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Trésors wallons : Étalle, virée en Lorraine Belge

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Un panneau indicateur en fonte à Villers-sur-Semois. | © Guy Focant.

Voyages

Région naturelle de Wallonie, la Lorraine belge occupe le sud de la province du Luxembourg. Elle se divise en deux sous-régions linguistiques, dont la fameuse Gaume.

Par Frédéric Marchesani

C’est là, aux confins de l’Ardenne et du Pays d’Arlon, que se trouve la commune d’Étalle. Celle-ci compte, depuis la fusion de 1977, six villages et sept hameaux: Buzenol, Chantemelle, Étalle (Lenclos, Sivry), Sainte-Marie-sur-Semois (Croix-Rouge, Fratin, Huombois), Vance (Villers-Tortru) et Villers-sur-Semois (Mortinsart). Plusieurs d’entre eux se situent dans la vallée de la Semois. Côté patrimoine, la commune est aussi riche que variée. Elle abrite sept monuments et cinq site classés, parmi lesquels deux sont inscrits sur la liste du patrimoine exceptionnel de Wallonie: les marais du Landbrouch et le site de Montauban. On y trouve également 130 biens inscrits à l’inventaire du patrimoine immobilier culturel.

Le site de Montauban

La Lorraine belge se caractérise par de nombreuses vallées étroites, qui ont facilité l’aménagement de promontoires fortifiés pour les populations de l’Âge du fer vers le milieu du Iersiècle avant JC. C’est le cas du refuge fortifié de Montauban, qui était délimité par une enceinte d’environ 620 m de long. Celle-ci, de forme triangulaire, circonscrivait une aire d’environ 2,5 ha en suivant le pourtour du plateau, sauf à l’ouest, pour englober des sources. Trois phases de construction ont été identifiées, dont l’une a consisté à ériger au sommet des pentes des murets de pierres sèches, encore bien visibles.

Quoi qu’il en soit, les données archéologiques récentes semblent désormais indiquer que la forteresse n’a pas été réutilisée avant le VIIIesiècle au plus tôt. Cette période se caractérise par la concentration du système de défense à la pointe du promontoire, avec la création d’un réduit triangulaire fermé par le mur de barrage, taluté et muni de tours, et par la (re)construction, dans les dernières années d’occupation du site, d’un donjon de pierre dont la superstructure était néanmoins en bois. Le site est vraisemblablement abandonné vers le milieu du XIesiècle. Au XVIIesiècle, des forges s’installent non loin. Elles sont abandonnées au XIXesiècle et il n’en subsiste que les ruines des halles. Aujourd’hui, le site accueille un musée lapidaire qui fait la part belle à l’archéologie.

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Le musée lapidaire de Montauban. © Guy Focant.

Sainte-Marie-sur-Semois

Ce sympathique village abrite trois éléments du petit patrimoine populaire classés comme monuments entre 1981 et 1983. Les pompes en fonte sont les témoins d’un passé pas encore si lointain où les maisons n’étaient pas raccordées à l’eau courante. De nombreux exemples ont depuis disparu et celles qui sont conservées marquent les rues de leur présence, tant par leur fonction primordiale révolue que par leur décoration. Témoins également du développement de la métallurgie industrielle au XIXesiècle, elles étaient produites en série dans les fonderies du pays et reproduisent le thème général de la colonne à l’antique. Beaucoup d’entre elles sont dès lors de style néoclassique. Dotées d’un appareillage monumental, ces pompes contiennent un piston intérieur actionné par le bras ; une fois que l’air est totalement aspiré après quelques allers-retours, la pompe est amorcée. Ce genre d’installation est théoriquement capable d’aller chercher l’eau à 8 à 10 m de profondeur.

La pompe-abreuvoir située sur la place principale de Sainte-Marie-sur-Semois date du tournant des XIXe et XXesiècles. Il s’agit d’une des trois pompes publiques classées du village. Comme elle est placée devant un bac calcaire, on pouvait y puiser de l’eau pour son propre usage ou y faire boire des animaux. Deux autres pompes similaires sont situées rue du Marais et dans la Grand-Rue.

