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À la découverte de Geer, au coeur de la Hesbaye

Située en province de Liège, frontalière avec le Brabant wallon, la petite commune s’épanouit à l’ombre de sa grande voisine, Hannut. | © Guy Focant

Voyages

Geer mérite qu’on s’y arrête le temps d’une journée, d’un week-end ou d’un court séjour, tant pour découvrir son patrimoine architectural que sa nature et son terroir.


Par Florence Pirard / Photos Guy Focant

Au cœur de la Hesbaye, l’entité de Geer est traversée par un affluent de la Meuse auquel elle doit son nom. Située en province de Liège, frontalière avec le Brabant wallon, la petite commune s’épanouit à l’ombre de sa grande voisine, Hannut. Composée de sept villages (Boëlhe, Darion, Geer, Hollogne-sur-Geer, Lens-Saint-Servais, Ligney et Omal), l’entité abrite pas moins de dix-sept biens classés comme monuments ou sites au patrimoine de Wallonie.

Le village de Boëlhe, ceinturé d’arbres, concentré autour du château (classé depuis 1970) et de l’église datant de la deuxième moitié du XVIIIe siècle, regroupe quelques fermes construites à la même époque en briques et calcaire. On y trouve aussi la maison Seny, une importante ferme de style néoclassique du début du XIXe siècle. Depuis 1983, la totalité du grillage et des piliers, des façades et des toitures du corps de logis, des écuries, de la grange et de l’aile des domestiques sont classés comme monuments. Elle présente une intéressante organisation spatiale faite d’une haute-cour au nord-est (logis, écuries, logements des domestiques, chartils et grange) et d’une basse-cour au sud-ouest (porcheries, étables et écuries).

La maison Seny, une importante ferme de style néoclassique du début du XIXe siècle. 2. À front de rue, à Hollogne, une ferme en quadrilatère élevée en plusieurs étapes aux XVIIe et XIXe siècles. ©Guy Focant

À l’intérieur du logis, le rez-de-chaussée comprend un important escalier néoclassique à balustres. Les chambres à l’étage sont décorées de peintures murales intéressantes : l’une représente en grisaille un trophée de chasse de style Louis XVI et l’autre, polychrome, la Conversion de saint Hubert dans un paysage de bord de Meuse. On épinglera également le hameau de Villereau aux confins nord de la commune, un des beaux points de vue sur cette partie du paysage de la Hesbaye. C’est également à Boëlhe que se situe la source du ruisseau de la Mule, affluent du Geer, qui vient se verser dans ce dernier au niveau de la commune d’Oleye.

Le territoire de Darion, bordé au nord par le Geer, est formé de marécages, d’abondants pâturages et de terrains de culture. Il a révélé des traces d’occupation néolithique et mérovingienne. Durant l’Ancien Régime, Darion, Boëlhe et Hollogne-sur-Geer étaient régis par les seigneurs de Hollogne. La paroisse de Darion incluait les villages de Ligney et du Manil. La toute petite entité comporte peu de bâtiments, certains de grande qualité, notamment le chœur gothique (XVIe siècle) de l’ancienne église Saint-Martin et un agréable presbytère en briques et calcaire.

À front de rue, à Hollogne, une ferme en quadrilatère élevée en plusieurs étapes aux XVIIe et XIXe siècles.  ©Guy Focant

À la croisée de chemins de remembrement, sous deux majestueux érables, la chapelle du Crucifix est une modeste potale en calcaire cintrée, grillagée et surmontée d’une croix en fer forgé. Classée comme monument en 1977, elle perpétuerait le souvenir du « Frère Jn Joannès le Solitaire », ancien soldat napoléonien qui, rentré au pays, crut à l’infidélité de sa fiancée, la tua et vécut ensuite en ermite pour expier sa faute, conséquence dramatique d’une mauvaise blague de copains de cabaret.

Le village de Geer. La plus ancienne trace d’occupation humaine à Geer remonte au néolithique. Geer est une petite localité essentiellement agricole, constituée de bâtiments en briques des XIXe et XXe siècles. Seule la majestueuse ferme en quadrilatère de l’abbaye de Flône, datant du début du XVIIe et du XVIIIe siècle, témoigne du passé important de la bourgade.

Le village de Hollogne-sur-Geer. Durant l’Ancien Régime, la seigneurie relevait de la cour féodale de Namur, sous la souveraineté du prince-évêque de Liège, et était l’une des plus influentes de la région. Le village fut dévasté à de nombreuses reprises par des armées étrangères. L’habitat, très dense, s’étend le long d’un réseau de rues de plan complexe. À l’ouest, les ruines du château, le moulin et la brasserie des XVIIe et XVIIIe siècles témoignent de son faste passé. La partie est du village, proche du Geer et des bâtiments de la sucrerie, groupe quelques habitations autour de la pittoresque église Saint-Brice. Accessible par une rampe d’accès droite, cet édifice pittoresque, de plan et d’élévation complexes, a été remanié à plusieurs reprises.

Le moulin à eau castral constituait quant à lui une dépendance seigneuriale à laquelle était attaché un meunier. Situé en retrait, sur le cours du Geer, le bâtiment fut construit en 1646 par Hélène de Ponty et Godefroid de Seraing, seigneur de Hollogne. L’édifice subit de nombreux remaniements au cours des derniers siècles, mais le moulin restera en activité jusqu’en 1948 et sera classé en 1977.

Le moulin d’Hollogne, un site historique restauré avec soin. ©Guy Focant

Aujourd’hui, les lieux connaissent une nouvelle vie. Les propriétaires, architectes et passionnés, ont remarquablement restauré les bâtiments en respectant au mieux leur état d’origine, tout en conservant les traces historiques de l’évolution du site. Celui-ci accueille à présent des salles de réception et des gîtes. Citons également la brasserie castrale, qui mérite le coup d’œil. Enfin, à l’écart du village, dans un site agrémenté de deux beaux tilleuls, la chapelle du Crucifix a été classée en 1973.

