qui prévalaient à l’époque, ces fouilles ont permis de rassembler un certain nombre d’indices sur une implantation qui compte parmi les plus luxueuses de nos régions.

La villa gallo-romaine, dont les vestiges archéologiques sont inscrits sur la liste du patrimoine exceptionnel de Wallonie. ©DR

Organisez votre visite

Il y a de nombreuses choses à faire à Wavre qui peut se parcourir sans peine à pied, avec ou sans guide : découverte du patrimoine, flânerie dans les ruelles aux petites boutiques pleines de charme, dégustation de mets du terroir dans divers lieux de restauration… De nombreuses promenades vous feront découvrir les différents quartiers de Wavre, Bierges et Limal tels quel la Belle Voie, le Village Expo, le bois Sainte-Anne, le Manil, Angoussart, Aisémont, Profondsart ou encore La Bawette. Les cartes des balades sont soit téléchargeables, soit disponibles en version papier. Quant à la vie culturelle de Wavre, elle est bouillonnante. La Sucrerie organise de nombreux spectacles, concerts et conférences, pour les petits et les grands. Enfin, chaque année, plusieurs expositions temporaires sont programmées dans la cité du Maca.

 

L’église Saint-Jean-Baptiste de Wavre remonte au XVe siècle.  ©Guy Focant

Folklore et patrimoin immatériel

Le folklore wavrien est riche et ancien, parfois vieux de plusieurs siècles. Au début du XVIe siècle, les moines de Basse-Wavre instaurent une procession annuelle de la châsse à travers les campagnes et la ville de Wavre. C’est le Grand Tour, long de 8 km, qui se déroule chaque année le dimanche qui suit le 24 juin.

Le « Jeu de Jean & Alice », lui, est un spectacle, une évocation folklorique de l’acte historique d’octroi, le 23 avril 1222, de la Charte des libertés et franchises communales aux bourgeois de la ville par Godfroid, seigneur de Wavre, au nom du duc de Brabant Henri Ier. Il est présenté tous les cinq ans et fait appel à de nombreux figurants souvent issus de la population wavrienne. La prochaine édition se déroulera en 2022.

À vos agendas ! Le Brabant wallon est également une terre de bandes dessinées. Gloire du 9e Art, le chien Cubitus trône sur la place Albert Ier au centre de Limal. La statue, œuvre de Luc Cauwenberghs, a été inaugurée en 2002 dans le cadre de l’hommage rendu par les autorités communales à Dupa, papa du célèbre chien, qui passa trente années de sa vie dans le village. En 2007, une fresque dédiée à Yoko Tsuno a aussi été réalisée sur le mur d’une école maternelle.

 

INFOS

L’espace d’accueil de tourisme de Wavre est ouvert du lundi au samedi de 9 h à 17 h – Tél. : 010 23 03 52 syndicat.initiative@wavre.bewww.wavre.be www.lasucreriewavre.bewww.wavre.be/expos

 

CIM Internet