Villers-sur-Semois

Située sur un promontoire enclos au cœur du village, l’église Saint-Martin, orientée nord-est, présente un plan composé d’une tour en façade, d’une nef dotée d’un unique collatéral de quatre travées à gauche, et d’un chœur plus étroit terminé par un chevet à trois pans avec contreforts. La chronologie de la construction du sanctuaire est difficile à établir. Les religieuses de Marienthal, qui possédaient le droit de patronage depuis 1323 et sont encore citées comme décimatrices de la tour en 1771, ont probablement joué un rôle important dans sa construction. À l’intérieur, l’église renferme quelques pépites, comme l’ancienne pierre cubique située sous l’autel. D’origine romaine, elle est sculptée de représentations d’Apollon, Diane, Minerve et Hercule. Elle supporte aujourd’hui une table ovale préromane. Les intrados des deux derniers arcs longitudinaux sont ornés de millésimes, motifs végétaux ou géométriques et autres représentations: aigle bicéphale, croix de Bourgogne et croix de saint André, rappels que l’église se trouvait dans le duché de Luxembourg, possession des ducs de Bourgogne aux XVe et XVIesiècles. Parmi eux, Charles Quint, également empereur germanique.

Typiquement rural, le lavoir participe à la vie courante de la communauté paysanne et occupe une place importante au sein du village. Il était le lieu de rendez-vous des lavandières qui, contrairement à une idée très répandue, s’y rendaient le plus souvent pour rincer le linge et non le laver. Beaucoup de ces lavoirs n’ont malheureusement pas survécu à l’invention des machines électriques, mais plusieurs d’entre eux restent aujourd’hui des témoins de cette époque révolue. L’Ardenne et la Lorraine, avec leurs villages traditionnels, en conservent un nombre conséquent. Cette forte concentration dans la province du Luxembourg a également une explication historique. En 1866, une épidémie de choléra envahit la région et incite les autorités publiques à prendre des mesures en faveur d’une amélioration de l’hygiène des populations. La construction des lavoirs permet ainsi un meilleur lavage du linge. En effet, ce dernier était auparavant lavé dans les rivières, les ruisseaux ou les mares, qui étaient également le lieu de nettoyage du matériel agricole.

Plusieurs d’entre eux sont aujourd’hui protégés par une mesure de classement. C’est le cas de celui de Villers-sur-Semois, édifié vers 1873 et classé depuis 1982. Il est situé au pied de l’église, à l’emplacement d’une ancienne maison vicariale devenue école communale avant d’être détruite. À l’avant, le long de la chaussée, on notera la présence de deux bacs qui servaient autrefois à faire boire le bétail et les chevaux. Souvent point d’eau principal des villages, le lavoir était en effet fréquemment doté d’abreuvoirs.

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Un panneau ancien et un calvaire dans le hameau
de Mortinsart. © Guy Focant.

Non loin de là, le hameau de Mortinsart abrite aussi un lavoir classé la même année. Situé à l’écart de la localité, sur un chemin menant vers la forêt, il a été érigé au tournant des XIXe et XXesiècles. Dans l’angle du fond, on aperçoit un arc en briques qui autrefois abritait un poêle, comme l’indique la présence d’une cheminée. L’ensemble est couvert d’une bâtière d’ardoises piquée d’un épi de faîtage.

Tourisme, patrimoine, nature et culture sont intimement mêlés dans les villages de la commune d’Étalle. N’hésitez pas à en explorer les routes et sentiers et, pourquoi pas, à terminer cette escapade par une bière locale ou un bon pâté gaumais

INFOS

Le syndicat d’initiative du Grand Étalle propose des cartes de promenades ainsi que diverses brochures gratuites sur le patrimoine local.

Rue du Moulin 20 à 6740 Étalle

+32 (0)63 45 67 87 – si.etalle@skynet.be

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