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Braine-Le-Château : une histoire qui remonte au 5e siècle

Au tournant du Moyen Âge et de l’Époque moderne, les comtes de Hornes deviennent seigneurs de Braine-le-Château. | © ©Guy Focant

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Située au nord-ouest de la province du Brabant wallon, entre les communes d’Ittre, Tubize, Braine-l’Alleud et de Hal en Flandre, la commune de Braine-le-Château est riche d’une longue histoire.

 

Par Frédéric Marchesani

Braine-le-Château doit son nom au Hain, autrefois appelé Braine, un affluent de la Senne qui traverse la commune, et à son château féodal, érigé pour la première fois au Xe siècle. Ce charmant village médiéval conserve encore plusieurs témoins de son prestigieux passé d’Ancien Régime : le château des comtes de Hornes, le pilori, la maison du bailli ou encore le moulin banal, tous classés.

L’histoire médiévale de la localité débute au VIIe siècle, lorsqu’elle fait partie des biens des chanoinesses de Sainte-Waudru à Mons. Plus tard, le comte de Hainaut devient leur avoué et étend son pouvoir à Braine, qui intègre son comté. Situé à la frontière du duché de Brabant, le village devient une place à défendre. Une motte féodale, puis une tour et enfin un château sont successivement érigés.

Au tournant du Moyen Âge et de l’Époque moderne, les comtes de Hornes deviennent seigneurs de Braine-le-Château. Leur empreinte est partout dans le village et plus particulièrement celle de Maximilien de Hornes (1475-1542), chambellan de Charles Quint et chevalier de la Toison d’Or. La localité reste hennuyère jusqu’à la Révolution avant de passer au département de la Dyle puis à la province du Brabant et, en 1995, du Brabant wallon. Partons à la découverte des traces de l’Ancien Régime dans la localité.

 

château des comtes de Hornes
Le château des comtes de Hornes affiche une puissante architecture. ©Guy Focant

Le château des comtes de Hornes. À la fin du XIIe et au début du XIIIe siècle, le seigneur de Braine érige un donjon placé sous la protection d’une rivière et de douves. Un ensemble de bâtiments qui forment un quadrilatère avec châtelet d’entrée sont rapidement ajoutés à la tour primitive. Au début du XVIe siècle, d’importants travaux sont entrepris par Maximilien de Hornes dans le but de moderniser l’ensemble (destruction du châtelet d’entrée, percement de fenêtres…).

En 1667, le château est fortement endommagé par les troupes de Louis XIV et une lourde restauration est entreprise entre 1669 et 1681. À cette époque, la seigneurie de Braine devient une principauté et le bien passe entre les mains de la famille Thurn und Taxis, maîtres de postes à Bruxelles. Nuls travaux ne sont entrepris avant 1836, lorsque les comtes de Robiano acquièrent l’ensemble. Héritier de plusieurs campagnes de construction, le château actuel est organisé autour d’un donjon (la tour nord-ouest) et forme un fer à cheval bordé d’eau. Autour se développe un parc limité par un mur d’enceinte.

Le pilori. Il figure en première place parmi les monuments les plus représentatifs du patrimoine brainois. Le pilori servait à exposer les condamnés en public. Sous l’Ancien Régime, il s’agissait d’une peine infamante, plus grave que le blâme et l’amende honorable. Ces piloris pouvaient prendre diverses formes, du simple poteau de bois à la colonne de pierre, et comportaient parfois, comme c’est le cas à Braine, une structure en lanterne pouvant contenir un homme plus ou moins debout. Ériger un pilori était un droit qui permettait au seigneur de signifier qu’il avait droit de justice sur ce territoire. Comme l’indique une inscription présente à la base de la lanterne, ce monument a été édifié par « Maximilien de Hornes de Gasbecke, chevalier de la Toison d’Or de l’empereur Charles, 1521 ».

 

Le pilori à Braine-Le-Château
Le pilori avec, à l’arrière, la maison du bailli. ©Guy Focant

Situé sur la Grand-Place, le pilori est proche des autres édifices liés au pouvoir seigneurial que sont la maison du bailli et le château. Exceptionnel et constituant un des rares témoins datés de cette époque parvenus jusqu’à nous, il se compose d’une base hexagonale, surmontée d’une colonne de 3 m de hauteur ; celle-ci est couronnée d’un chapiteau portant l’inscription dédicatoire, lui-même surmonté de la fameuse lanterne de 2,7 m de hauteur. Imposant, le monument atteint une hauteur totale de 8,4 m. Il est ainsi le plus haut conservé en Belgique.

