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L’abbaye de Cambron-Casteau : le lieu de naissance de Pairi Daiza

L’impressionnante vue aérienne du site : une belle remise à chariots prend place au centre de la cour. | © Guy Focant

Voyages

Le parc animalier, qui occupe le site depuis près de trente ans, l’a rendu célèbre, tant en Belgique qu’à l’étranger.

 

Par Florence Pirard / Photos Guy Focant et Bastien Lansbergen

L’ancienne abbaye de Cambron-Casteau est située à une quinzaine de kilomètres de Mons. L’enclos monastique est traversé par la Dendre orientale, dont le cours primitif a été détourné par les moines. Il comporte de remarquables allées de hêtres, de tilleuls et de platanes.

Son histoire est riche. En 1148, des moines de l’abbaye cistercienne de Clairvaux fondent un monastère au bord de la Dendre. Les terres sont offertes par Anselme de Trazegnies, seigneur de Péronnes-lez-Binche, chanoine et trésorier du chapitre de Soignies. Dès la fin du XIVe siècle, la communauté compte plus de 70 religieux, auxquels s’ajoutent les frères convers chargés de l’exploitation du domaine. Au XVIIe siècle, les guerres de Louis XIV ruinent la région et entraînent le déclin de la communauté. Il faut attendre le XVIIIe siècle pour que l’abbaye retrouve son éclat. Le portail d’entrée du domaine, la tour de l’abbatiale ou le magnifique escalier monumental encore visibles aujourd’hui datent de cette époque.

Le monastère est encore fort prospère quand, en 1783, Joseph II, empereur du Saint-Empire, le supprime. Le 27 mai 1789, les moines sont expulsés de leur abbaye et partent en exil aux Pays-Bas. La fin du pouvoir autrichien leur permet de revenir quelque temps chez eux, mais les révolutionnaires français mettent un terme à cette présence religieuse. En 1797, les moines sont chassés, leurs biens confisqués et vendus. Le domaine est racheté et, en 1852, le comte du Val de Beaulieu édifie un château néoclassique à proximité des ruines. Les bâtiments désaffectés de l’abbaye se dégradent rapidement faute d’entretien. Après un changement de propriétaire, le parc animalier ouvre ses portes en 1994.

La tour de l’église abbatiale. ©Guy Focant

Le site conserve de nombreux édifices et vestiges qui ont traversé les siècles jusqu’à aujourd’hui. Le portail d’entrée est bâti en 1722 sous l’abbé de Steenhault. Il est situé au bout d’une imposante allée de tilleuls. Au-dessus de l’arc, une statue en pierre blanche de Notre-Dame de Cambron remonte probablement au XVIe siècle. À l’est de la grille d’accès vers la grande cour, un petit pavillon carré est daté de 1730. Au centre de la cour, une belle remise à chariots en moellons et briques chaulés est traversée par cinq arcades cintrées.

Construit en 1776, l’escalier monumental de style classique relie les étangs à l’esplanade de l’abbatiale, par-dessus la Dendre canalisée. Cette belle composition en pierre bleue est munie de trois paliers avec des volées de marches. La balustrade est amortie par des flammes jaillies d’une gueule monstrueuse sculptée sur la face interne des piliers inférieurs. Sous le palier supérieur, une porte donne accès aux souterrains en communication avec la crypte, près de l’abbatiale.

À l’ouest de la basse-cour, un donjon roman autrefois dénommé tour du Quesnoy est bâti dans l’ancien verger situé à proximité de la Dendre. La tour Saint-Bernard était jadis datée de 1148 par des ancres situées dans la partie supérieure, mais elles ont aujourd’hui disparu. Au niveau inférieur, une salle inondée est reliée au premier étage par un étroit escalier en pierre. Les murs sont percés de meurtrières. Construite à partir de 1160 en style roman de transition, l’église abbatiale a été consacrée en 1240 par l’évêque de Cambrai. De l’ancien bâtiment ne subsistent aujourd’hui que l’avant-corps, la tour de 1777, une partie du mur sud et quelques débris de colonnes de la crypte de la fin du XIIe siècle.

 

Le moulin et la brasserie. Cette dernière est toujours en activité. ©Guy Focant

Accessible par une porte néogothique au sud-est de la tour, la crypte ou cellier est couverte par douze voûtes d’ogives. Signalons aussi le château néoclassique des comtes du Val de Beaulieu, un vaste bâtiment de vingt et une travées, édifié en 1854 par l’architecte Limbourg à l’emplacement de l’ancienne infirmerie du monastère.

Depuis 1994, l’ancienne abbaye de Cambron-Casteau est devenue le célèbre parc animalier Pairi Daiza. Élu « Meilleur Zoo d’Europe », il fait voyager les visiteurs sur les cinq continents dans différentes destinations, à la rencontre de plus de 7 000 animaux : pandas géants (dont d’adorables jumeaux nés en 2019), éléphants, ours blancs, rhinocéros, morses, gorilles, orangs-outans, poissons et oiseaux rares. À Pairi Daiza, il est également possible de passer la nuit au cœur même du parc, au plus près des animaux. Une expérience inoubliable.

 

©B. Lansbergen

INFOS
www.pairidaiza.eu

Les fouilles archéologiques de l’abbatiale et un chantier de restauration

Des fouilles partielles sur le site de l’abbatiale ont été menées en 1973 par l’Institut d’archéologie et d’histoire de l’art de l’Université de Louvain. À l’époque, les résultats ont été jugés positifs quant à la connaissance du plan et de la structure de l’édifice. Au moment de la fouille, seuls subsistaient la façade et la tour occidentales du XVIIIe siècle, ainsi qu’un tronçon du mur méridional de l’église. Les recherches ont prouvé que l’édifice a été démantelé pierre par pierre, les matériaux servant notamment à la construction du château en 1852.

La partie centrale de l’église a été arasée jusqu’aux fondations. L’espace fut alors occupé par une sapinière. Trois tranchées ont permis de retrouver les grandes lignes du plan d’ensemble de l’abbatiale, tandis que des sondages pratiqués dans la maçonnerie tardive ont mis au jour des éléments architectoniques ayant appartenu au bâtiment primitif. Au cours de ces fouilles, aucune trace d’une église antérieure au XIIIe siècle n’a été décelée.

En 2021, de nouvelles fouilles ont été menées par l’Agence wallonne du patrimoine, préalablement à un projet d’aménagement. Elles ont permis le dégagement des fondations de l’abbatiale et notamment des socles supportant les colonnes de la nef. Une série de caveaux ont également été mis au jour, dont certains sont encore ornés d’un enduit peint. Ces recherches ont également été l’occasion de relever en 3D les gisants gothiques et de réaliser une étude du bâti des éléments encore en élévation de l’abbatiale.Enfin, un important chantier de restauration et de réaffectation de la tour de l’ancienne église abbatiale devrait débuter fin 2023 afin de rendre à l’édifice son lustre d’antan.

La remise à chariots est surmontée d’un colombier. ©B. Lansbergen

Cette campagne de restauration est le fruit d’une longue collaboration entre Pairi Daiza et l’Agence wallonne du patrimoine visant la restitution du passé grâce à la remise en état du bien, la reconstitution de la flèche d’origine et l’installation d’une horloge monumentale. L’opération permettra à cet emblématique monument de devenir une véritable attraction au sein du parc en se muant en un prestigieux belvédère. Dès les travaux accomplis, les visiteurs les plus courageux pourront gravir les marches de la tour afin de profiter d’un point de vue incomparable sur Pairi Daiza et ses alentours.

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