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Momignies : escapade dans la botte du Hainaut

Côté patrimoine, on trouve huit biens classés comme monument ou comme site dans l'entité. | © Guy Focant

Voyages

La commune fait la part belle à la nature : un quart de son territoire est placé en zone Natura 2000. On y trouve 1 800 ha de bois communaux et 1 000 ha de bois privés en plus de bocages et rivières, mais elle possède aussi beaucoup d’autres richesses.

 

Par Frédéric Marchesani / Photos Guy Focant

La commune hennuyère de Momignies se trouve dans l’arrondissement de Thuin, tout en bas de la botte du Hainaut. Voisine au nord et à l’est de la commune de Chimay, elle possède surtout la particularité d’être frontalière de huit communes situées dans trois départements français : le Nord, l’Aisne et les Ardennes. Globalement champêtre et verdoyante, Momignies se compose de sept villages (Beauwelz, Forge-Philippe, Macon, Macquenoise, Momignies, Monceau-Imbrechies et Seloignes) et d’une multitude de hameaux (Bout-d’En-Haut, Cendron, Ermitage, Fourchinée, Four-Matot, Loge-Wactiaux, Masure, Pilarde et Trieux).

Les amateurs de comédies françaises savent peut-être que c’est à Momignies, commune frontalière, qu’a été tourné le film « Rien à déclarer » avec Dany Boon et Benoît Poelvoorde, sur le thème des douanes. Bien avant la sortie du film, la commune était en effet connue au XIXe siècle pour être un haut lieu de la contrebande, facilitée par son implantation stratégique. Mais depuis des siècles, la région est aussi un centre de premier plan de l’industrie verrière. Gerresheimer, un des plus grands employeurs de la région, perpétue cette tradition en confectionnant des flacons pour les cosmétiques et la parfumerie de luxe.

Côté patrimoine, on trouve huit biens classés comme monument ou comme site, tandis que plus d’une centaine de biens patrimoniaux sont inscrits à l’inventaire du patrimoine immobilier culturel. Bien que non classée, la Grand-Place de Momignies ne manque pas d’intérêt. On y trouve l’église paroissiale, dédiée à Saint-Amand. Assez récente, elle a été reconstruite en 1953 après avoir été lourdement démolie pendant la guerre. Non loin de là, au centre de la place, trône un admirable kiosque à musique.

La Grand-Place de Momignies avec le kiosque et l’église Saint-Amand. ©Guy Focant

Dans la lignée des innovations architecturales du XIXe siècle, les kiosques apparaissent dès les années 1820-1830 sous forme d’édicules provisoires et démontables. Jusqu’après la Seconde Guerre mondiale, ils sont le produit de l’engouement musical qui se propage dans les villes et villages par le biais des sociétés de musique, des harmonies, des fanfares et des fêtes locales. Dès 1840, ces lieux privilégiés, souvent situés sur la place communale, s’implantent de façon permanente. Ils sont le moyen de rendre la culture musicale accessible à tous. Celui de Momignies est une construction octogonale du dernier quart du XIXe siècle. Très bien entretenu, il est indéniablement un des plus beaux exemples du genre en Wallonie.

Non loin de là, la brasserie de la Thiérache mérite le détour. Créée en 1825 par Placide Février, ancien soldat des armées napoléoniennes, la brasserie Février a poursuivi ses activités sur cinq générations familiales jusqu’à la fin de la production, en 1985. Vendue en 2005, elle est réouverte le 7 juillet 2007 sous le nom de brasserie de la Thiérache. Son intérêt architectural, social, historique et mémoriel a entraîné son classement en 2013. En effet, malgré diverses reconstructions en 1904, il s’agit de la plus ancienne brasserie en Belgique à avoir conservé son matériel d’époque : germoir, malterie, générateur et machine à vapeur, moulin, cuve maltière, cuve d’ébullition, refroidisseur, cuves de fermentation, cuve de garde et système de mise en bouteilles.

Le village de Macon compte trois sites classés. La rue du Calvaire abrite un édicule composé de quatre piliers en briques sous toiture d’ardoises, élevé en 1875 à l’emplacement d’un calvaire du XVIIIe siècle dont une ancienne inscription a été conservée. Il est implanté au cœur d’un site classé depuis le 4 novembre 1976. La très belle esplanade dite du Trieu Wicher, arborée et bordée de bâtiments des XVIIIe et XIXe siècles, a été classée comme site le même jour.

