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Celles : bienvenue dans ce véritable chateau de conte de fée

Le château de Vêves à Celles et ses cinq tours, coiffées de toitures en poivrière. | © Guy Focant

Voyages

Haut lieu de tourisme, le château de Vêves, avec son profil de château de conte de fées, est un ensemble unique et admirablement entretenu.

Par Florence Pirard / Photos Guy Focant

Celles était jadis une seigneurie hautaine de la principauté de Liège, c’est-à-dire un fief dont le seigneur possédait la haute justice, essentiellement la justice de sang. Le château a été établi au hameau de Vêves, en un endroit propice à la défense : un éperon dressé à la confluence des vallons de la Mirande et du ry de Vêves, aussi nommé ruisseau de Saint-Hadelin.

Cette dernière dénomination rappelle les origines fort anciennes du lieu, qui passe pour avoir été évangélisé au VIIe siècle par saint Hadelin, lequel y créa une institution religieuse. Le chapitre de chanoines, gêné par le voisinage du remuant seigneur de Vêves, déménagea à Visé au XIVe siècle, délaissant la belle église romane de Celles.

La vénérable collégiale Saint-Hadelin, homogène et remarquablement conservée, représente aujourd’hui un des plus beaux exemples de l’architecture romane mosane du début du XIe siècle. Hormis quelques modifications entreprises en 1590, puis en 1857-1859 à l’occasion de restaurations, la collégiale conserve pratiquement toutes ses composantes de la période 1030-1040. Cet état de fait est lié au relatif anonymat dans lequel tomba l’église après le départ des chanoines. N’étant plus utilisée comme une collégiale, elle ne fut jamais mise sur la liste des édifices devant subir de grands travaux de modification, d’agrandissement ou de reconstruction au fil des siècles.

 La grande salle, au décor soigné. ©Guy Focant

La fondation du château est traditionnellement attribuée à Pépin de Herstal au VIIe siècle. Wautier de Beaufort († 1196) reçut le domaine en épousant Ode de Celles, et la maison de Beaufort le détint ensuite pendant des siècles. Marie-Robertine de Beaufort épousa en 1761 Jacques-Ignace de Gavre, comte de Liedekerke. Leur descendance porte le nom de Liedekerke-Beaufort de Celles. Les comtes de Liedekerke-Beaufort sont toujours présents à Vêves, dont la gestion quotidienne est assurée par la Ligue des amis du château de Vêves, une association créée en 1941. Il s’agit donc là d’un exemple rare de domaine aux mains de la même lignée depuis plus de huit siècles.

L’édifice aurait été reconstruit vers 1230 par Rasse de Beaufort, fils de Wauthier, après un incendie. Le château de Vêves est mentionné pour la première fois en 1285 dans une charte de Luxembourg comme le « chastillon delei Celles ». Une nouvelle destruction est attribuée aux représailles de Charles le Téméraire, offusqué de la présence de Louis de Beaufort auprès des Dinantais lors du sac de leur ville en 1466.

Si l’iconographie et les sources concernant le château sont relativement rares, l’étude récente des techniques de taille de la pierre et de la nature des matériaux utilisés a permis de progresser dans la connaissance des différentes étapes de construction du bâtiment.

La forteresse, dans sa structure générale, date du XIIIe siècle. Elle adopte un plan pentagonal irrégulier qui suit l’assise rocheuse directement sous-jacente et affleurante à certains endroits. Cinq tours circulaires ponctuent l’enceinte, laquelle conserve çà et là les traces de créneaux et de merlons. Les élégantes toitures en poivrière sont soutenues par des charpentes du XVe siècle. La plus haute des tours, dite du guet ou appelée abusivement donjon (38 m), flanque le seul accès à la cour intérieure, qui, malgré son portail Renaissance, conserve les traces des gonds de la porte d’entrée primitive et la rainure obturée de la herse.

