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L’église Notre-Dame de Bon-Secours : visitez le joyau de l’architecture néogothique

L’église Notre-Dame de Bon-Secours peut se visiter librement tous les jours de 9 h à 11 h 30 et de 14 h à 17 h. Il est également possible de réserver une visite guidée pour des groupes de 15 personnes et plus. | © Guy Focant

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Si l’édifice s’apparente à une architecture théâtrale, c’est avant tout parce qu’il prend place dans un décor idoine : le mont de Bon-Secours, ou mont de Péruwelz.


Par Florence Pirard / Photos Guy Focant

Les origines de l’église Notre-Dame de Bon-Secours sont expliquées dans plusieurs récits, établis au milieu du XVIIe siècle. Depuis le XVIe siècle, mais peut-être déjà bien avant, une statuette de la sainte Vierge était, selon les sources, attachée ou placée sous un chêne localisé sur la colline boisée, à un endroit isolé où ne s’étendait alors ni route, ni bâtiment. Quant à la statuette, dénommée à bon escient « Notre-Dame du chêne d’entre deux bois », elle faisait l’objet d’une dévotion toute discrète et particulière de la part des bûcherons et des travailleurs de la forêt qui s’aventuraient en ces lieux. Cette modeste ferveur, populaire et locale, va néanmoins faire l’objet d’une attention soutenue dès le début du XVIIe siècle.

La façade occidentale de la basilique Notre-Dame de Bon-Secours. ©Guy Focant

En 1603, alors qu’il vient d’être récemment nommé curé de la paroisse de Saint-Quentin à Péruwelz, Martin Lebrun s’intéresse de près au culte marial s’épanouissant dans la forêt voisine. Et il s’inquiète de ce qu’il voit. En effet, l’ancienne statuette a été dérobée ou détruite, mais la dévotion se perpétue néanmoins, non plus envers l’effigie de la sainte Vierge, mais envers l’arbre qui abritait cette dernière. Certains emportent même des branches du chêne une fois leurs prières effectuées.

Craignant qu’une telle pratique n’amène une résurgence païenne ou l’émergence d’une superstition, Martin Lebrun retrousse ses manches et prend les choses en main. Du chêne en question ne subsistait alors qu’une seule branche vivante, l’arbre étant « entouré et comme enlacé par un hêtre plus jeune et plus vigoureux ». À cet emplacement, et afin de ne pas perturber les habitudes d’une tradition bien ancrée auprès du peuple, Martin Lebrun fait ériger un modeste oratoire avec des pierres glanées alentour. Cet acte fondateur est des plus importants pour l’avenir du site, puisqu’il instaure les prémices d’un pèlerinage dont la fréquentation ne fera que croître jusqu’au début du XXe siècle. Dès lors, plusieurs chapelles vont s’y succéder jusqu’au XIXe siècle.

Pendant une grande partie du XIXe siècle, une question primordiale anime les diverses autorités en charge de la gestion, de l’entretien et de la conservation de la vénérable petite chapelle qui, année après année, est de moins en moins adaptée à sa double fonction d’église paroissiale et de centre de pèlerinage : faut-il agrandir l’édifice, le laisser en l’état, ou bien le reconstruire ? Ce problème se posera avec insistance et énergie à de multiples reprises et trouvera des solutions variées selon l’époque et des acteurs en présence.

La mosaïque du chœur s’épanouit en demi-cercle devant le maître-autel. Elle représente les douze signes du Zodiaque entourés d’étoiles et de constellations.  ©Guy Focant

Au milieu du XIXe siècle, l’exiguïté des lieux est reconnue et fait déjà débat de longue date. En 1858-1861, alors que les apparitions à Lourdes émeuvent l’Europe et entraînent un important pèlerinage marial, l’évêque de Tournai Gaspar-Joseph Labis propose de reconstruire la chapelle pour en faire une église pleinement adaptée au flux des pèlerins et à la vie paroissiale, en profitant pour ce faire des revenus importants de la fabrique. L’architecte anversois Frans Baeckelmans est désigné. Son projet, chiffré à 863 830 francs, est approuvé le 14 mars 1883 par le conseil de fabrique, puis par la commune et la Commission royale des monuments.

L’arrêté royal du 16 juin 1884 autorise la fabrique d’église à renverser l’ancienne chapelle et à construire sur son emplacement un édifice flambant neuf. La démolition est entamée le 1er mai 1885. Au cours des opérations, des pièces de monnaies espagnoles datées de 1635 et 1643 sont découvertes dans les maçonneries, ainsi que plusieurs tombes dans le sous-sol. La première pierre est posée le 2 juillet 1885, en présence de 30 000 pèlerins et de nombreuses personnalités ecclésiastiques.

