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Trésors wallons : Lasne, le patrimoine historique

Trésors wallons : Lasne, le patrimoine historique

La tour de l’église Saint-Étienne d’Ohain. | © Guy Focant

Voyages

Située aux portes de Bruxelles, dans la province du Brabant wallon, la commune est un véritable écrin de verdure. Elle abrite également un très riche patrimoine immobilier, dont dix-neuf biens classés.

 

Par Florence Pirard / Photos Guy Focant

C’est un petit cours d’eau, la Lasne, nom d’origine celtique signifiant « rivière aux eaux calmes », qui donna son nom à ce village pittoresque aux trois cents ruelles. L’entité de Lasne regroupe d’anciens villages dont l’origine remonte aux XIe et XIIe siècles : Ohain, Couture-Saint-Germain, Lasne-Chapelle-Saint-Lambert, Maransart et Plancenoit. Chacun d’eux a gardé son identité, son charme et ses particularités. L’entité de Lasne est jumelée avec Azay-le-Rideau en France et Abbeville aux États-Unis. Son patrimoine est riche et varié : dix-neuf biens sont classés comme monuments ou sites, et beaucoup sont repris à l’inventaire du patrimoine.

L’église Sainte-Gertrude à Lasne. Cet édifice de style néoroman fut bâti en 1881 par l’architecte Félix Vandewiele.

Trésors wallons : Lasne, le patrimoine historique
L’église Sainte-Gertrude de Lasne. © Guy Focant

L’ancienne abbaye cistercienne d’Aywiers. Les origines de l’abbaye remontent aux environs de 1195, avec la création d’un prieuré aux Awirs (Flémalle), en province de Liège. C’est en 1215 que l’abbaye s’installe à Couture-Saint-Germain. Le site choisi est caractéristique des exigences de la règle de Cîteaux : isolé dans les bois et les prés et au confluent de deux ruisseaux, ce qui permet l’installation d’un moulin et donc l’autonomie de la communauté. Les diverses campagnes de construction du monastère reflètent l’histoire troublée du Brabant durant les Temps modernes. Pillés à la fin du XVe siècle, les bâtiments conventuels sont restaurés entre 1545 et 1565 par l’abbesse Marguerite de Marbais, mais la destruction de l’abbaye pendant les guerres de Religion (1562-1598) oblige la communauté à s’éparpiller dans différents refuges. À nouveau pillé pendant les campagnes de Louis XIV, le monastère est reconstruit sous l’abbatiat de l’abbesse Placide Buisseret, puis d’Éléonore d’Harvengt. Vendu en plusieurs lots comme bien national à partir de 1796, il est ensuite abandonné à son triste sort : destruction complète des bâtiments conventuels pour la récupération des matériaux et transformation des locaux à des fins agricoles ou résidentielles. Le site de l’abbaye est toujours délimité par de hauts murs de clôture. Il est accessible au nord par la porte Saint-Benoît et au sud par la porte Sainte-Lutgarde.

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La ferme de l’ancienne abbaye d’Aywiers. © Guy Focant

Ransbeck, une charmante place. Jadis pourvue d’une mare, elle est composée d’une aire herbeuse plantée de tilleuls et bordée de bâtiments de la fin du XIXe et du début du XXe siècles. Occupant tout le côté est de la place, aux nos 10 et 11, un ensemble de bâtiments éclectiques est construit (ou reconstruit) en briques et calcaire. La place de Ransbeck est classée comme site depuis 1990.

Le village d’Ohain. Implantée sur une butte, l’église Saint-Étienne – une importante bâtisse en briques, calcaire gréseux, grès ferrugineux et calcaire – se compose d’une tour occidentale, de trois nefs, d’un chœur polygonal et de deux sacristies. Les niveaux inférieurs datent de l’époque romane tardive (fin XIIe ou début du XIIIe siècle), tandis que les niveaux supérieurs sont plutôt gothiques (fin du XVe ou début du XVIe siècle). La tour est classée comme monument en 1936, et l’ensemble formé par l’église Saint-Étienne et ses abords immédiats comme site depuis 1962. Occupant le centre de la place du village, le kiosque à musique, de plan octogonal, fut construit à la fin du XIXe siècle ou au début du XXe siècle. Avec la place, il est classé depuis 1959.

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Le kiosque à musique de la place communale d’Ohain. © Guy Focant

Le presbytère de Maransart. L’édifice s’élève sur deux niveaux décroissants et compte cinq travées. Les baies sont rectangulaires et la porte est décorée d’un motif feuillagé. La surplombant, une jolie potale en calcaire de style gothico-Renaissance, datée du début du XVIe siècle, provient peut-être de l’abbaye d’Aywiers.

Sur les traces de 1815

Le 18 juin 1815, la bataille de Waterloo fait rage dans l’actuelle province du Brabant wallon. Contrairement au nom que l’Histoire a retenu, les combats n’ont pas lieu sur le territoire de la commune de Waterloo, mais un peu plus au sud, sur celui des communes actuelles de Lasne, Braine-l’Alleud et Genappe. La bataille s’achève par la défaite décisive de l’armée française. Les premiers monuments nationaux fleurissent aux abords des champs de bataille quelques années seulement après les événements. Imposants et lourds de sens, ils sont l’initiative des vainqueurs. Une série de plaques et de stèles commémoratives rendent ensuite hommage à l’Empereur et aux Français. La plupart ont été érigées dans la seconde moitié du XXe siècle et sont le fruit d’un devoir de mémoire entretenu par plusieurs associations napoléoniennes.

