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À la découverte de Bolland niché au coeur du pays de Herve

En face de l’entrée de la ferme castrale, un poteau indicateur en fonte, joliment sculpté, est installé au carrefour de la route menant à Noblehaye depuis le XIXe siècle. | © Guy Focant

Voyages

Aux frontières des Pays-Bas et de l’Allemagne, dans l’Entre-Vesdre-et-Meuse, le pays de Herve révèle un pays de bocages, haies et vergers étoffé d’un patrimoine remarquable.

 

Par Florence Pirard / Photos Guy Focant

Joli village de l’entité de Herve, Bolland est traversé par le cours d’eau du même nom, affluent de la Berwinne. Le village a conservé sa physionomie du XVIIe siècle. Il est doté d’un ensemble architectural exceptionnel concentré en son centre et composé d’un château moyenâgeux, de sa basse-cour, de sa ferme fortifiée, de fermes, d’une église de style classique, de chapelles…
Isolé du reste du pays jusqu’au XVIIe siècle, le territoire constituait avant le XIVe siècle une terre libre et une seigneurie franche relevant du marquisat d’Anvers.

Pendant le XVIIe siècle, les seigneurs de Bolland se placèrent sous la protection des rois d’Espagne, en leur qualité de ducs de Brabant et de Limbourg. La seigneurie possédait une haute cour de justice ressortissant en appel à la haute cour d’Herstal, puis à celle d’Aix-la-Chapelle. D’autre part, celle de Ryckholt, près de Gronsveld, dépendait de Bolland. Au XIXe siècle, le village connut une vie économique animée par une industrie textile, un moulin à farine, une distillerie et une brasserie.

 

La haute tour de l’église de Bolland est surmontée d’une belle flèche bulbeuse, polygonale, couverte d’ardoises et sommée d’un coq.  ©Guy Focant

Le hameau de Noblehaye s’étire sur un promontoire dominant les vallées des ruisseaux de Bolland et de Noblehaye. C’est un lieu de pèlerinage depuis la découverte en 1600, dans un arbre, d’une statue de la Vierge. Celle-ci se trouve aujourd’hui dans la chapelle Notre-Dame des Vertus, érigée en 1707 à quelques mètres de la ferme « Mon Plaisir ». Ce bel ensemble clôturé conserve des bâtiments des XVIIe et XVIIIe siècles bâtis en briques et moellons de grès et de calcaire. La ferme est classée depuis 1973.

Sous l’impulsion du curé Antoine de Sarémont, également bâtisseur de la splendide église Saint-Apollinaire, la chapelle Notre-Dame des Vertus a pu être érigée grâce à la générosité du seigneur de Bolland, le comte de Lannoy-Wignancourt. Cette construction d’allure baroque de 1707 est bâtie en moellons de grès houiller, briques et calcaire. Elle se compose d’un chœur hexagonal, d’une sacristie basse agrandie en 1745 et d’une nef rectangulaire de deux travées. L’ensemble a été restauré entre 1971 et 1973. À l’intérieur, la chapelle conserve un maître-autel de 1767, réalisé sur les plans de l’architecte Charles-Antoine Galhausen, auteur de l’abbatiale de Malmedy et de l’escalier des États au palais des princes-évêques de Liège. De style Louis XIV, en chêne partiellement doré, il est richement décoré, notamment des armoiries des seigneurs de Bolland. La chapelle est classée comme monument depuis le 15 mars 1934.

Isolée dans la campagne, la ferme de Havremont, datant de la première moitié du XVIIIe siècle, déploie des bâtiments en briques et calcaire autour d’une cour autrefois pavée et aujourd’hui transformée en élégant jardin. Elle a été classée comme monument en 1991. L’élément le plus impressionnant de l’ensemble est l’imposant corps de logis en double corps de deux niveaux de sept travées. Sa richesse témoigne de l’importance de l’exploitation au moment où elle fut érigée et du pouvoir dont devait jouir le propriétaire.

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L’église paroissiale Saint-Apollinaire, un bijou du XVIIIe siècle. ©Guy Focant

Situé au pied d’un coteau boisé et à proximité de l’église, le château est l’un des plus notables de la région, non seulement par ses dimensions et son allure aristocratique, mais aussi par la célébrité des différentes familles qui en furent propriétaires. Il est le siège d’une seigneurie citée en 1147, avec Winand de Houffalize, premier seigneur de Bolland, appartenant au lignage limbourgeois des Gronsveld. La famille de Houffalize et Brandenberg occupera les lieux du XIIIe au XVe siècle. Suivront les d’Eynatten, Berlo et Groesbeek aux XVIe et XVIIe siècles, la famille Lannoy du XVIIe au XIXe siècle, puis la famille de Berlaymont. En 1920, le château et le domaine de 70 hectares sont mis en vente et acquis par le baron Adhémar de Royer de Dour de Fraula. Ce sont ses descendants qui l’occupent aujourd’hui.

Le château est de plan irrégulier, défendu autrefois par des douves représentées sur un tableau (1624) du retable de l’autel de la Vierge, dans l’église du village. Les bâtiments, principalement du XVIIe siècle, sont situés autour d’une cour et construits en moellons de grès, calcaire et briques. Deux tours du XIIIe ou XIVe siècle complètent l’ensemble ; l’une est couverte d’une haute flèche hexagonale couverte d’ardoises. Les édifices de style mosan sont percés de nombreuses baies et lucarnes.