La maison du bailli. Sous l’Ancien Régime, un bailli est à la tête d’un baillage, territoire soumis à sa juridiction. Le bailli de Braine était un officier du comte de Hainaut investi de fonctions très étendues dans les domaines administratif, judiciaire, financier et militaire. La maison du bailli est un des fleurons architecturaux de la localité. Situé sur la Grand-Place, non loin du château seigneurial et en face du pilori, l’ensemble frappe par son élégance et son pignon de style Renaissance.

Une étude approfondie a permis de faire remonter sa construction à la première moitié du XVIe siècle et d’identifier une campagne de restauration intervenue dans la seconde moitié du XVIIe siècle, après le passage des troupes de Louis XIV. Cette construction témoigne à la fois d’une volonté de recherche esthétique et du recours à un architecte, un fait unique pour Braine à cette époque.

 

Moulin banal à Braine-Le-Château
Le moulin banal accueille un musée de la meunerie. ©Guy Focant

Le moulin banal. Un moulin seigneurial est attesté à Braine-le-Château depuis 1226. Le premier édifice pourrait avoir été construit au même emplacement que l’actuel. Les bâtiments, situés à l’arrière du château des comtes de Hornes, sont les héritiers de plusieurs campagnes de construction. Le moulin à deux roues à aube est resté fonctionnel jusqu’après la Seconde Guerre mondiale avant de cesser toute activité pendant une dizaine d’années, pour être finalement transformé en musée de la meunerie en 1973.

Le gisant de Maximilien de Hornes. Fidèles serviteurs des ducs de Bourgogne, les comtes de Hornes deviennent maîtres de Braine après l’achat de la seigneurie par Jean de Hornes le 21 juin 1434. Ces puissants lieutenants de la maison de Bourgogne obtiennent ensuite des charges de prestige dans les Pays-Bas espagnols : sénéchal de Brabant, capitaine général du comté de Namur, capitaine général des armées de Charles le Téméraire ou encore grand chambellan des rois d’Espagne. La famille se devait de posséder une demeure à la hauteur de ces fonctions.

Gisant de Maximilien de Hornes
Le superbe gisant en albâtre de Maximilien de Hornes. ©Guy Focant

Il semble que l’on doit la transformation du château médiéval en demeure de prestige à Maximilien de Hornes (1475-1542). Compagnon de Philippe le Beau en Espagne en 1501, il reste dans l’entourage des ducs de Bourgogne et de leurs successeurs jusqu’à sa mort. Son gisant, sculpté dans l’albâtre, le représente en armure arborant le collier de la Toison d’Or, le tout dans un style des plus réalistes. Le défunt est figuré jeune, en prière, la tête reposant sur un coussin soutenu par deux angelots et avec un chien à ses pieds, symbole de fidélité. L’œuvre est sans conteste la pièce maîtresse de l’église Saint-Remy, édifice néogothique reconstruit en 1862.

Pourquoi ne pas profiter d’une belle journée printanière pour faire un bond dans le passé à Braine-le-Château ?

Le premier lapidarium de Belgique

La chapelle Notre-Dame-au-Bois constitue, avec la chapelle Sainte-Croix, un des plus beaux monuments du patrimoine religieux de la commune. Érigée en 1740, elle remplacerait, selon la tradition, une potale, puis une chapelle, toutes deux autrefois très vénérées. Le cimetière est entièrement ceinturé au nord par le mur d’enceinte du château des comtes de Hornes, datant du XVe siècle. Autrefois jonché de débris de pierres tombales provenant de l’ancien champ des morts, il a été restauré et est devenu en 1991 le premier lapidarium de Belgique (endroit où des pierres, monuments et vestiges archéologiques sont exposés), consacré à la mémoire de la localité. Outre d’anciennes pierres tombales du XVIe au XXe siècle, on peut y admirer un cadran solaire de la fin du XVIIe siècle.
Lapidarium de Braine-Le-Château

La porte de l’ancien cimetière mène au lapidarium, espace consacré au temps et à la mémoire. ©Guy Focant

À l’abri des inondations

La ferme Binchefort, citée depuis 1587, est de nos jours appelée à juste titre « ferme rose ». Il s’agit d’un ensemble semi-clôturé, bâti sur un plan en U. À gauche du porche se trouve le logis, prolongé par les annexes. On y trouve des écuries (1777), une grange en long percée de trois oculi (1786) et un fournil de la même époque. Contrairement aux autres anciennes exploitations agricoles de la localité, la ferme rose n’a pas été érigée au bord de la rivière.

Cet emplacement lui a permis de se trouver à l’abri des inondations, fréquentes à cet endroit. Une grande partie de l’aile est a été transformée en restaurant dans les années 1990. En face du porche d’entrée de la ferme se trouve une petite chapelle, elle aussi érigée en briques recouvertes d’un enduit rose. Dressée en bordure du chemin, elle date de la seconde moitié du XVIIIe siècle.

Ferme rose braine-le-château
La ferme rose ou de Binchefort. ©Guy Focant

 

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