Le village de Ligney s’étire au fond d’une cuvette évasée et plantée d’arbres, ne formant plus aujourd’hui qu’une seule entité avec Darion. Les bâtiments du village sont essentiellement agricoles, bâtis en briques et calcaire dans la deuxième moitié du XVIIe et au début du XVIIIe siècles. Ligney n’a jamais eu sa propre église : durant l’Ancien Régime, le village appartenait au duché de Brabant mais dépendait de la paroisse Saint-Martin de Darion, sise en principauté de Liège. Cette situation très particulière engendra des conflits entre les habitants de Ligney et les chanoines de Saint-Denis, à Liège, qui percevaient les dîmes à Darion-Ligney. La chapelle Notre-Dame de Lourdes, elle, est édifiée en périphérie, au lieu-dit Entre-les-Tiges, dans un site agréable, bordé par quatre imposants tilleuls. Elle est classée depuis 1978.

L’église paroissiale Saint-Brice d’Hollogne-sur-Geer, classée comme monument depuis 1950. ©Guy Focant

Le village d’Omal. Les nombreuses fouilles archéologiques opérées sur le territoire d’Omal ont révélé des traces d’occupation humaine à toutes les époques depuis le Paléolithique, en passant par le Néolithique avec la civilisation omalienne (village éponyme), l’âge du fer, l’époque gallo-romaine et finalement le Haut Moyen Âge. Les cinq tumuli au bord de la chaussée Romaine et la motte féodale sont des témoins visibles de cette activité humaine ininterrompue. Les tumuli sont des éminences de terre largement boisées, remontant au IIe siècle. Le mobilier qui y a été découvert est riche, comportant notamment un parazonium à poignée et fourreau en ivoire, des vases en métal, quelques poteries et une monnaie de l’empereur Hadrien. D’après les données archéologiques, un vaste cimetière faisait face aux tumuli, et derrière eux se trouvait un village assez important.

Le village s’étend le long de deux rues principales et forme deux zones distinctes. Le quartier des Broucks comporte un site remarquable, à proximité des marécages, où se concentre le noyau villageois : le manoir, la ferme seigneuriale, le refuge fortifié et l’église Saint-Lambert. Les constructions remontent au début du XVIIe siècle mais ont été remaniées aux XVIIIe et XIXe siècles. Le quartier de la Neuve Ville s’est installé un peu à l’écart et est constitué de maisons du XIXe siècle en briques et calcaire.

La céramique rubanée d’Omal. ©Guy Focant

Dès 1237, l’abbaye du Val-Notre-Dame à Antheit est collateur et décimateur de la paroisse d’Omal. L’église Saint-Lambert actuelle a été reconstruite en 1755, grâce à l’abbesse Lutgarde de Boileau, sur une éminence, à proximité du complexe castral. Quant à l’ancien refuge fortifié d’Omal, récemment restauré, il se trouve dans un site boisé en face de l’église et de la ferme seigneuriale Menjoie.

 

La chapelle du Crucifix à Hollogne-sur-Geer. ©Guy Focant

La réserve naturelle du Haut-Geer

Entourée de monocultures intensives pauvres en biodiversité, la réserve du Haut-Geer est un petit paradis pour les oiseaux de Hesbaye. Sur le site se côtoient roselières, plans d’eau, bassins bordés de buissons ou aux berges dégagées…

Autant de milieux variés qui permettent à de nombreux espèces de se nourrir, de nicher, d’hiverner ou de se reposer lors des migrations. Pas moins de 212 espèces y ont déjà été observées : grèbe à cou noir, mouette rieuse, grèbe castagneux, grèbe huppé, passereaux, canards en provenance du nord (en hiver), sarcelle d’hiver, canard pilet, souchet, siffleur, chipeau et colvert, harle piette, harle bièvre, nette rousse, fuligule, garrot, oies… Lorsque commence la saison des parades, le spectacle est total !

En période de migration, le site constitue une halte de choix pour les limicoles et petits échassiers. Plus de 30 espèces fréquentent le site, certaines assez courantes comme la bécassine des marais, d’autres exceptionnelles comme le phalarope à bec large. Les espèces traditionnellement liées aux milieux agricoles voient leurs habitats disparaître, d’où l’importance d’un lieu comme Hollogne au cœur de cette région.

La réserve naturelle du Haut-Geer organise de nombreuses activités : visites, conférences, animations pour les familles et les enfants.

INFOS
www.natagora.be/reserves/haut-geer

Organisez votre visite

La maison du tourisme Terres-de-Meuse couvre 27 communes de l’arrondissement Huy-Waremme, dont celle de Geer. Son site internet regorge d’informations sur les paysages et la nature, le patrimoine, le terroir, les loisirs, les événements, les activités sportives, les musées et les promenades. Vous pourrez aussi découvrir l’offre d’hébergements et de restaurants.

La Promenade du Geer, créée en 1981 et réaménagée depuis peu, permet un accès aux quatre coins de la commune. Cette balade de 7 km s’étend le long du Geer, un des rares cours d’eau arrosant la Hesbaye. Le point de départ de cette promenade se situe sur la place communale de Lens-Saint-Servais. S’enfonçant dans les bosquets et les peupleraies avant de se terminer à Hollogne-sur-Geer, elle permet aux marcheurs de découvrir la campagne sous tous ses aspects, ainsi que de nombreux villages et la fameuse réserve naturelle du Haut-Geer.

INFOS
www.terres-de-meuse.be

 

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