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Les sites miniers de Wallonie : 10 ans de patrimone mondial

Le site de Blegny-Mine | © Guy Focant

Voyages

Le 1er juillet 2012, quatre sites miniers majeurs de Wallonie étaient ajoutés à la liste du patrimoine mondial. On célèbre cette année le dixième anniversaire de cette prestigieuse reconnaissance.

 

Par Florence Pirard / Photos Guy Focant et Vincent Rocher

Représentant toute la diversité et la richesse de ce patrimoine wallon, ces quatre « sites miniers » forment un bien unique aux yeux de l’Unesco. L’appellation s’est imposée car leurs composantes tant techniques qu’architecturales, sociales, paysagères ou urbanistiques constituent bien plus qu’un charbonnage au sens strict du terme.

Témoignant d’un « échange d’influences considérable pendant une période donnée ou dans une aire culturelle déterminée, sur le développement de l’architecture ou de la technologie, des arts monumentaux, de la planification des villes ou de la création de paysages », ils offrent « un exemple éminent d’un type de construction ou d’ensemble architectural ou technologique ou de paysage illustrant une ou des périodes significative(s) de l’histoire humaine ».

L’inscription sur la liste du patrimoine mondial est une reconnaissance exceptionnelle. Cette carte de visite est garante d’une crédibilité supplémentaire et d’une attention accrue de la part des interlocuteurs.

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Quatre sites miniers à l’honneur

Les galeries de Blegny-Mine, les seules accessibles aux visiteurs ©Guy Focant

Le charbonnage de Blegny-Trembleur. Située au nord-est du bassin houiller liégeois, Blegny-Mine est la dénomination actuelle du charbonnage d’Argenteau-Trembleur. L’exploitation débute vers 1550 sous l’impulsion des moines de l’abbaye du Val-Dieu, située à quelques kilomètres de là. Dès 1976, la Province de Liège, soucieuse de perpétuer le souvenir de cette activité séculaire, prend la décision de conserver ce dernier charbonnage en activité en Wallonie et en fait l’acquisition après sa fermeture, en 1980.

Le site a la particularité de présenter en un seul lieu deux ensembles miniers d’époques différentes. Le premier est le puits Marie. Représentatif d’une exploitation minière familiale de la deuxième moitié du XIXe siècle, il possède un châssis à molettes métallique intégré dans la structure du bâtiment principal. Celui-ci abrite également la machine d’extraction, en provenance du charbonnage voisin de Cheratte et installée en 1883. Initialement mue à la vapeur, elle fut transformée au XXe siècle pour être actionnée par deux moteurs électriques. Le puits Marie héberge également des équipements typiques d’un charbonnage, notamment deux ventilateurs, une lampisterie, trois salles de compresseurs, une salle de douches, une sous-station électrique et des bassins à schlamm à l’extérieur. Un musée technique illustrant toute l’évolution de l’exploitation de la houille y est installé.

Le deuxième ensemble est constitué par le puits no 1, ses galeries souterraines, sa tour d’extraction avec machine au sommet, son triage-lavoir et son installation de mise à terril des stériles. Le puits no 1 permet la descente dans les galeries souterraines. La tour d’extraction en béton, située à l’aplomb du puits, est équipée de sa machine d’origine, qui actionne une poulie reliant les deux cages. Le triage-­lavoir date de 1948 : ce bâtiment à ossature métallique remplie de briques, relativement complet, est partiellement accessible aux visiteurs. Le portique et les grilles d’entrée du charbonnage sont également préservés, ainsi que le bâtiment à usage de bascule, le triage manuel utilisé pendant la Seconde Guerre mondiale, l’atelier équipé pour la préparation des bois de mine et le bâtiment construit pour l’entretien des vêtements des ouvriers.

Le Grand-Hornu à Boussu (Hornu). Érigé entre 1810 et 1830 par Henri Degorge, négociant lillois, ce témoin remarquable de la Révolution industrielle, conçu par les architectes François Obin de Lille et les Belges Pierre Cardona et Bruno Renard, constitue un ensemble exceptionnel, première grande manifestation architecturale et urbaine de cette période de bouleversements économiques.

Le site du Grand-Hornu est avant-gardiste par l’adaptation à une fonction industrielle du style néoclassique, noble, et par l’organisation de l’espace qui allie infrastructures minières et habitat privé des patrons et des ouvriers. Ainsi, les bâtiments miniers s’organisent autour d’une grande cour ovale de 140 m sur 80 m. Les bureaux de la direction, situés au sud, sont couplés au grand atelier de construction des machines et aux deux ailes basses en demi-cercle qui abritaient des magasins (huile, fer, bois…) et des ateliers (scierie, charpenterie, vannerie…). Cette partie est la plus ancienne du site.

