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Trésors wallons : Le château de Faing, magnifique exemple de réhabilitation

A la découverte du château de Faing en province de Luxembourg.

Le château est encadré de quatre tours rondes. | © Guy Focant

Voyages

Notre découverte patrimoniale vous emmène cette semaine au sud de la province du Luxembourg, dans la commune gaumaise de Chiny, traversée par la Semois et présentant un charme bucolique.

 


Par Frédéric Marchesani / Photos Guy Focant

À proximité de la rivière, au cœur du village de Jamoigne, se dresse un imposant château néogothique de la fin du XIXe siècle. Il porte le nom de l’ancienne seigneurie du Faing, dénommée ainsi car elle a été bâtie sur un terrain fangeux. Il s’agit en réalité du quatrième château qu’a connu la localité.

La première demeure seigneuriale, qui remonterait à l’époque carolingienne (IXe siècle), était probablement sise sur une butte, à l’emplacement de l’actuelle église. C’est aux XIIe et XIIIe siècles, époque qui voit la véritable naissance de Jamoigne avec une augmentation notable de la population et la construction de l’église, que le deuxième château a été construit sur le site actuel.

Les seigneurs du Faing sont alors très puissants : Hugues du Faing est nommé général des armées de Charles le Téméraire en 1473, puis gouverneur du duché de Luxembourg. Son fils aîné, Henri du Faing, accueille en 1539 en sa demeure le célèbre Nostradamus, qui séjourna un temps à Orval.

 

Les armoiries du comte Fernand de Loen d’Enschedé apparaissent au-dessus de l’entrée. ©Guy Focant

Pris et rasé en 1558, le château est reconstruit et embelli par Gilles du Faing au début du XVIIe siècle. Gilles est la personnalité marquante de sa lignée : conseiller puis ambassadeur auprès des archiducs Albert et Isabelle, gouverneurs des Pays-Bas espagnols, il tente d’asseoir la noblesse de ses origines et obtient du roi d’Espagne le titre de baron en 1623.

Ses petit-fils Charles-Philippe et Alexandre-Georges se transmettent le bien mais, à la mort de ce dernier sans descendance en 1709, la seigneurie est mise en engagère. Après plusieurs changements de propriétaire, le château est racheté en 1872 par le comte Fernand de Loen d’Enschedé, déjà connu dans la région pour avoir acquis le domaine d’Orval et être devenu bourgmestre puis sénateur. Le comte entreprend de transformer radicalement les lieux : il engage l’architecte gantois Pieter Van Kerkhoven et fait raser l’ancien édifice pour en reconstruire un nouveau, de style néogothique. Toutefois, en raison de problèmes financiers, le chantier est arrêté et le domaine revendu. Les nouveaux propriétaires achèvent les travaux.

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Le château, large, ample et élégant, est un témoin majeur de l’architecture néogothique dans nos régions. Alimenté par le romantisme et le nationalisme des États naissants au XIXe siècle, ce style trouve dans le gothique du Moyen Âge un signe de ralliement et d’identité. La révolution industrielle, qui amène une production en masse et une généralisation des matériaux de construction, facilite l’essor du néogothique, qui s’affiche dès lors avec une profusion variable et un grand déploiement de moyens.

 

Le corbeau, emblème du bâtisseur du château, se trouve sur chacun des carreaux du pavement du hall d’entrée. ©Guy Focant

Le château du Faing est indéniablement un représentant de choix de cette architecture dont il présente une version aussi étudiée qu’épurée. Constitué de trois ailes disposées en U, il possède quatre tours d’angle circulaires, dont celle au sud-est qui se distingue par sa taille, son clocheton et son ornementation. Trois couleurs prédominent : l’ocre des façades enduites à la chaux, le gris clair de la pierre (haut soubassement, bandeaux horizontaux, encadrement et meneaux des baies… ainsi que la peinture des menuiseries, choisie en harmonie) et le bleu des ardoises sur des toitures particulièrement soignées (jeu sur la forme et la disposition des ardoises pour créer des motifs), restaurées à l’identique. L’or des épis de faîtage et girouettes donne une touche finale à l’ensemble. Les éléments décoratifs relèvent du vocabulaire néogothique : pignons à redents d’influence flamande, emploi de l’arc brisé, baies hautes et étroites ornées d’un trèfle trilobé, échauguette…

