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À la découverte de Jodoigne et sa fabuleuse église Saint-Médard

Le faubourg méridional de la petite ville de Jodoigne s’est développé autour de l’église Saint-Médard. | © Guy Focant

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Jodoigne est située en moyenne Belgique, aux confins du Brabant et de la Hesbaye. La ville se trouve à quelques 40 km au sud-est de Bruxelles, à 60 km au nord-ouest de Liège et 20 km au sud de Louvain.

Par Florence Pirard / Photos Guy Focant

Le faubourg méridional de cette petite ville s’est développé autour de l’église Saint-Médard, qui se dresse sur une colline au pied de laquelle coule un ruisseau, le Modron. L’environnement immédiat de l’édifice est très plaisant : une place pavée avec quelques arbres, une vue dominante et dégagée sur le quartier, des maisons de caractère qui donnent à l’ensemble une belle cohérence. Prolongez la balade jusqu’à la Grand-Place toute proche, elle aussi pleine de charme.

La tradition évoque la construction d’une première chapelle sur l’emplacement d’un temple païen. Dans les sources historiques, l’église Saint-Médard est mentionnée pour la première fois au XIe siècle comme appartenant aux comtes de Duras. Vers 1175, ceux-ci l’offrent aux hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, le futur ordre souverain de Malte, qui viennent de s’établir à la commanderie de Chantraine, à Huppaye.

  La nef est largement inspirée du style roman. ©Guy FocantL’église actuelle, de style gothique, a été construite en matériaux locaux – grès et calcaire de Gobertange – sur un plan à croix latine. Le chantier, mené d’est en ouest, a duré plus d’un siècle et s’est déroulé en cinq phases successives, dont les deux premières (XIIIe siècle) trahissent encore l’influence de l’art roman. Ainsi, le remarquable chœur à chevet semi-circulaire – dit de transition romano-gothique – présente une élévation extérieure à deux niveaux. Les fenêtres du bas, en plein cintre alors que celles du haut sont brisées, encadrées par des colonnettes annelées, sont séparées par six contreforts portant des colonnes sur les chapiteaux desquelles repose une arcade murale de décharge.

Il s’agit d’une caractéristique récurrente de l’art rhéno-mosan, tout comme la présence d’absidioles greffées sur les croisillons du transept. La construction de ce dernier, ainsi que celle de la base de la tour, des piliers et des arcades sont achevées vers le milieu du XIIIe siècle. Dans les décennies qui suivent sont érigés les bas-côtés et, au début du XIVe siècle, les parties hautes de la nef et de la tour. Cette dernière, de cinq niveaux d’élévation et flanquée d’une cage d’escalier en colimaçon, est coiffée d’une flèche octogonale.

 

Le chœur comprend deux niveaux d’élévation et une voûte couverte de stucs aux motifs rococo. ©Guy Focant

Au XVe siècle est ajouté le portail du bas-côté nord. Le tableau « L’Extase mystique de sainte Thérèse d’Avila » présente une scène religieuse de l’École flamande. Cette huile sur toile a peut-être été peinte pour l’église Saint-Médard : bien que le lien entre sainte Thérèse et Jodoigne ne soit pas très bien établi, le thème était à la mode à la fin du XVIIe et au début du XVIIIe siècle. Ce tableau est remarquable par la délicatesse des visages et le rendu des expressions. L’huile sur toile « Sainte Hélène recevant du pape une croix », d’auteur inconnu, est datée du début du XVIIIe siècle. Si ses dimensions sont imposantes, elles ne sont pas pour autant inhabituelles pour une peinture exposée dans une église. L’œuvre représente la mère de l’empereur Constantin le Grand, sainte Hélène, qui découvrit la Vraie Croix au IVe siècle.

C’est également au milieu du XVIIIe siècle qu’un nouveau mobilier prend place dans l’édifice. Il comprend un autel majeur en bois peint de tradition baroque (1763), un banc de communion historié de style Louis XV (milieu du XVIIIe siècle), les lambris du chœur et des stalles en chêne sculptées par la famille Bonnet de Nivelles (1763).
Déjà restaurée au XIXe siècle, l’église Saint-Médard de Jodoigne l’a encore été entre 1970 et 1973. C’est de cette époque que date le dépouillement de tout l’espace intérieur. Elle a été classée dès 1936, et inscrit sur la liste du patrimoine exceptionnel de Wallonie en 1993.

Les dictons de Saint-Médard

L’édifice est baigné d’une lumière intense, qui inonde le chœur. ©Guy Focant

Né vers 456, l’évêque Médard de Noyon a des origines familiales prestigieuses : il est fils de Nectar, un noble franc de la cour de Childéric Ier, et de Protagie, une noble gallo-
romaine qui a converti son futur époux au christianisme. Dès sa plus tendre enfance, Médard manifeste une grande compassion pour les plus démunis. La tradition raconte notamment qu’il donna un jour ses habits neufs à un mendiant aveugle, et une autre fois un des chevaux de son père à un pauvre homme qui venait de perdre le sien. Il vit à la cour de Childéric Ier, puis de Clovis. Vers 530, il est nommé évêque à Noyon. Un peu plus tard, il est désigné à la tête de l’épiscopat de Tournai et unifie les deux diocèses.

Il meurt à Noyon le 8 juin 560. Ses reliques sont transportées près de Soissons, où est érigée l’abbaye Saint-Médard. D’autres sont conservées dans l’église Saint-Médard à Paris. On en retrouve aussi dans l’église Saint-Rémi-et-Saint-Médard de Rouveroy, dans la province du Hainaut. Le dimanche le plus proche du 8 juin, jour de la Saint-Médard, cette paroisse organise une procession en son honneur, attestée depuis au moins 1662.

Saint Médard est le patron des personnes emprisonnées, des personnes atteintes de maladie mentale ou de migraines, des agriculteurs et des brasseurs. Il est invoqué contre le mauvais temps, pour (ou contre) la pluie – d’où son surnom de « saint pluvieux » –, pour le bon déroulement de la moisson et pour le soulagement des maux de dents.

Quelques dictons : « Le temps sera à la moisson, comme à la Saint-Médard nous l’avons », « Pluie de Saint-Médard tarit le vin et coupe le lard », « Saint Médard beau et serein promet abondance de grain », « S’il pleut à la Saint-Médard, le quart des biens est au hasard », « S’il pleut à la Saint-Médard, il pleut quarante jours plus tard, à moins que Saint-Barnabé (11 juin) ne lui coupe l’herbe sous le pied ».

Organisez votre visite

L’église Saint-Médard de Jodoigne est ouverte tous les week-ends de 10 h à 18 h. Les offices religieux ont lieu à 8 h en semaine, et à 11 h et 18 h le dimanche. La maison du tourisme Hesbaye brabançonne assure l’accueil et l’information des touristes sur le territoire des sept communes du canton de Jodoigne. Elle met également en place différentes actions de promotion de ce vaste territoire qui propose de multiples richesses naturelles, géologiques, patrimoniales, historiques, folkloriques, gastronomiques… Un carnet reprenant 34 promenades balisées est disponible à la maison du tourisme. Ces balades sont téléchargeables en ligne.

INFOS
Hôtel des Libertés, Grand-Place 1, 1370 Jodoigne
010 22 91 15
hesbaye.brab@skynet.be
www.hesbayebrabanconne.be

 

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