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Trésors Wallons : tous les charmes de la Gaume à travers Gérouville

Gérouville : cet endroit exceptionnel est classé comme site depuis 1973. | © Guy Focant

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Le village fait partie de la commune gaumaise de Meix-devant-Virton. Situé à mi-chemin entre Florenville et Virton, ce gros bourg possède un charme incontestable.


Par Frédéric Marchesani / Photos Guy Focant

La ville neuve de Gérouville a été créée en 1258 par le comte Arnoul de Chiny et l’abbé d’Orval Henri de Bouillon, sur un site stratégique, l’éperon de Gérousart. Propriété de l’abbaye, le village primitif s’est développé autour d’un îlot central formé par la place, l’église et le presbytère. Plus tard, il obtient le statut de ville et prend le nom de Gérouville. Cet endroit exceptionnel est classé comme site depuis 1973. Tous les bâtiments se sont vu, depuis, conférer le statut de monument.. Au centre, on devine encore facilement la disposition des lieux au Moyen Âge, grâce à la présence de l’enceinte surélevée de l’ancien cimetière. On y accède, côté place, par une porte à piliers carrés en calcaire bajocien sculpté et grille en fer forgé, surplombant un escalier à double volée droite à montées convergentes. La porte et l’escalier ont été reconstruits en 1900.

L’église Saint-André a connu diverses campagnes de travaux et de restauration. Le chœur a été érigé dès 1258 et consacré l’année suivante, bien que non terminé. La nef a été reconstruite en 1634, et la voûte refaite en 1690. Une sacristie a été ajoutée en 1706, un porche en 1758. Le clocher actuel a été élevé en 1861 en remplacement de celui de 1534, qui avait précédemment servi d’observatoire militaire. À l’avant, vers l’ouest, émerge le clocher de plan carré, essenté d’ardoises. Il est surmonté d’une flèche octogonale piquée d’une croix et d’un coq en ferronnerie.

 

L’église Saint-André, au sommet d’une petite butte. ©Guy Focant

Le chœur d’une travée, éclairé par des fenêtres cintrées refaites au XVIIe siècle, est terminé par un chevet plat flanqué de contreforts d’angle. Jointe au chevet, la sacristie à trois pans s’intègre parfaitement à l’ensemble. Le presbytère a été reconstruit ou tout du moins fortement remanié en 1782, comme l’indique le millésime gravé sur le linteau de la porte d’entrée.
L’édifice contraste avec les autres maisons du village par son haut volume et sa composition classique : un imposant corps de logis de quatre travées sur deux niveaux éclairés par des baies calcaires rectangulaires à plate-bande et feuillure.

Le mur-pignon sud, donnant vers l’église, est essenté d’ardoises et percé d’une travée de baies sur deux niveaux. L’essentage est une caractéristique architecturale qui allie l’aspect décoratif à l’utilitaire. Cette pratique consiste à recouvrir les façades d’ardoises qui, parfois, peuvent former des motifs, comme c’est le cas pour la maison voisine. Le but était de protéger les bâtiments des intempéries et de leur offrir un bouclier thermique limitant les pertes de chaleur vers l’extérieur. La maison est protégée par une bâtière d’ardoises interrompue, côté cour, par trois lucarnes en bâtière.

Le portail de l’église, millésimé 1758. ©Guy Focant

Autre vestige de son passé d’Ancien Régime, la grange aux dîmes est jointive du presbytère. Le dîme était un impôt ecclésiastique correspondant à un dixième des revenus ou des récoltes. Les paysans devaient ainsi fournir au propriétaire, l’abbaye d’Orval, un dixième de leur production, notamment de grains. Il fallait des endroits pour stocker ces impôts ; telle est l’origine du nom des granges aux dîmes. Celle de Gérouville se dresse au nord du presbytère qu’elle prolonge.

