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Endroit insolite : la chapelle funéraire des seigneurs de Boussu

Vue de l’intérieur de la chapelle et de la galerie des femmes, qui contient des statues en bois polychrome. | © Vincent Rocher

Voyages

« Une visite à la chapelle de Boussu enlève l’imagination dans un autre âge et lui fait voir, comme des fantômes vivants, ces figures poétiques du passé. » (A. Debove, 1862)


Par Florence Pirard / Photos Vincent Rocher

Boussu est une commune de la province du Hainaut, localisée à une dizaine de kilomètres de Mons et à une quinzaine de la frontière française. Elle se situe dans la banlieue de la ville de Mons dite Borinage, une région réputée pour son ancien bassin minier.

La commune de Boussu est mentionnée dès le VIIe siècle. Un château fort y est édifié à la fin du Xe siècle. Important fief relevant du comté de Hainaut, il est successivement la propriété des familles de Mons, de Fontaine, de Hennin-Liétard et de Camaran. D’un château somptueux édifié en 1539 par Jacques Du Brœucq, où a séjourné Louis XIV en 1665, subsistent les ruines du châtelet détruit durant la Seconde Guerre mondiale.

 

Dans l’enclos de l’ancien cimetière, la chapelle funéraire des seigneurs de Boussu. ©Vincent Rocher

Classé depuis 1988, ce dernier est également inscrit sur la liste du patrimoine exceptionnel de Wallonie. Attestée dès le XIIe siècle, la chapelle romane de Boussu est remplacée, peu de temps après l’église paroissiale Saint-Géry qui la jouxte, par l’édifice gothique actuel, qui conserve néanmoins çà et là quelques traces du sanctuaire roman.

Adoptant la forme d’une croix grecque, la chapelle possède un transept dont les croisillons sont surmontés d’une galerie qui accueille un petit musée d’art religieux. La chapelle comporte une nef unique en pierre et en briques de la deuxième moitié du XVIe siècle. Sous une toiture d’ardoises, le chevet à trois pans est éclairé par deux fenêtres gothiques dont les vitraux détruits en 1944 ont été remplacés par des vitraux modernes. La porte Renaissance comprend des jambages en pierre et un linteau droit qui porte la devise « Gy seray Boussu ».

L’intérêt majeur de cette chapelle est qu’elle rassemble les mausolées de style Renaissance de différents seigneurs de Boussu, dont certains ont été des personnages influents ayant mené une brillante carrière militaire au service de l’Espagne. En raison de leur position sociale éminente, ces derniers furent les commanditaires de monuments funéraires tout à fait remarquables.

 

Vue intérieure et la dalle donnant accès à la crypte. ©Vincent Rocher

Jean de Hennin-Liétard († 1562) fut le premier comte de Boussu, capitaine général des armées de Charles Quint et chevalier de la Toison d’Or. Son mausolée en marbre, œuvre de Jacques Du Brœucq, est encadré de deux colonnes à chapiteau corinthien. Jean et son épouse, Anne de Bourgogne, entourés de leurs enfants, y sont représentés à genoux, en prière, devant un Christ en croix. Toutes les statues sont en albâtre, comme le gisant déplacé du XVIe siècle, également de Du Brœucq. Les hommes portent l’armure, sans épée ni éperons, ainsi que la cotte avec fraise, aux armes de Hennin-Liétard. Ils ont la tête et les mains nues. Derrière chacun d’eux est posé un heaume avec capeline et panache. Les épouses, qui tiennent également les mains jointes, sont revêtues de robes brodées et de grands manteaux. Situé à droite de l’entrée, le mausolée mesure 3 m de large et 3,17 m de haut.

 

Le mémorial de Thierry de Hennin-Liétard (1406-1430).  ©Vincent Rocher

Maximilien Ier de Hennin-Liétard († 1578) était amiral et gouverneur de Hollande, tandis que son fils Pierre († 1598) était général d’artillerie. Les statues en pierre blanche d’Avesnes représentant ces personnages, accompagnés de leurs épouses, sont disposées sur une table supportée par trois caryatides. Les deux seigneurs sont placés devant deux panneaux avec cartouche et épitaphe encadrant une Vierge à l’Enfant. Un entablement porte les quartiers de noblesse de Pierre.

