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Trésor wallon : Houtaing, le magnifique patrimoine

Trésor wallon : Houtaing, le magnifique patrimoine

Le château de la Berlière, une perle néoclassique bordée à l’arrière par un étang de 10 ha. | © Guy Focant

Voyages

Notre attention se porte plus spécifiquement sur deux monuments splendides mais aussi très différents : le château de la Berlière et le mausolée d’Oultremont.

 

Par Florence Pirard / Photos Guy Focant

Houtaing ou Houtaing-lez-Ath est un village de la commune belge d’Ath, situé dans la province du Hainaut. Localisé en bordure du pays des collines, Houtaing abrite l’un de ses sommets : le bois d’Houtaing. Le village, rural et agricole, essentiellement constitué de zones d’habitat et d’« openfield » limoneux, est situé à la source du rieu de Vériomplanque, un affluent de la Dendre occidentale. Ses pittoresques ruelles sont jalonnées de jolies fermes et habitations.

L’ancienne chaussée de Bavay à Velzeke forme la limite avec les villages de Mainvault et de Villers-Saint-Amand. En 847, Houtaing est cité parmi les biens de l’abbaye de Saint-Amand (France), dont les seigneurs de Ligne deviennent avoués. Les mêmes seigneurs tenaient le reste du village en fief sous le nom de La Berlière. La Berlière fut ensuite détenue par les familles de Saint-Genois et l’Ennetières, et érigée en baronnie en 1664.

Connue depuis le milieu du Ixe siècle, l’église Saint-Quirin, reconstruite en 1789, possède des reliques du saint éponyme et est un lieu du pèlerinage fréquenté par les malades des yeux et de la peau. Quelques belles pièces de mobilier sont visibles à l’intérieur : un lutrin gothique du XVe siècle en fer forgé, deux autels latéraux à retable du XVIIIe siècle en chêne, provenant de l’église du Sablon à Bruxelles, un coffre à trois serrures du XVIIIe siècle, une Vierge à l’Enfant à la pomme du XVe siècle venant également de l’église du Sablon, des fonts baptismaux gothiques en pierre du XVIe siècle et des dalles funéraires en pierre des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, dont celles de Nicolas de Saint-Genois († 1575) et de son épouse.

Trésor wallon : Houtaing, le magnifique patrimoine
Le mausolée de Clémentine d’Oultremont présente une richesse patrimoniale et symbolique aussi surprenante qu’élaborée. © Guy Focant

En 1894, le comte Adhémar d’Oultremont fonde l’hospice Saint-Clément, desservi par les sœurs de la congrégation de Bonne-Espérance. Autrefois dénommés refuge Saint-Clément, les bâtiments en U aux volumes bas en briques et calcaire sont de style éclectique, s’inspirant surtout de l’architecture régionale. L’ancien hospice est implanté au cœur d’un beau jardin.

Entre 1886 et 1890, le bourgmestre d’Houtaing fait ériger une très belle salle de musique communale, conçue pour les répétitions et les concerts de l’harmonie locale et des représentations théâtrales. Munie d’une gracieuse galerie et de décors, elle comprend également une scène dont le joli fronton pictural frappe d’emblée l’œil du visiteur. Attribué à Oswald Mayez, peintre originaire de la région, l’œuvre évoque de par son style les anciennes tragédies grecques.

La Berlière compte parmi les secrets les mieux gardés de Wallonie. Classée patrimoine exceptionnel, elle est pourtant peu visitée, sauf par de jeunes gens avides de savoir. Et pour cause : le château est aujourd’hui un établissement secondaire. Collège des pères joséphites, le domaine et le château de la Berlière ont connu de nombreux propriétaires. Fief des Ligne déjà avant 1337, acheté ensuite par les Saint-Genois en 1511 puis par les Ennetières en 1643, le domaine est érigé en baronnie en 1664. Le château est rebâti après 1677, et une nouvelle fois de 1793 aux premières décennies du XIXe siècle pour Balthasar d’Ennetières, sur les plans de l’architecte tournaisien Antoine Payen le Vieux (1749-1798). Le vaste domaine appartient ensuite aux Oultremont jusqu’en 1912, puis passe entre diverses mains.

Trésor wallon : Houtaing, le magnifique patrimoine
Le somptueux hall d’entrée. © Guy Focant

En 1946, des pères joséphites y fondent un collège d’enseignement secondaire. Classé en 1977, le site comprend le parc à l’anglaise, la grande allée axiale, le jardin à la française qui s’étale au pied du château, les étangs de 10 ha en arc de cercle à l’arrière et les anciennes fermes et écuries de part et d’autre du jardin. Le château est, quant à lui, classé comme monument en 1994. L’entrée principale est défendue par une grille de la fin du XIXe siècle, accrochée à six colonnes néogothiques en fonte. Elle est suivie d’une grande allée de 800 m bordée de hêtres.

