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Nismes : un bijou d’architecture et de nature dans la vallée de l’Eau noire

La maison des baillis et les ruines de l’église Saint-Lambert. | © Vincent Rocher

Voyages

Aux confins de la Basse Fagne et de la Thiérache ardennaise, ce village est bâti dans la vallée de l’Eau noire et entouré de collines et plateaux calcaires. Ses curiosités naturelles présentent un intérêt touristique et scientifique exceptionnel.

 

Par Florence Pirard / Photos Guy Focant et Vincent Rocher

Nismes est un village de l’entité de Viroinval, dans la province de Namur. Il abrite depuis 1977 le centre administratif de la commune, dans le château Licot. Cette ancienne cense du Maugré comprenait également des forges et des fourneaux. De 1864 à 1890, d’importantes transformations furent réalisées par Auguste Licot, cofondateur des usines La Providence. En 1923, le domaine fut racheté par la commune, et restauré en 1964. De l’état ancien ne subsistent qu’au sud-ouest une portion de mur du XVIIIe siècle et, devant l’entrée, une pierre datée « Anno 1736 ».

Le village, bâti principalement en calcaire, fait très tôt partie du domaine de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Il est ensuite cédé au roi de France et intégré en 996 au comté de Hainaut. Jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, Nismes dépendra de la châtellenie de Couvin, inféodée à la principauté de Liège. L’économie de la localité reposait pour une bonne part sur le bois. Jusqu’à la première partie du XXe siècle, on y rencontrait des sabotiers, des fabricants de charbon de bois et des préparateurs d’écorces pour la tannerie. L’industrie du fer y était aussi particulièrement importante, puisque l’existence de plusieurs forges est attestée depuis 1451.

 

Nismes - Viroinval - Chateau Licot
Le château Licot vu du ciel. ©Vincent Rocher

Outre les sites naturels classés, le village comprend plusieurs édifices classés comme monuments.

La chapelle Saint-Roch. Invoqué contre la peste, saint Roch est très populaire dans la région. Un cimetière réservé aux pestiférés se trouvait autrefois à l’écart du village de Nismes. C’est au sein de ce complexe funéraire qu’a été érigée la chapelle en 1626. Si le sanctuaire se compose dès l’origine d’une courte nef de deux travées et d’un chœur à trois pans, le vaisseau a été légèrement allongé au XIXe siècle par l’ajout d’une façade et d’une petite tour. À l’intérieur est conservé un autel en bois peint d’esprit Renaissance, consacré en 1630. Il est orné d’une toile représentant l’Assomption, probablement de la même époque, et d’un tabernacle de style Régence-Louis XV. La chapelle abrite également un beau Christ populaire, du XIIIe ou du XIVe siècle, et des bancs du XVIIe siècle. Contre le chœur a été encastrée la dalle funéraire de Gille Francque, décédé en 1627. La chapelle est classée comme monument depuis 1979.

La chapelle Saint-Joseph. Située à l’ombre d’un vieux tilleul et classée comme monument depuis 1979, elle a été bâtie à la fin du XVIIe siècle. Le village de Nismes faisait à l’époque partie de la châtellenie de Couvin, territoire compris dans la principauté de Liège et géré par un prévôt, qui résidait à Couvin. À Nismes, un autre agent du prince, le receveur, était chargé de collecter les impôts. La chapelle conserve un tabernacle en bois polychromé, de style baroque, contemporain de son édification.

Les baillis. Ils avaient leur résidence à Nismes, sur les hauteurs du village, sur un emplacement appelé pont d’Avignon. L’ancien château ayant été détruit en 1554 lors des guerres menées par Charles Quint contre le roi de France Henri II, les baillis suivants s’installent au pied de la butte, dans une imposante maison toujours visible. Après la destruction du complexe castral, le site est occupé par une église paroissiale, dédiée à saint Lambert, et par son cimetière fortifié. Désaffectée en 1845, l’église est démolie en 1890.

Aujourd’hui, il ne reste que des ruines de ces deux édifices, témoins du passé de Nismes. Celles-ci sont classées comme monument depuis 1936. Des fouilles archéologiques ont permis de situer la construction du sanctuaire aux XVIe et XVIIe siècles. Les nefs sont encore visibles, grâce à la présence de quelques colonnes toscanes toujours debout, et d’importants pans de mur du chevet ont également été conservés. Suite à la destruction du complexe castral, les baillis s’installent dans un nouveau bâtiment, la maison des baillis, au pied du château et de l’ancienne église.

 

Nismes et Viroinval, le moulin de Nismes
Le moulin de Nismes revit grâce à sa roue à aubes, qui produit de l’électricité pour les bâtiments publics. ©Vincent Rocher

Cet imposant édifice prend la forme d’un haut quadrilatère en pierre bleue et brique, bâti vers la fin du XVIe siècle ou au début du XVIIe siècle, sur les bases d’un noyau plus ancien. La maison des baillis s’élève sur deux niveaux et est ouverte sur l’arrière par trois travées de baies. La longue façade située le long de la rue a été remaniée au XVIIIe siècle par le percement de nouvelles fenêtres et l’ajout de lucarnes dans la toiture. L’ensemble a été restauré à partir de 2001 dans le but d’y installer les maisons de l’urbanisme et du parc naturel Viroin-Hermeton, ainsi que, depuis 2012, les services de l’office du tourisme. La maison des baillis est classée comme monument depuis 1976.