À l’angle de la propriété du presbytère, contre le mur de clôture de l’ancien cimetière, se place l’ancien four banal, donnant sur la cour intérieure. Au Moyen Âge, le ban est le nom donné au pouvoir de commander, d’interdire et de punir. À partir du XIIIe siècle, il est décerné aux villages groupés sous une même administration, les seigneuries banales. Dans celles-ci, le seigneur possédait tous les droits, notamment celui de détenir le four. Afin de pouvoir l’utiliser, il fallait payer une redevance. L’exemplaire de Gérouville, de forme rectangulaire, est ouvert de deux baies délardées, c’est-à-dire ayant été amincies grossièrement.

L’ancienne « mairie » de Gérouville, appellation fréquente en Gaume. ©Guy Focant

Gérouville possède la particularité de s’être étendu selon un plan en damier. Les maisons ont été construites le long de quatre rues parallèles entrecoupées de perpendiculaires. Aujourd’hui, on y trouve un habitat groupé, constitué essentiellement de maisons agricoles mitoyennes des XVIIIe et XIXe siècles, aux façades crépies et alignées derrière de larges usoirs. Typique de la Gaume, l’usoir désigne l’espace compris entre la chaussée et le bâti. Plusieurs édifices sont classés, parmi lesquels une ancienne ferme pluricellulaire du premier quart du XVIIIe siècle en moellons de calcaire local, située sur la place de l’Église.

Il s’agit d’un intéressant exemple local d’interprétation populaire du répertoire décoratif baroque. On ne peut manquer d’admirer la très belle porte sculptée en calcaire bajocien, une pierre tendre formée au Jurassique moyen qu’on trouve en abondance en Lorraine et dans les Ardennes françaises. La richesse de sa décoration en fait un des édifices les plus intéressants de Gaume. Au-dessus de la porte, une fenêtre monolithe en forme d’étoile à cinq branches, surmontée d’un oculus, perce l’étage supérieur.

Deux autres bâtiments classés animent encore le village à côté de divers édifices patrimoniaux d’intérêt, parmi lesquels de belles fermes traditionnelles, l’ancienne mairie et des éléments du petit patrimoine populaire. Gérouville et sa région possèdent d’indéniables atouts qu’on ne demande qu’à découvrir.

 

La superbe maison classée de la place de l’Église, dotée d’une porte richement décorée. ©Guy Focant

Le « Tilleul » de Gérouville

En 1259, peu de temps après la création du bourg, quatre ormes furent plantés aux coins de la place principale. Trois d’entre eux ne résistèrent pas longtemps aux intempéries, mais le quatrième vécut près de 620 ans, avant d’être terrassé par une tempête au matin du 8 février 1877. L’arbre fut débité et vendu à diverses personnes. Le sénateur Lambiotte se porta acquéreur de ce qui restait du tronc, d’une imposante circonférence de 14 m. Il le fit creuser, y aménagea une banquette pouvant accueillir six personnes, le fit placer sur un socle en béton et le protégea d’une toiture de chaume, afin de le transformer en buvette. En 1922, il en fit don à la commune qui décida de l’installer non loin de son emplacement d’origine, sur la place du Tilleul. C’est peut-être cela qui lui valut son surnom de « tilleul de Gérouville »… alors qu’il s’agit bien d’un orme !

Le « tilleul » de Gérouville est en fait un orme. À l’intérieur, la banquette rappelle qu’il fut transformé en buvette. ©Guy Focant

Préparez votre visite

La maison du tourisme de Gaume propose bien des balades à faire dans la région. Elle présente ainsi vingt-neuf promenades bucoliques adaptées à tous les publics, avec fiches cartographiées. Parmi celles-ci, un circuit de 3,5 km peut être réalisé à Gérouville. La maison du tourisme propose également dix-sept circuits cyclo, dont une boucle de 80,95 km sur les traces des Gallo-Romains, au départ de Meix-devant-Virton. La maison du tourisme de Gaume est ouverte du lundi au samedi de 9 h à 18 h ainsi que les dimanches et jours fériés de 10 h à 16 h.

INFOS

+32 (0)63 39 31 00 – www.visitgaume.be

 

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