 

La cour carrée du Grand-Hornu. ©Guy Focant

Dans les bâtiments qui entourent la cour occidentale, dite basse-cour, prennent place d’autres magasins et bureaux, ainsi que les écuries. Au nord de la grande cour se trouvaient deux ateliers aujourd’hui disparus, la chaudronnerie et la fonderie. Les matériaux utilisés sont la brique rouge, la pierre et l’ardoise.

Cet ensemble est entouré d’une véritable cité. Ainsi, 400 maisons, sont disposées de part et d’autre d’artères rectilignes ; elles comprennent un séjour, une cuisine et une chambre au rez-de-chaussée, trois chambres à l’étage, une cave voûtée et un petit jardin à l’arrière. Le site comportait également une école, un établissement de bains, une salle de danse et une bibliothèque. À côté de réelles préoccupations sociales, Henri Degorge voulait également contrôler en permanence la vie des ouvriers…

Devenu l’un des premiers charbonnages belges, le Grand-Hornu cesse ses activités en 1954. Après une phase d’abandon, le site est restauré à partir de 1971 par l’architecte Henri Guchez. En 1989, l’ensemble est acquis par la Province du Hainaut, qui poursuit les travaux de réhabilitation mais avec des interventions contemporaines. Des œuvres d’art, telles que les monumentales portes de bronze de Félix Roulin ou la fontaine de Pol Bury, sont également intégrées à l’ensemble. Enfin, le site accueille également le Musée des arts contemporains de la Communauté française de Belgique (MAC’s).

Le Bois du Cazier à Marcinelle (Charleroi). Le site du Bois du Cazier, témoin du passé industriel du sud de la Belgique, est situé à quelques kilomètres de Charleroi. Suivant sa devise « Le passé, présent pour le futur », le charbonnage de Marcinelle assure le lien entre anciens et plus jeunes.

Le Bois du Cazier voit le jour en 1822 grâce au roi des Pays-Bas, Guillaume Ier, qui accorde la première autorisation d’exploiter le charbon. Vers 1860, le puits Saint-Ernest atteint une profondeur de 245 m. En 1862, la découverte d’une veine importante nécessite l’implantation d’un nouveau siège, le puits Saint-Charles, opérationnel en 1868. Vers 1875, en raison de la qualité du charbon, un puits supplémentaire est creusé.

 

Le site du Bois du Cazier. ©Guy Focant

Le site devient tristement célèbre à la suite du terrible drame qui s’y déroule le 8 août 1956. Un important incendie éclate au fond du puits Saint-Charles, enlevant la vie à 262 mineurs de douze nationalités différentes. Cet événement marque l’arrêt de l’immigration italienne vers la Belgique et débouche sur une réglementation plus stricte de la sécurité du travail. L’extraction se poursuit néanmoins jusqu’en décembre 1967.

Laissé ensuite à l’abandon, le site se dégrade peu à peu. Mais en 1986, à l’occasion du trentième anniversaire de la catastrophe, une forte mobilisation en faveur de la sauvegarde du site conduit à son classement en raison de son importance historique et sociale. Propriété de la Région wallonne, il accueille désormais plusieurs musées : l’Espace 8 août 1956, le Musée de l’industrie, les Ateliers et le Musée du verre de Charleroi.

Le Bois du Cazier est rythmé par trois ensembles parallèles couronnés par deux châssis à molettes, admirablement restaurés. Les bâtiments sont les témoins de l’architecture industrielle d’inspiration néoclassique. À l’avant du site, les trois façades des bâtiments, couronnées par des frontons arrondis, alternent la brique et la pierre. Les édifices abritent diverses fonctions et machineries comme la lampisterie, les machines d’extraction électrifiées, les compresseurs, les ventilateurs, les vestiaires, la salle des pendus…

Les installations de surface forment le carreau de la mine, logé dans un écrin de verdure de 26 ha, ceinturé de trois terrils et aménagé en parc semi-­naturel. Une drève de la mémoire est plantée de douze essences d’arbres provenant des pays des victimes de la tragédie de 1956.

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Les Carrés du Bois-du-Luc à Houdeng-­Aimeries (La Louvière). Constituée en 1685, la Société du grand conduit et du charbonnage d’Houdeng est un des exemples les plus lointains de structure capitaliste. L’utilisation de conduits en bois à une trentaine de mètres de profondeur permet de multiplier les fosses. Dès 1779, celle du Petit-Bois est équipée d’une machine à vapeur pour pomper l’eau à 112 m de profondeur.