Le château Bivort. Certaines étapes de construction peuvent être rattachées à Jeanne-Thérèse Baillet, qui épousa Nicolas Gaye en 1680, puis à son gendre Michel Dehalle, maître de forges et ardoisier. L’édifice passa ensuite dans la famille Bivort en 1771. Cet ensemble en moellons, construit entre les XVIe et XVIIIe siècles, prend l’allure d’un manoir classique, notamment par ses deux ailes, disposées en U.

 

A Nismes - Viroinval, la maison La Saudée
 Le château Bivort. ©Vincent_Rocher

Magique et impressionnant

Ce site naturel au nom insolite constitue une des bizarreries géographiques présentes en Wallonie. Le Fondry des Chiens est typique de la Calestienne, une région naturelle constituée de roches calcaires d’âge dévonien (environ 375 millions d’années avant notre ère) qui forment une bande de 3 à 5 km de large entre l’Ardenne et la Famenne.

Cette zone présente une grande quantité de phénomènes karstiques dont un nombre important de gouffres, nommés fondrys car on y aurait extrait du minerai de fer. Parmi les paysages nés de cette formation géologique se trouve le Fondry des Chiens. On y trouve des cavités aux parois très raides et parfois profondes de quelques dizaines de mètres qui percent la surface rocheuse des plateaux de la région de Nismes. Elles sont localement appelées abannets. Selon les historiens, ce terme viendrait du verbe bannir, à éviter, en raison du danger qu’ils présentaient pour les troupeaux. Le Fondry des Chiens en est l’exemple le plus impressionnant avec sa profondeur de 20 m.

 

Nismes - Viroinval : le fondry des chiens
Le Fondry des Chiens. ©Guy Focant

Il est également le plus visité. Selon la légende locale, des cadavres d’animaux – entre autres des chiens – étaient jetés autrefois dans le trou béant, d’où l’appellation du site. Les gouffres très anciens (appelés paléo-gouffres par les géologues) se sont formés dès la fin de l’ère primaire par la dissolution des roches sous l’action d’eaux acides en provenance de l’Ardenne, à l’occasion d’un changement de climat, devenu plus chaud et plus humide.

L’endroit, protégé, est devenu le refuge d’espèces animales et végétales liées à la singularité morphologique du lieu, qui présente dès lors une grande importance au point de vue biologique. Intégré dans le réseau européen des réserves biogénétiques et dans le réseau Natura 2000, le Fondry des Chiens est entouré d’une pelouse calcicole d’intérêt majeur. La végétation qui s’y développe est adaptée à un ensoleillement important et à un sol peu épais. On y retrouve des espèces qui ne sont présentes en Wallonie que dans la vallée du Viroin, comme le lin à feuilles étroites, ainsi que plusieurs espèces d’orchidées. Cette flore abondante et spécifique permet à plusieurs insectes d’élire domicile sur le site : criquets, sauterelles et grillons y voisinent avec d’autres espèces, comme le lézard des murailles, et de nombreux oiseaux.

Promenade dans les sites naturels

Plusieurs promenades permettent la découverte de sites remarquables. Les abannets, de larges cavités disséminées à la surface des plateaux calcaires, sont particulièrement nombreux sur le territoire de Nismes, notamment sur le plateau du même nom. Les plus grands sont appelés fondrys, et les plus spectaculaires sont le Fondry des Chiens, de forme allongée, et le Matricolo, vaste dépression conique.
Le Mousty est un tienne calcaire, boisé de pins et de taillis, qui domine le village
à l’ouest. Au pied de cette colline, une partie de l’Eau noire, qui s’est engouffrée à Petigny en creusant les grottes de Neptune, revient au jour non loin de la maison des baillis. À l’ouest du village,
le chemin qui contourne le cimetière conduit au Matricolo. Cet abannet fut jusqu’à la fin du XIXe siècle un site d’exploitation du minerai de fer. L’éperon rocheux de la Roche trouée comporte, quant à lui, plusieurs sites archéologiques. À la limite des territoires de Nismes, Olloy et Dourbes, la Roche aux faucons, pic de 60 m de hauteur, observe le Viroin.

Organisez votre visite

Le parc naturel Viroin-Hermeton s’étend sur les communes de Viroinval, Philippeville et Couvin, sur une superficie de plus de 48 000 ha. Il présente une riche variété de reliefs, de paysages, de faune et de flore. Découvrez ce prestigieux patrimoine en parcourant les très nombreux kilomètres de sentiers balisés, truffés de musées et de sites remarquables. Archéologie, histoire, architecture, folklore régional et bien entendu nature vous surprendront à chaque détour ! Des visites guidées du parc naturel sont organisées durant l’été. De très nombreuses balades, pédestres et cyclistes, ont été balisées par l’office du tourisme de Viroinval.

INFOS
Maison du parc naturel
Rue d’Avignon 1 à 5670 Nismes
060 39 17 90 – secretariat@pnvh.bewww.pnvh.be
Office du tourisme de Viroinval
Rue Vieille Église 5 à 5670 Nismes
060 31 16 35 – tourisme.viroinval@skynet.be www.viroinval.be

 

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