À l’intérieur également, le style néogothique est présent : plafonds massifs et lambris de chêne aux motifs trilobés ou en plis de serviette dans les salles classées, imposantes cheminées d’apparat en pierre de taille décorées de blasons… Les armoiries du comte et des familles apparentées sont en effet omniprésentes dans le château, et plus particulièrement sur le carrelage, avec un corbeau noir issu de ses armes personnelles.

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Les monumentales cheminées sont ornées d’un élégant décor néogothique. ©Guy Focant

Au XXe siècle, le château passe successivement des Sœurs de la Charité de Besançon à une association puis, en 1975, à la commune de Chiny. Il accueille alors notamment une maison de repos. Le château du Faing a été classé comme monument (façades, toitures, hall, bureau, deux salons, portail, vestiges du mur d’enceinte, charpente de la grange) et comme site (allées de marronniers, cour du château, prairies environnantes), avec l’établissement d’une zone de protection le 18 février 1997.

Inoccupé à partir de 2001, le monument se dégrade peu à peu, avant que ne soit élaboré un projet de réaffectation. Le château a alors bénéficié d’un important chantier de restauration en deux lots, mené entre mars 2010 et juillet 2012. La première phase s’est essentiellement attachée à l’extérieur de l’édifice, malmené par les infiltrations d’eau et souffrant de problèmes de stabilité. Les toitures ont été entièrement restaurées : interventions lourdes mais localisées sur les charpentes, remplacement des ardoises selon les techniques et les dessins d’origine, consolidation et restauration des boiseries des lucarnes, restauration des épis et girouettes. Certains éléments ont été démontés pour être réparés tandis que d’autres ont été refaits à l’identique. L’édifice a retrouvé un enduit clair et lumineux qui lui donne une belle harmonie. À l’intérieur, un maximum d’éléments d’origine ont été laissé en place, y compris les lourds chauffages en fonte peinte et les très élégantes portes.

Grâce à des subsides régionaux, le château du Faing a été réhabilité en maison des administrations locales (mairie dans deux ailes, centre public d’action social dans la troisième). D’anciennes dépendances accueillent sur le site la bibliothèque communale, la maison des artistes, l’agence locale pour l’emploi et la police. Fleuron de la commune, le lieu est ainsi devenu un véritable exemple de restauration et de réaffectation patrimoniale.

 

 Le bois, des plafonds aux lambris des murs, est omniprésent dans le château. ©Guy Focant

Infos

Réaffecté pour les besoins de l’administration, le château se visite uniquement sur réservation, en contactant le syndicat d’initiative de Jamoigne au +32 (0)61 32 02 72.

Devoir de mémoire

En 1914, pour faire face aux conséquences de la terrible bataille de Rossignol, le château est transformé en infirmerie de guerre. Situé dans le commune voisine de Tintigny, le village a en effet été le théâtre d’importants combats le 22 août 1914. Ils ont fait 12 000 victimes (morts, blessés ou prisonniers) dans le camp des alliés.

Le château du Faing est également connu pour avoir servi de refuge, entre 1943 et 1945, à 87 enfants juifs, leur permettant ainsi d’échapper à la déportation. Ils se sont mêlés, sous de faux noms, aux jeunes pensionnaires du home Reine Élisabeth. En 1998, neuf anciens membres du personnel ont été honorés par l’État d’Israël et la fondation Yad Vashem en devenant Justes parmi les Nations. Au château, la province du Luxembourg a également souhaité leur rendre hommage. Une haute sculpture de Marie-Paule Harr, représentant un arbre de vie et évoquant cet épisode, est installée dans le parc.

 

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