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À la découverte de la bucolique semois

L’église Saint-Rémi et l’ancienne école de Cugnon. | © Guy Focant

Voyages

Balade à Cugnon et Mortehan et tour d’horizon des merveilles patrimoniales du coin.

 

Par Frédéric Marchesani / Photos Guy Focant

D’Arlon à Monthermé, en France, la Semois étend ses méandres dans les plaines de la Lorraine et de l’Ardenne en passant par Florenville et Bouillon. Entre ces deux localités touristiques, la commune de Bertrix est, elle aussi, arrosée par la célèbre rivière. Celle-ci y sépare les villages de Cugnon et de Mortehan.

Commune à part entière avant la fusion de 1977, Cugnon était alors liée aux hameaux de Tibauroche et de Mortehan. Tous ont depuis intégré la commune de Bertrix. Village champêtre, Cugnon se place sur la rive droite de la Semois, tandis que Mortehan se situe en rive gauche. Les deux localités sont séparées par la rivière, qui forme à cet endroit quelques-uns de ses célèbres méandres. Une route la traverse et les relie, non loin du moulin.

Typiques de l’Ardenne et de son architecture caractéristique, Cugnon et Mortehan possèdent un riche patrimoine bâti dont pas moins de quatorze monuments et sites classés, un nombre important pour des villages de cette ampleur. L’architecture traditionnelle s’y découvre à pied en toute saison.

 

Le cimetière désaffecté de Mortehan, le long de la Semois, conserve de très belles croix funéraires anciennes. ©Guy Focant

Au centre du village de Cugnon, la place Chanoine Pierlot compte plusieurs monuments classés. En contre-haut de la route, entourée d’une cimetière emmuraillé, l’église Saint-Rémi est un édifice typique de l’architecture classique ardennaise. Érigée en schiste crépi et pierre de France, elle date de 1780, comme l’indique le millésime présent sur la clé du portail. Elle s’inscrit dans un site classé qui comprend le cimetière, où l’on trouve de nombreuses croix funéraires des XVIIe et XVIIIe siècles en pierre, marbre noir, schiste et fer forgé.

En contrebas des quelques marches menant au sanctuaire, l’ancienne maison communale de Cugnon présente une architecture dont les matériaux s’intègrent très bien avec l’église. Cette belle bâtisse néoclassique a été érigée vers 1830-1850 et présente des façades admirablement composées. Le site classé est complété par le presbytère et un terrain arboré. Un frêne pleureur, près du cimetière, figure sur la liste des arbres remarquables de Wallonie.

Plus loin, un petit édifice rural est lui aussi classé. Il s’agit d’une ancienne ferme en schiste du XVIIIe siècle. Elle a probablement été construite au départ d’un noyau plus ancien ou au moyen de matériaux de remploi, comme le suggère une pierre millésimée 1629 maçonnée dans la façade. Située en léger retrait par rapport à la voirie, elle a conservé plusieurs portes qui, autrefois, donnaient accès aux diverses parties de l’exploitation. À droite, on trouve le logis de ferme, desservi par une porte à linteau délardé, c’est-à-dire dont l’épaisseur a été réduite. À droite, ce logis est éclairé par une fenêtre surmontée d’une petite potale. En façade principale, au milieu, on trouve ensuite l’accès à la grange, caractérisé par l’imposant portail puis, tout à gauche, l’ancienne étable, percée d’une porte basse et éclairée d’une baie. L’édifice a perdu ses fonctions d’exploitation agricole dans les années 1960. Il est aujourd’hui reconverti en résidence secondaire.

 La belle ferme classée située sur la place de Cugnon, typique de l’Ardenne. ©Guy Focant

Au bord de la Semois, sur la rive regardant vers Mortehan, l’ancien moulin à eau trône encore fièrement. Il s’agit d’une construction en schiste blanchi du XVIIe siècle, millésimée 1695 sur l’entrée du logis. À l’époque, il appartient au prince de Loewenstein, comte de Rochefort mais également seigneur de Cugnon. Après la Révolution, il est vendu à plusieurs reprises. Au départ moulin à grain, il devient en 1921 un site de production d’électricité pour les deux villages. Depuis lors réaffecté en habitat, il a conservé sa roue et son bief est toujours en place.

Un lieu de culte dédié au très populaire saint Hubert, patron de l’Ardenne, est mentionné à Mortehan au XVIIe siècle. Il se trouvait non loin de l’église actuelle, au bout de la rue de la Semois, au bord de la rivière. À cette époque, le cours d’eau coule en ligne droite le long du hameau. Ce tracé s’est par la suite modifié dans cette zone, ce qui a mis en péril l’existence de la chapelle, menacée d’inondation. En 1840, un nouveau lieu de culte, de style néoclassique, a été construit plus haut au moyen de matériaux locaux, typiques de l’Ardenne : le schiste et l’ardoise.