 

 Le site classé du calvaire de Macon ©Guy Focant

Plus loin, la place Yvon Paul abrite un étonnant tilleul, classé depuis 1942 et inscrit sur la liste du patrimoine exceptionnel de Wallonie. Appelé « vieux tilleul » et maintenu par une architecture de poteaux de bois et de poutres chevillées, cet arbre vénérable a été planté en 1714 en remplacement d’un autre, présent depuis le XVe siècle selon la tradition mais mentionné pour la première fois en 1603. La structure actuelle, incontestablement marquée par la tradition du gothique hennuyer, a été restaurée en 1901 dans le respect des formes d’origine et peut-être avec des remplois d’éléments authentiques. À partir du tronc, protégé par une vaste cuve carrée en calcaire, les frondaisons sont réparties en trois étages dégressifs, selon un plan octogonal qui rappelle celui d’un kiosque.

Aujourd’hui regroupés, les villages de Monceau et Imbrechies formaient des entités distinctes jusqu’au XVIIIe siècle. Connu pour avoir accueilli les premiers combats de la libération en 1944, le lieu abrite toujours le château des anciens seigneurs d’Imbrechies, autrefois maîtres de forges : il s’agit d’une construction du XVIIe siècle à deux niveaux sur plan carré, située au milieu d’un jardin clôturé.

Le charmant village de Macquenoise illustre à lui seul le caractère champêtre de la commune. Non loin d’ici, l’Oise prend sa source dans le village de Bourlers (Chimay), avant de passer en France où elle se jette dans la Seine. Arrivée à Macquenoise, elle crée l’étang de la Lobiette, site classé depuis le 6 mars 1981. Cette vaste étendue d’eau forme une frontière naturelle entre la Belgique et la France. Elle tire son origine d’un barrage établi sur le territoire français, qui inonde la plaine alluviale de l’Oise sur près de 800 m. Non loin de là, le site du ruisseau de la Passedru a été classé le même jour. Tous deux forment les premiers kilomètres de cette superbe vallée de l’Oise, implantée dans un cadre protégé de prairies et de bois invitant à la flânerie.

Le site classé du ruisseau de la Passedru à Macquenoise. ©Guy Focant

La parcelle des combats de la libération

La commune de Momignies fut le théâtre des premières heures de la libération de la Belgique. Quelques semaines après le débarquement, les troupes américaines traversent la frontière franco-belge au lieu-dit Cendron, rattaché au village de Forge-Philippe.

À 11 heures, ils atteignent le village de Monceau-Imbrechies et son château, qui fait depuis des siècles office de poste d’observation. C’est là qu’ont lieu les premiers combats de la libération sur le sol belge. Depuis le château, les sauveurs tirent sur les Allemands, qui ripostent. Douze soldats et un capitaine américains perdent la vie.

Le mémorial rappelle le courage des soldats tombés pour notre liberté ©Guy Focant

Rapidement après la guerre, des témoignages de la population sont érigés sur le site. À Cendron, première localité traversée, un monument a été érigé en 1956. Il représente la liberté terrassant le tyran et enlevant leurs chaînes aux prisonniers. À Monceau-Imbrechies, sur la route de Macon, se trouve une stèle portant une inscription en anglais et en français : « Le 2 septembre 1944, la 9e division d’infanterie US livre ici à 11 h 07 le premier combat de notre libération contre la 2e SS Panzer division ». Un autre mémorial a été installé à l’endroit où tomba le lieutenant Cook, premier soldat américain de la libération mort sur le sol belge. Parmi les stèles présentes, un monument bilingue dit : « Le 2 septembre 1944 à 11 heures sont tombés ici les premiers héros de notre libération. »

La parcelle a été classée comme site le 29 août 1990.

Balades et visites

Le site classé de l’étang de la Lobiette à Macquenoise ©Guy Focant

La commune fait partie de la zone couverte par la maison du tourisme du Pays des Lacs. Celle-ci propose diverses balades pédestres, dont trois parcourent les villages de la commune.
La promenade de la Masure (5 km) traverse Macquenoise.
La promenade de la vallée de l’Helpe (12,8 km), une des rivières de la commune, passe à Macon et Monceau-Imbrechies.
La promenade de l’Oise (7,8 km), enfin, permet de découvrir les bois de Seloignes. Une balade cyclo, entre quiétude des paysages et beauté des bocages, traverse quant à elle le RAVeL 156 sur 19,3 km. Tous ces itinéraires sont téléchargeables sur le site web de la maison du tourisme.

INFOS

Maison du tourisme du Pays des Lacs
Route de la Plate Taille 99 à 6440 Froidchapelle
+32 (0)71 14 34 83 – info@lepaysdeslacs.be
www.cm-tourisme.be

INFOS

Rue de Beauwelz, 40B à 6590 Momignies
+32 (0) 475 58 88 11 – brasseriedelathierache@gmail.com
www.brasseriedelathierache.be

 

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