Au début du XIXe siècle, de nouveaux sièges sont créés, comme la fosse Saint-­Emmanuel. Pour assurer une professionnalisation de la main-d’œuvre et l’attacher au charbonnage, la direction fusionne les lieux de production et les lieux de vie. Elle entreprend ainsi de 1838 à 1853 la construction d’une cité, les Carrés, qui reprend l’idée du complexe urbanistique au service de l’industrie fondé par Henri Degorge au Grand-Hornu : 162 maisons ouvrières, d’une longueur de 8 à 9 m, sont ainsi construites. Les corons affectent la forme d’un trapèze divisé en quatre parties par deux axes perpendiculaires.

Bois-du-Luc ©Guy Focant

À l’intérieur de chaque carré, l’espace laissé libre est divisé en jardins. La direction équipe également la cité de services qui assurent à la fois le bien-être et la docilité des ouvriers : épicerie, moulin, brasserie, boucherie, café, écoles et bibliothèques, hospice (1861), parc et kiosque (1900), église Sainte-Barbe (1905), hôpital (1909), salle des fêtes (1923). Un arsenal de services (éclairage électrique, distribution de l’eau, mutualité, caisse d’épargne…) complète l’œuvre urbanistique.

Les lieux du travail de surface (bureau du directeur et des employés, ateliers) et du travail de fond sont cantonnés à la fosse Saint-Emmanuel. Plusieurs terrils ceinturent le site et son châssis à molettes (1913) est intégré dans le puits d’extraction. La cité, les deux puits, les bureaux et les ateliers sont de style néoclassique, avec quelques touches néomédiévales. En 1959, la fosse Saint-Emmanuel est fermée et la Société du Bois-du-Luc cesse ses activités en 1973. Grâce aux efforts de sensibilisation menés par le Cercle hennuyer d’histoire et d’archéologie industrielles, la partie industrielle est restaurée. Un écomusée assure désormais une valorisation du site minier et, plus largement, de la mémoire industrielle, avec la participation de la population locale.

 

Vue intérieure du Bois-du-Luc. ©Guy Focant

Organisez votre visite

Les quatre sites miniers offrent de multiples possibilités de visites durant les deux mois d’été. Toutes les informations sont accessibles via les sites internet ou par téléphone.
Blegny-Mine
Rue Lambert Marlet 23 à 4670 Blegny
+32 (0)4 387 43 33 – www.blegnymine.be

Le Grand-Hornu
Rue Sainte-Louise 82 à 7301 Hornu
+32 (0)6 561 39 02 – www.cid-grand-hornu.be

Le Bois du Cazier
Rue du Cazier 80 à 6001 Marcinelle
+32 (0)71 88 08 56 – www.leboisducazier.be

Le Bois-du-Luc
Rue Saint-Patrice 2b à 7110 La Louvière
+32 (0)64 28 20 00 – www.mmdd.be

Festivités

À l’occasion du dixième anniversaire de l’inscription des sites miniers sur la liste du patrimoine mondial, de nombreuses activités sont organisées jusqu’au 31 décembre 2022 : expositions, animations, ateliers, publications, inaugurations, musique, fêtes traditionnelles, colloque…

INFOS
www.awap.be

Le patrimoine Unesco en Belgique

Le patrimoine est l’héritage du passé dont nous profitons aujourd’hui et que nous transmettons aux générations à venir. L’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) encourage à travers le monde l’identification, la protection et la préservation du patrimoine culturel et naturel considéré comme ayant une valeur exceptionnelle pour l’humanité.

Il fait l’objet d’un traité international intitulé « Convention concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel », adopté en 1972. Ce qui rend exceptionnel le concept de patrimoine mondial est son application universelle : les sites du patrimoine mondial appartiennent à tous les peuples du monde, sans tenir compte du territoire sur lequel ils sont situés. Pour figurer sur la liste du patrimoine mondial, les sites doivent avoir une valeur exceptionnelle et satisfaire à au moins un des dix critères de sélection.

La Belgique comprend quatorze biens culturels et un bien naturel :
Les beffrois de Belgique et de France (1999, 2005)
Les béguinages flamands (1998)
La cathédrale Notre-Dame de Tournai (2000)
Les colonies de bienfaisance (2021)
Le complexe maison-ateliers-musée Plantin-Moretus (2005)
Les habitations majeures de l’architecte Victor Horta (Bruxelles) (2000)
L’œuvre architecturale de Le Corbusier, une contribution exceptionnelle au Mouvement Moderne (2016)
La Grand-Place de Bruxelles (1998)
Le centre historique de Bruges (2000)
Les grandes villes d’eaux d’Europe (2021)
Les quatre ascenseurs du canal du Centre et leur site, La Louvière et Le Roeulx (Hainaut) (1998)
Les linières néolithiques de silex de Spiennes (Mons) (2000)
Le palais Stoclet (2009)
Les sites miniers majeurs de Wallonie (2012)
Les forêts primaires et anciennes de hêtres des Carpates et d’autres régions d’Europe (2007, 2011, 2017, 2021)

 

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