Classé depuis 1972, l’ensemble attend une profonde restauration. La ferme du château a été bâtie au XVIIe siècle en moellons de grès houiller et calcaire. Pour accéder à la cour, il faut franchir une importante tour-porche, munie autrefois d’une herse et enserrée entre deux longs murs. La cour intérieure est en partie pavée, dessinant un grand pentagone bâti sur quatre côtés et fermé vers le château par une haute grille du XIXe siècle.

L’église paroissiale Saint-Apollinaire, un bijou du XVIIIe siècle. ©Guy FocantL’église paroissiale Saint-Apollinaire est un bijou du XVIIIe siècle. De style classique en moellons de grès, briques et calcaire, elle a été construite de 1714 à 1717 à l’initiative du curé de la paroisse, Antoine de Sarémont. Classé en 1934, ce sanctuaire de belle ampleur, situé à l’est du château, est précédé d’une allée de marronniers plus que centenaires et implanté au milieu d’un cimetière.

Le mobilier de l’église est d’une rare qualité. La grande dalle funéraire de Jean d’Eynatten († 1510) et de Marie de Brandebourg († 1534) présente le défunt en chevalier avec cotte de mailles et armure, aux côtés de sa dame vêtue d’une robe à décolleté carré, la tête et le corps enveloppés dans un long manteau de deuil. La toile de l’autel nord illustre l’Apparition de la Vierge à l’Enfant, avec, en arrière-plan, le château de Bolland entouré d’eau ; la toile de l’autel sud représente sainte Anne, la Vierge et l’Enfant.

Les fonts baptismaux en marbre datent de la fin du XVIe siècle. Les archives nous apprennent que l’orgue de Bolland, acheminé sur deux charrettes le 21 septembre 1743, fut offert par la baronne de Warnant, née comtesse d’Oultremont. Il provenait du château de Clervaux, mais son auteur reste inconnu. Au XIXe siècle, diverses interventions l’ont modifié, mais les moyens financiers limités de la fabrique d’église ont empêché une transformation radicale. Beaucoup d’éléments anciens ont été maintenus et ont ainsi orienté la restauration de l’instrument par la Manufacture d’orgues luxembourgeoise entre 1978 et 1982. Des cours d’orgue et des concerts sont régulièrement organisés.

 

 Isolée dans la campagne, la ferme de Havremont date de la première moitié du XVIIIe siècle.  ©Guy Focant

L’aperonade, une visite gourmande et champêtre

Des habitants de Bolland ont décidé de partager leurs passions pour faire découvrir la région autrement. Cette promenade balisée est à la fois contée, ludique et gourmande, les marcheurs étant munis d’un sac à dos de dégustation pensé pour célébrer le terroir (fromages et charcuteries régionales, pain d’épice aux fruits, cake salé, raisins, noix, miel… et du sirop, évidemment, fleuron de la région). En pratique : départ entre 10 h 30 et 12 h les week-ends, vacances et jours fériés, et selon les disponibilités en semaine. La balade a été pensée pour être aussi agréable en famille qu’entre amis et comporte deux itinéraires de 6 et 9 km. Pour les sportifs, une formule trail est également proposée. Pour plus d’informations, rendez-vous sur la page Facebook de L’Apéronade bollandoise.

Pour en savoir plus

Publié en 2021, l’ouvrage « L’église Saint-Apollinaire de Bolland : histoire et patrimoine d’un joyau du pays de Herve » dévoile les secrets de ce splendide édifice. Richement illustré, ce livre de 256 pages paraît à la suite du 300e anniversaire de l’église et invite le lecteur à découvrir les détails de sa construction, son patrimoine mobilier et le travail de sauvegarde et de restauration qui y est accompli, mais aussi ses petites pensionnaires, les chauves-souris. Il est le résultat d’un long travail de fond de l’Association pour la sauvegarde et le respect de l’environnement du pays de Herve.

Pour commander l’ouvrage (vendu au prix de 20 euros + frais de port), organiser une visite guidée de l’église Saint-Apollinaire ou réserver une place pour le concert de Noël, contactez Gilbert Lesoinne : 0497 28 57 30 – 087 67 55 73 gilbert_lesoinne@yahoo.fr

Organisez votre visite

La région regorge d’atouts : attractions, musées, Plus Beaux Villages de Wallonie, balades à pied, à vélo, à cheval… La Maison du tourisme du pays de Herve propose de nombreux services pour vous accompagner dans la préparation de vos visites et séjours.
Place de la Gare 1, 4650 Herve
+32 (0)87 69 31 70 – info@paysdeherve.be
www.paysdeherve.be

L’église Saint-Apollinaire de Bolland : ouverte aux visiteurs le dimanche de 14 h à 17 h, de Pâques à la Toussaint (entrée libre). Durant toute l’année, des visites guidées, de durée flexible, sont organisées sur simple demande. En 2022, un festival d’orgue proposera des concerts d’une heure chaque deuxième dimanche du mois, d’avril à octobre, de 15 h à 16 h.
Concert de Noël à Bolland : le dimanche 12 décembre à 15 h, à l’église Saint-Apollinaire. Au programme : musiques de Noël et le « Gloria » de Vivaldi. Droit d’entrée : 12 euros (10 euros en prévente). Covid Safe Ticket obligatoire.

 

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