 

©Guy Focant

La cour intérieure, dont le beau pavage en grès et calcaire épouse de façon pittoresque le relief rocheux, sert de communication entre les différentes ailes du château. Mais plus remarquable est la liaison entre le logis médiéval originel, situé à l’ouest et qui conserve une imposante cheminée adossée à un des murs les plus anciens du château, et le logis aménagé au XVIe siècle au nord-est. Il s’agit d’une rare galerie ouverte en colombage sur deux niveaux, à laquelle des pans-de-bois en croix de Saint-André confèrent une allure toute singulière. Elle est, dans notre région, d’un intérêt exceptionnel.

L’intérieur conserve deux cheminées gothiques à feuilles de plantain, largement restaurées. L’aile nord-est possède au premier étage une grande salle dont le volume primitif a été restitué par une restauration récente, en le débarrassant des cloisonnements postérieurs. Le sol en petits éléments de grès, dits de Chevetogne et de Spontin, a été complété pour former des damiers réguliers autour d’un motif héraldique. La façade donnant sur la cour fut remontée au XVIIIe siècle en pierre, en même temps que l’aile était élargie. Les panneaux d’allège sous les grandes fenêtres du premier étage sont ornés de fins balustres torsadés en bois.

L’aile sud-est, comme le suggère sa façade en briques et pierre percée de baies à montants harpés, a été aménagée au XVIIIe siècle selon le goût de l’époque, avec salle à manger au rez-de-chaussée et salons divers aux étages. Elle s’orne de cheminées en marbre de Saint-Remy ou en bois marbré et de stucs aux sages rocailles à peine dissymétriques, ainsi que d’un escalier aux balustres octogonaux. L’ensemble est meublé avec goût et simplicité.

 

Les pans-de-bois en croix de Saint-André de la galerie extérieure lui confèrent une allure toute singulière et un intérêt exceptionnel.  ©Guy Focant

C’est à cette époque que sont également aménagés les jardins qui se trouvaient sur les terrasses étagées situées au nord du château. De ces derniers, vantés par Saumery au XVIIIe siècle dans « Les Délices du pays de Liège », il ne reste que peu de choses : quelques terrasses et des murs extérieurs. Une tourelle de guet conserve le souvenir des défenses qui ont dû entourer le château autrefois. Ces enceintes ont été probablement arasées lorsqu’elles ont perdu leur utilité et qu’on a voulu ouvrir largement l’accès du château aux voitures et carrosses. Les bâtiments de ferme et de dépendances ont eux disparu au début du XXe siècle, sans que l’on en ait gardé un témoignage bien précis.

À la fin du XVIIIe siècle, les propriétaires quittent Vêves pour le château-ferme de Noisy, plus confortable, avant de s’installer au XIXe siècle dans le vaste château néogothique de la Miranda, situé sur une colline voisine. Délabré, privé de sa chapelle et de sa basse-cour, le château de Vêves fut néanmoins restauré à partir de 1969.

Organisez votre visite

Le château est établi en un endroit propice à la défense sur un éperon dominant les vallons.  ©Guy Focant

Avec ses magnifiques tours et boiseries, le château de Vêves est considéré comme l’un des plus beaux châteaux médiévaux de Belgique, patrimoine exceptionnel de Wallonie et élu patrimoine bâti préféré des Wallons en 2019. Escaliers, galeries, terrasses, grandes salles, chapelle et petits cabinets sont autant de sollicitations à déambuler pour le plaisir. Laissez-vous guider selon vos envies et le temps dont vous disposez, en progressant d’étage en étage.
Sur réservation, des visites familiales avec animations sont adaptées aux enfants : déguisements pour les plus jeunes, cérémonie d’adoubement et initiation aux danses médiévales, mini-tournoi d’arbalète ou épreuve d’Excalibur avec un petit trésor à chercher.

INFOS

Tarifs : adultes : 8 €, seniors et étudiants : 7 €, enfants de plus de 4 ans : 5 €. Infos : Château de Vêves, rue de Furfooz 3 à 5561 Celles 082 66 63 95 – contact@chateau-veves.bechateau-veves.be

 

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