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Le château de Mirwart : demeure de prestige dans un écrin de verdure

Vue générale du village de Mirwart avec l’église Saint-Roch et, au fond, la silhouette du château. | © ©DR

Voyages

Perché sur une éminence surplombant la vallée de la Lhomme, ce petit village se trouvant dans la commune ardennaise de Saint-Hubert est le résultat de la fusion des entités de Buzet, Liberchies, Luttre, Obaix, Pont-à-Celles, Thiméon et Viesville.

 

Par Frédéric Marchesani / Photos Guy Focant

Cité dans les sources depuis le XIe siècle, il est principalement connu pour son château, siège d’une seigneurie au Moyen Âge. L’histoire pourrait être quelque peu plus ancienne, car une première tour de défense aurait été construite à cet endroit par les moines de l’abbaye de Saint-Hubert vers 955, pour servir de résidence à l’avoué de l’abbaye.

Dans le droit féodal, l’avoué était la personne chargée de la protection et de la représentation juridique d’une institution ecclésiastique pour les affaires séculières de la vie quotidienne. L’avouerie était une charge qui se transmettait et se négociait comme un fief héréditaire. Parmi les avoués de Mirwart, on a compté les ducs de Lotharingie, les comtes de Hainaut et de Namur, les princes-évêques de Liège, les ducs de Luxembourg, puis la famille de La Marck et la famille de Ligne. Les relations entre les abbés de Saint-Hubert et leurs avoués ont de tout temps été tumultueuses. Ces discordes incessantes ont pris fin en 1677, lorsque les moines ont racheté leurs droits d’avouerie.

La façade principale ponctuée de tours circulaires. ©Guy Focant

Château et seigneurie sont ensuite acquis par les Smackers, affairistes liégeois récemment anoblis, qui décident de reconstruire totalement la forteresse au début du XVIIIe siècle. Après la Révolution, le riche industriel Aimé-Gabriel d’Artigues, propriétaire des cristalleries de Vonêche (Beauraing) et de Baccarat (France), acquiert le domaine. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, celui-ci passe successivement aux Van der Linden d’Hoogvoorst, aux Darrigade, aux Desmanet d’Erquenne et aux von der Becke. En 1951, ces derniers le vendent à la province du Luxembourg. En 1991, elle le vend à son tour, tout en conservant les terres qui constituent encore actuellement le domaine provincial de Mirwart.

La cour intérieure du château affiche des façades enduites et une superbe tour néobaroque. ©Guy Focant

Implanté au bout de l’éminence rocheuse, quelque peu à l’écart du village, le château se dresse sur une terrasse fortifiée. Établi en forme de U ouvert à l’ouest, il est caractérisé par des angles gardés par quatre tours cylindriques. Les flancs nord et sud de la bâtisse sont marqués par une construction semi-circulaire. À l’ouest et à l’est, l’accès à la cour intérieure en terrasse et au château lui-même est facilité par des escaliers aménagés au XIXe siècle et bordés de balustrades, autrefois en fonte. Sur la terrasse, dans l’axe de la façade, un ancien bassin circulaire à haute margelle a été conservé et transformé en puits de lumière.

Le château affiche donc trois ailes de deux niveaux, bâties en moellons de grès et de calcaire et enduites du côté de la cour intérieure. Les nombreuses fenêtres, modifiées au XIXe siècle, sont généralement à croisée. La façade principale, située du côté est, compte douze travées millésimées par ancres de 1710. Elle est protégée par une bâtière d’ardoises percée de deux rangs de lucarnes de tailles différentes. Les trois tours situées au nord et à l’est sont identiques.

On y remarque de très belles girouettes armoriées de la seconde moitié du XIXe siècle, aux armes des Desmanet d’Erquenne ou portant les initiales DD pour Darrigade-Desmanet. La dernière tour, sise au sud-ouest, est plus haute mais aussi plus récente, car elle a été bâtie au XIXe siècle.

 Le hall du château et son nouvel escalier, touche élégante de modernité. ©Guy Focant

Peu à peu abandonné après sa vente en 1991, le château s’est progressivement dégradé, le propriétaire n’ayant pas effectué les inévitables travaux de restauration. En 2016, le sauvetage est entamé grâce au rachat de l’ensemble par John Eyers, architecte louvaniste connu pour avoir travaillé sur les importants chantiers de la Médiacité et de la tour des finances à Liège. Le bureau d’architectes Jaspers-Eyers entame un titanesque chantier de restauration avec l’aide des pouvoirs publics. La Province fournit un subside de 5 %, tandis que l’Agence wallonne du patrimoine intervient à hauteur de 50 % du montant des travaux. Le château est en effet classé comme monument et comme site depuis le 27 février 2012.

Le 1er août 2021, le domaine flambant neuf a été inauguré. Il abrite désormais un hôtel, un restaurant gastronomique et des espaces pour organiser séminaires, mariages et autres événements. Le résultat est impressionnant : la splendide demeure a retrouvé son lustre d’antan. Elle affiche de belles et fortes façades de pierre claire ou d’un badigeon jaune crème et, à l’intérieur, des espaces à couper le souffle où l’architecture classique voisine avec un mobilier contemporain.

Les salons d’apparat ont conservé leurs plafonds moulurés et de belles cheminées en marbre. ©Guy Focant

On admirera particulièrement les charpentes dans les chambres, les belles cheminées d’époque en marbre et les élégants stucs des plafonds. Dans le salon bleu, Marie-Hélène Ghisdal a procédé à la restauration de quatre belles peintures murales du XVIIIe siècle représentant des paysages, des vues urbaines et des éléments de ruines antiques, encadrées par une frise florale.

Très bel exemple de sauvetage patrimonial comme de restauration réussie, le château de Mirwart s’inscrit d’ores et déjà comme l’une des plus belles pépites du patrimoine wallon.

INFOS
Château de Mirwart, rue du Château 29, 6870 Mirwart
+32 (0)84 45 00 20 – info@chateaudemirwart.be
www.fr.chateaudemirwart.comwww.beauxvillages.be

Un des plus beaux villages de Wallonie

Vue générale du village de Mirwart avec l’église Saint-Roch et, au fond, la silhouette du château. ©Guy Focant

Mirwart fait partie de cette prestigieuse liste depuis le 23 avril 2016. Ce village-clairière est enchâssé entre la forêt de Saint-Michel et la grande forêt de Saint-Hubert. Situé en pleine nature, au cœur de l’Ardenne, il est entouré par un massif forestier domanial de 1 350 ha de feuillus et de résineux propices tant à la flânerie qu’à la randonnée. Essentiellement résidentiel et touristique, il culmine entre 250 m d’altitude, dans la vallée de la Lhomme, et 480 m, altitude de l’éperon rocheux où se trouvent les maisons.

Le village est planté de fermes et fermettes anciennes alignées le long de la rue principale et qui affichent briques, vieilles pierres du pays et pans-de-bois. Face au château se dresse l’église Saint-Roch, de style néogothique, érigée en 1869 par l’architecte Cordonnier de Neufchâteau. Elle est pourvue d’un mobilier assorti, installé entre 1872 et 1877. En contrebas, la Lhomme voisine avec l’un de ses affluents, le Marsouet, qui alimente trente-cinq étangs qui forment le domaine provincial de Mirwart. D’accès gratuit, celui-ci fait la part belle aux pêcheurs et aux promeneurs. On y trouve un parcours didactique ainsi que quatre itinéraires de promenades balisées au départ de la pisciculture.

 

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