Sur un niveau de soubassement à assises régulières baigné sur trois faces par un étang, le château est un imposant bâtiment en U cantonné de quatre tours rectangulaires. Le décor de l’avant-corps est particulièrement soigné : clé en volutes avec guirlandes végétales, larges pilastres plaqués d’un décor Louis XVI, corniche denticulée, guirlande de fruits, palmette, chutes de feuilles enrubannées…

L’intérieur du château a conservé de très nombreux décors : stucs, peintures, cheminées, tapisseries.

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Le château comprend de beaux salons au décor lambrissé et stuqué, au plafond peint… © Guy Focant

L’architecture funéraire de la seconde moitié du XIXe siècle est tout entière frappée par l’usage des styles néo et éclectique. Mais cette affirmation recouvre un champ d’expression large et diversifié, d’autant que les choix stylistiques dépendent entièrement du commanditaire de l’œuvre, tandis que la qualité de réalisation et l’originalité relèvent totalement du praticien. Certains mausolées sont exceptionnels, comme la chapelle funéraire de Clémentine d’Oultremont. Jouxtant le cimetière communal et bordée, à sa droite, de l’hospice Saint-Clément, cet édifice situé au fond d’un parc en terrasses arboré présente une richesse patrimoniale et symbolique aussi surprenante qu’élaborée.

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Vue intérieure de la chapelle funéraire. © Guy Focant

Inscrite sur la liste du patrimoine exceptionnel de Wallonie, la chapelle, édifiée entre 1894 et 1895 en style néogothique, présente un plan octogonal inscrit dans un carré parfait. L’entrée en façade est surmontée d’un tympan aux armes familiales des d’Oultremont et de Croÿ. On accède à la chambre funéraire par un escalier droit vers un double arc qui opère la transition avec celle-ci. Le sol de la chambre funéraire, de même plan, est recouvert d’une mosaïque blanche comportant, en son centre, une croix noire à quatre rais.

L’hommage architectural recherche autre chose que la simple édification : il vise l’impact psychologique, un mécanisme prépondérant de la mémoire. Avec cette remarque apparaît clairement la portée symbolique de ce monument. Par cette construction, le caractère exceptionnel, voire saint de la défunte est affirmé au spectateur. Par une construction chargée de significations, par le discours indirect des images, la légende de Clémentine d’Oultremont, telle qu’elle est encore vivace dans le village de Houtaing, a été inscrite volontairement dans la pierre. Et quel meilleur moyen d’imposer le souvenir d’une personne remarquable que de faire lui endosser le rôle d’une « sainte populaire » ?

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Une jolie fermette, témoin de l’architecture rurale du village. © Guy Focant

Le comte Adhémar d’Oultremont n’arrivera jamais à surmonter la perte de sa jeune épouse, décédée subitement d’une infection pulmonaire. La dédicace inscrite sur le fronton intérieur de l’entrée témoigne de l’affection de son époux : « En souvenir de Clémentine Ferdinande Anne de Croÿ / sa chère épouse / sous l’emblème de la Foi, de l’Espérance et de la Charité / vertus dont elle fut tout au long de sa vie un modèle de perfection / le comte d’Oultremont très attaché à elle / a fait construire cet édifice / en l’année 1894 ».

L’amour, dit-on, soulève les montagnes. La mémoire serait l’une d’elles.

Le collège de La Berlière

Décidée à acheter le domaine, la congrégation des pères joséphites lance une souscription garantie par le parrainage de dizaines de notables de tout le pays (haute bourgeoisie, hommes d’État, aristocrates…). Cette congrégation est également active dans d’autres collèges en Belgique (Louvain, Melle, Grammont) et en Angleterre, mais aussi en Amérique et en Afrique. En 1946, les premiers pères joséphites arrivent à La Berlière. Une tâche immense les attend afin d’accueillir les premiers élèves à la rentrée de septembre 1947. Le collège se situe dans un cadre exceptionnel et verdoyant en pleine campagne, au milieu de 88 ha de bois, de prairies et d’étangs propices à l’épanouissement des élèves, à l’époque uniquement des garçons. L’internat deviendra mixte en 2017. À l’origine, certains pensionnaires y demeuraient parfois plusieurs semaines d’affilée. Les cours, les études, les activités, les week-ends, tout était organisé par les pères : les sports bien sûr, mais aussi les scouts, le bricolage et le club aéronautique.

Infos

L’office de tourisme d’Ath est ouvert tous les week-ends et jours fériés de 14 h à 18 h (fermé les dimanches en décembre et janvier).

Rue de Pintamont 18, 7800 Ath – office.de.tourisme@ath.be – 068 68 13 00

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