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L’église Notre-Dame de Bon-Secours est un édifice de plan centré, typologie peu courante dans nos régions au XIXe siècle. Il comprend un vaisseau central octogonal d’environ 15 m de diamètre, ceint d’un déambulatoire flanqué de quatre paires de chapelles rayonnantes. En rotation antihoraire depuis le chœur de l’église, les chapelles sont dédiées au Sacré-Cœur, à saint Charles Borromée, à Notre-Dame des Douleurs, aux âmes du purgatoire, à Notre-Dame du Rosaire, à sainte Anne et enfin à saint Joseph. La hauteur sous la clé de voûte avoisine les 27 m. Les éléments structurants tels que piliers, arcs, colonnes ou éléments moulurés sont réalisés en pierre bleue de Tournai et d’Écaussinnes, tandis que les maçonneries pleines alternent des lits de briques de Boom et de grès provenant de Stambruges.

La statuette de Notre-Dame de Bon-Secours, aujourd’hui dans le chœur de l’église. ©Guy Focant

On notera l’excessive richesse architecturale et ornementale de cet ensemble qui, pour bien des éléments, puise son inspiration dans les édifices religieux gothiques français et scaldiens, mais aussi dans l’ancienne chapelle qui, elle aussi, était une église de plan centré surmonté d’une voûte à huit quartiers. Il s’agit ici d’un clin d’œil plus qu’assumé à la tradition et à l’histoire multiséculaire du site.

Un opulent mobilier, conçu spécialement pour cette destination, agrémente l’édifice néogothique. Les orgues, œuvres des frères Édouard et Théophile Delmotte de Tournai, sont bénis et inaugurés le 21 juillet 1898. La chaire de vérité, sur laquelle on retrouve les quatre évangélistes, met en œuvre des matériaux somptueux tels que l’albâtre rose et le marbre de Carrare. Elle est due à l’artiste De Roeck, également auteur du chemin de croix. Le carillon de 31 cloches à tambour électrique est l’œuvre de Michiels.

Depuis son achèvement à la fin du XIXe siècle, l’architecture de Notre-Dame de Bon-Secours n’a que peu évolué. Considérée comme l’un des centres de pèlerinage les plus importants de Belgique, l’église reçoit du pape Pie X (1835-1914) le titre de basilique mineure le 13 avril 1910.

Longtemps incomprise, délaissée et stigmatisée, principalement par idéologie, méconnaissance ou habitude culturelle, l’architecture néogothique européenne a progressivement été revalorisée dans les études patrimoniales à partir du dernier quart du XXe siècle. Le 23 janvier 2001, l’édifice est inscrit sur la liste du patrimoine exceptionnel de Wallonie, lui offrant ainsi une reconnaissance patrimoniale et une protection administrative amplement méritées.

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Le dôme de l’église. ©Guy Focant

Après plus d’un siècle de bons et loyaux services, l’église Notre-Dame, comme tout élément bâti, commençait à fatiguer : certains parements extérieurs se dégradaient progressivement, les toitures laissaient ponctuellement passer les eaux pluviales, de la végétation se développait sur l’élévation extérieure, les éléments métalliques – dont ceux du campanile – se corrodaient, des champignons apparaissaient ici et là, etc. En 2013, l’alerte était donnée. Après une série d’études préalables, de diagnostics matériels et de procédures administratives, une première phase de rénovation des éléments les plus dégradés vit le jour en 2019. Au total, le chantier devrait coûter environ 2,5 millions d’euros, financés à 95 % par l’Agence wallonne du patrimoine et la Province du Hainaut.

Un peu de lecture

Sorti à la fin de l’été, le no 167 de la collection des Carnets du patrimoine est entièrement consacré à l’église Notre-Dame de Bon-Secours. Illustré de belles photographies et de documents anciens, il vous invite à découvrir les multiples récits qui gravitent autour de ce lieu singulier. Si vous souhaitez acquérir cette publication, n’hésitez pas à contacter le 081 23 07 03 ou publication@awap.be. Elle est également en vente dans de nombreuses librairies. Si vous commandez le Carnet no 167 (« L’église Notre-Dame de Bon-Secours ») auprès de l’Agence wallonne du patrimoine avant le 31 décembre 2021, vous pourrez bénéficier d’une remise de 50 % sur le Carnet no 86 (« Péruwelz, ville frontalière »), soit 8 euros pour les deux carnets. N’hésitez pas à profiter de cette opportunité avec le code « promo Bon-Secours ».
« L’église Notre-Dame de Bon-Secours à Péruwelz », Agence wallonne du patrimoine, 2021, 56 p.

Organisez votre visite

L’église Notre-Dame de Bon-Secours peut se visiter librement tous les jours de 9 h à 11 h 30 et de 14 h à 17 h. Il est également possible de réserver une visite guidée pour des groupes de 15 personnes et plus. Tarifs : 3 euros par personne, gratuit pour les enfants jusqu’à 12 ans. Les visites doivent être organisées en dehors des offices : messes le dimanche à 10 h et 16 h 30, en semaine à 18 h 30, le samedi à 17 h.

L’édifice est situé dans l’axe de la route de Péruwelz. ©Guy Focant

INFOS
3, place Absil à 7603 Bon-Secours
069 84 78 14 – daloze.philippe@skynet.be

 

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