Le monument aux Prussiens. Au nord de la localité de Plancenoit se trouve un monument à l’allure résolument néogothique. Composé d’une flèche de fer peinte sur un soubassement de pierre bleue, il rend hommage aux soldats prussiens tombés au cours de la bataille de Waterloo. Érigé en 1818 pour célébrer les exploits des troupes de Blücher, il est situé à un endroit où une batterie française aurait fait subir de lourdes pertes aux Prussiens. L’ensemble est sommé d’une croix de fer, une décoration créée en 1813 par le roi de Prusse Frédéric-Guillaume III. On peut y lire (traduction) : « Aux héros tombés, le roi et la patrie reconnaissants. Ils reposent en paix. Belle-Alliance. 18 juin 1815 ». L’utilisation du terme « Belle-Alliance » est caractéristique : c’est en effet sous cette dénomination que les Prussiens connaissent la bataille de Waterloo. La croix est abattue par des soldats français venus prêter main-forte à l’armée belge lors du siège d’Anvers, en 1832. Le maréchal Gérard, qui avait combattu les Prussiens en 1815, fait alors cesser ce vandalisme et rétablir la croix au sommet du monument. Celui-ci a été restauré pour la dernière fois en 1997.

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Le monument aux Prussiens à Plancenoit. © Guy Focant

Le monument aux Hanovriens. Installé en 1818, il prend la forme d’une pyramide tronquée portant des inscriptions sur plusieurs de ses faces. Cette stèle commémorative rend hommage à une légion de l’armée britannique, la King’s German Legion, constituée de bataillons de soldats hanovriens qui, après l’invasion du Hanovre par l’armée française, avaient émigré en Angleterre. On y trouve une inscription en allemand signifiant : « En souvenir de vos compagnons d’armes, lesquels dans la bataille à jamais mémorable du 18 juin 1815 moururent ici en héros. » À l’est, l’inscription – cette fois en anglais – signifie : « En mémoire des compagnons d’armes qui sont glorieusement tombés en ce mémorable dix-huitième jour de juin 1815. » Sur les faces nord et sud sont énumérés les noms d’officiers de plusieurs régiments ayant eux aussi perdu la vie à cet endroit.

Le monument français dit de l’Aigle blessé et la stèle des soldats polonais. Réalisé par le sculpteur Jean-Léon Gérôme à l’initiative de trois particuliers le 28 juin 1904, ce monument a été érigé à un endroit qui, selon la légende, aurait été la dernière portion de terrain occupée par le dernier carré de la Garde impériale. C’est là que le général Cambronne aurait prononcé son célèbre mot. L’Aigle blessé commémore les soldats français morts au champ de bataille et non la défaite de Napoléon. Sur le monument, dont le socle porte la dédicace « Aux derniers combattants de la Grande Armée », figurent les noms de grandes victoires napoléoniennes. À ses pieds, une stèle en hommage aux soldats polonais a été inaugurée le 18 juin 1990 par l’association pour la conservation des monuments napoléoniens, en collaboration avec l’armée polonaise. Elle rappelle le sacrifice de l’escadron de chevau-légers à Waterloo. La stèle est décorée d’un aigle, coulé en Pologne, et de l’inscription suivante : « Aux officiers, sous-officiers et soldats de l’escadron polonais tombés à Mont-Saint-Jean le 18 juin 1815. Forces armées polonaises. ACMN ».

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Le monument français dit de l’Aigle blessé. © Guy Focant

La colonne Victor Hugo. En 1911, à l’occasion du cinquantième anniversaire du séjour de Victor Hugo à Mont-Saint-Jean, l’historien Hector Fleischman et le peintre militaire Maurice Dubois prennent l’initiative de l’érection d’un monument commémoratif. Le but est d’associer le souvenir de la bataille de Waterloo à celui du grand écrivain. Connu pour ses célèbres vers « Waterloo, morne plaine », écrits en 1852, Hugo attendit toutefois 1860 avant de visiter le champ de bataille. Il séjourna deux mois à l’hôtel des Colonnes, où il acheva la rédaction des « Misérables ». L’architecte français Manuel Ley et l’architecte belge Jean Verhoeven dessinèrent le monument, dont la première pierre fut posée le 22 septembre 1912. Laissés inachevés par la Première Guerre mondiale, les travaux ne reprirent qu’en 1954. L’inauguration eut finalement lieu le 24 juin 1956. Située au sommet d’un petit escalier et reposant sur un piédestal, la colonne mesure 18 m de hauteur. Sa face ouest est ornée d’un médaillon représentant l’écrivain, œuvre du sculpteur Victor Demanet. Sur la face sud se trouve une plaque portant l’inscription suivante : « Un jour viendra où il n’y aura plus d’autres champs de bataille que les marchés s’ouvrant au commerce et les esprits s’ouvrant aux idées. » Cette phrase est extraite d’un discours tenu par Victor Hugo au Congrès de la paix, à Paris, le 22 août 1849.

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La colonne Victor Hugo à Plancenoit. © Guy Focant

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Paradis des promeneurs et de tous les amoureux de la nature, Lasne offre de multiples chemins de balade à parcourir à pied ou à vélo.

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La Fête des plantes et du jardin d’Aywiers

C’est la rencontre dynamique de 200 professionnels du monde des jardins et de visiteurs enthousiastes, dans un cadre enchanteur : l’ancienne abbaye cistercienne d’Aywiers. Le jardin de sept hectares, entouré de vieux murs, abrite de superbes arbres centenaires, des arbustes et plantes rares, un étang, des sources ainsi qu’un jardin de plantes aromatiques et médicinales.

Du vendredi 29 avril au dimanche 1er mai 2022 de 10 h à 18 h.
Abbaye d’Aywiers, rue de l’Abbaye 14 à 1380 Lasne.

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Wallonie tourisme Lasne
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