La façade principale, le clocher et la façade méridionale de la nef et du chœur, plus exposés aux intempéries, sont entièrement essentés d’ardoises. L’essentage est une caractéristique architecturale qui allie l’aspect décoratif à l’utilitaire : cette pratique consiste à recouvrir les façades d’ardoises, parfois en formant des motifs, comme c’est le cas pour cette église. Le but était de protéger le bâtiment des pluies et de lui offrir un bouclier thermique limitant les pertes de chaleur, ce qui nécessite une structure sous-jacente reposant sur des sommiers. Cet essentage a été entièrement rénové au début des années 2000. D’aspect très simple, l’église est accessible par un portail mouluré en façade et éclairée par des baies cintrées, une au pignon de la façade et quatre pour chaque côté de la nef.

 

L’église Saint-Hubert de Mortehan. ©Guy Focant

Sur la rive gauche de la Semois, l’ancien cimetière présente un aspect très pittoresque qui naît de l’articulation harmonieuse de la petite prairie, délimitée par un muret de schiste sur trois côtés, et de la plaine de Mortehan, sillonnée par un méandre de la rivière. L’espace enclos est agrémenté de quelques arbres, peut-être issus d’une génération spontanée, et planté de monuments funéraires de guingois. Le cimetière s’est trouvé désaffecté dès 1899, comme beaucoup d’autres, sous l’influence des mesures hygiénistes de l’époque. Les stèles en schiste qui subsistent ici datent pour la plupart du XIXe siècle, plus généralement de la seconde moitié.

Entre la nouvelle église et le site de l’ancien cimetière, la rue de la Semois abrite cinq maisons classées et forme un espace préservé au cœur du hameau. L’originalité de ces constructions rurales réside dans leur auvent établi en façade à rue, comme c’est la tradition dans la vallée de la Basse–Semois ; l’une d’elles l’arbore pourtant au pignon, ce qui est particulièrement exceptionnel. Ces auvents sont soutenus par des piliers en bois maintenus par des socles en béton, le sol étant souvent recouvert de belles dalles de schiste. Tout en introduisant l’étable et la grange, ils servaient autrefois d’aire de stockage de bois et de séchage de tabac.

Ce système luxembourgeois traditionnel est adapté à un climat pluvieux. Toutes ces anciennes exploitations agricoles se présentent en un volume rectangulaire unique, divisé en trois cellules : le logis offrant trois façades, l’étable au milieu et la grange, parfois mitoyenne avec celle de la maison voisine. Leur construction en schiste local a été en tout ou en partie crépie au XXe siècle. De vastes bâtières d’ardoises à faible pente couvrent les édifices.

Patrimoine rural ou religieux, décors naturels d’exception, les charmants villages de Cugnon et Mortehan sont à découvrir sans plus tarder.

L’architecture rurale ardennaise

Cinq maisons classées ponctuent la rue de la Semois à Mortehan. Elles ont conservé leurs auvents typiques de la Basse-Semois et présentent de belles maçonneries en schiste. ©Guy Focant

En marge de ces informations architecturales, esquissons le contexte historico-économique des -maisons de la rue de la Semois. La région naturelle où s’implante le hameau de Mortehan est l’Ardenne centrale. Terre peu fertile de manière générale, l’Ardenne a appris à prendre parti de sa situation. Les hommes s’y implantent en hameaux très restreints dépendant de villages à peine plus importants et favorisent l’élevage. Les exploitations agricoles, très modestes, servent le plus souvent à subvenir uniquement aux besoins d’une famille. Le XVIIe siècle est marqué par la peste, les conflits et les destructions qui ne prennent fin que lorsque les troupes de Louis XIV quittent le pays, si bien que le patrimoine architectural n’y remonte que rarement au-delà du XVIIIe siècle.
L’Ardenne est également une région isolée, où les différentes implantations humaines vivent en autarcie, éloignées des grands centres. L’évolution des traditions et aménagements y est donc lente. Même au XIXe siècle, à l’ère industrielle, les villages ardennais conservent leur schéma ancien. Les maisons de Mortehan sont des exemples remarquables de l’architecture rurale en Basse-Semois et en Ardenne en général. Elles cumulent l’ensemble des critères qualitatifs possibles par leur exceptionnel état de conservation externe et, pour certaines, interne.

Se balader dans la région

Le syndicat d’initiative de Bertrix est particulièrement dynamique. Il propose, parmi de nombreuses activités, dix-huit promenades balisées dans la commune. L’une d’elle forme une boucle serpentant le long de la Semois et traversant Cugnon et Mortehan. Le plan et le descriptif de cette balade est téléchargeable en ligne. Attention toutefois aux affiches rouges (interdiction) et jaunes (information) concernant les chasses organisées dans la région, car la saison est ouverte depuis le 1er octobre dernier.

INFOS

Syndicat d’initiative de Bertrix, place des Trois Fers 12 à 6800 Bertrix
+32 (0)61 42 43 92 – sibertrix@skynet.be
www.bertrix-tourisme.be

 

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