Maximilien II de Hennin-Liétard († 1625), chevalier de la Toison d’Or, était maître d’hôtel des archiducs Albert et Isabelle. La statue en pierre d’Avesnes de ce personnage et celle de son épouse sont installées sur le maître-autel. Représentés tous deux à genoux et les mains jointes, Maximilien et son épouse Alexandrine-Françoise de Gavre vénèrent une belle Vierge à l’Enfant.

L’homme à moulons. L’œuvre la plus remarquable de cette chapelle est certainement l’homme à moulons – les « moulons », en patois local, sont les vers qui dévorent les chairs putréfiées –, ce splendide transi en pierre blanche d’Avesnes qui, depuis toujours, a frappé l’imagination des visiteurs de cette magnifique chapelle. Datée du premier quart du XVIe siècle, la sculpture représente un cadavre en état de putréfaction rongé par les vers.

 

L’homme à moulons, un transi en pierre blanche d’Avesnes du début du XVIe siècle. ©Vincent Rocher

Sur son corps, en grande partie décharné, voyagent d’étranges et repoussant animaux, courts ou fusiformes, aplatis ou flasques, ressemblant à de petits serpents ou à des sangsues. Le cadavre repose sur une natte dont l’une des extrémités, enroulée, sert de support à la nuque. Il mesure 1,76 m. L’usure des dents et un bourrelet d’arthrose à la base de la colonne permettent d’évaluer son âge à environ 45-50 ans, ce qui, pour l’époque, en fait un vieillard.

La crypte. Située au centre de la chapelle, l’entrée de la crypte est recouverte d’une lourde dalle de pierre sur laquelle est ajustée une lame de cuivre reprenant les épitaphes de seigneurs de Boussu depuis 1452. À la suite d’un aménagement réalisé par Eugène Van Hasselt en 1885, la crypte est divisée en deux caveaux superposés.

Dans le caveau inférieur sont déposés trente défunts, répertoriés sur une dalle de marbre blanc. Dans le caveau supérieur repose seul le cercueil de Félix-Alphonse-Victor Riquet de Caraman, décédé en 1884. Après cette date, aucune autre inhumation n’a eu lieu dans la chapelle.

Un musée d’art religieux

©Vincent Rocher

À l’étage, les deux transepts voûtés abritent chacun une galerie : au nord, la galerie dite des femmes, au sud, celle des hommes ! Celles-ci permettaient au seigneur et à son épouse d’assister séparément aux offices sans être en contact avec d’autres fidèles. Aujourd’hui, elles accueillent un petit musée d’art religieux : des statues en bois polychrome du XIIe au XVIIIe siècle, des fragments de la chaire de vérité, des lutrins, canons d’autel, chandeliers et de nombreux calices, reliquaires, ciboires, ostensoirs, baisers de paix, encensoirs et autres chasubles. Les objets présentés viennent pour la plupart de la paroisse Saint-Géry de Boussu et de la paroisse Saint-Martin d’Hornu.

À l’étage, la galerie des hommes accueille le petit musée.

Pour en savoir plus

Le Carnet no 43 de la collection des Carnets du patrimoine est entièrement consacré à la chapelle funéraire des seigneurs de Boussu. Si vous souhaitez acquérir cette publication, n’hésitez pas à contacter le 081 23 07 03 ou publication@awap.be. Si vous le commandez auprès de l’Agence wallonne du patrimoine avant le 10 juin 2022, vous pourrez bénéficier d’une remise de 50 % sur le Carnet no 48,
« Le Château de Boussu », soit 12 euros pour les deux carnets. N’hésitez pas à profiter de cette opportunité avec le code « promo Boussu ».
Marcel Capouillez,
« La Chapelle funéraire des seigneurs de Boussu », Namur, Institut du patrimoine wallon, 2006, 32 pages.

Organisez votre visite

La chapelle funéraire des seigneurs de Boussu est ouverte tous les dimanches de 10 h à 12 h du 1er mai au 30 septembre. Possibilité de visites guidées tous les jours, sur réservation pour les groupes.

INFOS

Rue Léon Figue, 7300 Boussu
+32 (0)65 77 82 65 ou +32 (0)475 84 40 07
info@chateaudeboussu.be
Tarif individuel : 2 euros/adulte. Gratuit pour les enfants de moins de 12 ans accompagnés. Tarif groupe : visite guidée (25-30 personnes maximum) : droit d’entrée + forfait de 30 euros. Visite guidée pour les groupes scolaires (25 élèves maximum) : droit d’entrée (gratuit pour les moins de 12 ans et leurs accompagnateurs) + forfait de 30 euros.

 

©Vincent Rocher

 

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