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Trésors wallons : La maison Losseau à Mons magnifie l’art nouveau

La maison losseau à Mons

A droite, la façade néoclassique de la maison Losseau. | © Guy Focant et Vincent Rocher

Voyages

Lorsqu’on songe à l’Art nouveau en Belgique, on pense aussitôt à Bruxelles et Victor Horta. Mais la Wallonie possède aussi quelques petits bijoux architecturaux.

 

Par Florence Pirard / Photos Guy Focant et Vincent Rocher

La fin du XIXe siècle est synonyme de grands bouleversements dans les domaines économiques, industriels et sociaux, mais aussi artistiques. En effet, dans sa dernière décennie, un mouvement artistique apparaît de manière assez subite : l’Art nouveau. Une grande partie de l’Europe est touchée par ce mouvement.

se développe de manière spectaculaire en architecture, l’Art nouveau se présente avant tout comme un art total, touchant une grande palette d’expressions : ameublement, sculpture, tentures, papiers peints, bibelots en céramique ou en verre, argenterie, joaillerie, graphisme, affiches… L’artisan d’art et le décorateur participent à l’ornementation jusque dans les moindres détails.

Située à quelques pas de la Grand-Place de Mons, la maison Losseau est un hôtel privé du XVIIIe siècle réaménagé au début du siècle dernier. Lors des travaux, réalisés sous la houlette de Léon Losseau (1869-1949) et de son architecte bruxellois Paul Saintenoy (1862-1952), le bâtiment entre cour et jardin est transformé. Son passage cocher est modifié en un long vestibule, tandis que la cour intérieure est couverte d’un lanterneau vitré pour devenir un hall à part entière. La salle à manger est, elle, dotée d’une vaste véranda tournée vers le jardin.

Le grand salon. ©Guy FocantAu-delà de ces travaux de gros œuvre, la décoration de la maison est repensée en mettant en valeur un vocabulaire moderne, en rupture avec les styles classiques. Pour ce faire, Léon Losseau fait appel à de jeunes architectes – les Parisiens Henri Sauvage et Charles Sarazin ainsi que le Bruxellois Louis Sauvage – mais aussi à une kyrielle d’intervenants et artisans tels que le maître verrier Raphaël Evaldre, le menuisier-ébéniste Henri Pelseneer ou Émile Gallé et Augustin Daum, deux piliers de l’École de Nancy.

Léon Losseau, avocat et bourgeois éclairé, décide de donner à son habitation tout le confort technique moderne de l’époque, comme le chauffage central à vapeur ou l’ascenseur. La demeure est aussi l’une des premières maisons montoises à être dotée de l’électricité, produite par un générateur propre au bâtiment.

Le rez-de-chaussée reste aujourd’hui préservé. On y remarque la prédominance de trois styles différents. Le premier, le style Louis XVI, rigoureux et classique, se retrouve dans la salle à manger-véranda. Le second, le style Napoléon III, fait du salon de Mme Losseau une pièce luxueuse et démonstrative. Les riches essences telles que l’ébène et la loupe y sont en réalité des trompe-l’œil, puisqu’il s’agit de peintures imitant le bois. Un dernier courant stylistique orne les nouvelles pièces telles que le vestibule, le bureau, le hall et le petit salon. On y retrouve un Art nouveau à tendance naturaliste et géométrique, avec des traits inspirés de styles plus traditionnels (gothique, baroque, néoclassique…).

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Le vestibule et sa très belle mosaïque. ©Guy Focant
Le salon de madame Losseau, de style typiquement Napoléon III.  ©Vincent Rocher

Le thème de la décoration est la fleur. Les différentes pièces du rez-de-chaussée ainsi que le cabinet de toilette de l’étage déclinent ainsi diverses essences sous toutes leurs phases végétales, depuis les bourgeons et jeunes plants jusqu’aux feuilles et fleurs. L’orchidée, le chardon, l’iris, le fuchsia, le magnolia s’approprient les lieux, poussent, s’enroulent et fleurissent sur les planchers, lambris, murs, portes, plafonds, luminaires et meubles. Les matériaux eux-mêmes deviennent des éléments d’ornementation. Le bois est magnifié sous de multiples formes, du plancher marqueté au lambris à appliques. La mosaïque se développe tout au long du vestibule. Le verre se décline des luminaires au grand vitrail du hall et permet à la lumière de pénétrer dans l’ensemble de la maison.

La maison Losseau se révèle être à l’image de son commanditaire. Elle est une collection d’éléments, de styles, de matériaux et de techniques. Alliant nouveauté et tradition, elle reflète la façon d’habiter et de réaménager sa demeure au début du XXe siècle, et c’est ce mariage qui fait la valeur du bâtiment. Les façades et les toitures ont été classés en 1982. L’année suivante, c’est le tour du rez-de-chaussée et d’une partie du premier étage. En 2013 enfin, l’édifice est inscrit sur la liste du patrimoine exceptionnel de Wallonie pour les aménagements et décors intérieurs du rez-de-chaussée, de la montée d’escalier, du palier et des salons du premier étage.

 

Le grand salon. ©Vincent Rocher

De riches collections

À sa mort en 1949, Léon Losseau a laissé un héritage culturel et patrimonial conséquent, protégé par une fondation d’utilité publique. Parmi ces trésors, on compte plus de 10 000 médailles, œuvres d’artistes renommés et principalement de Godefroid Devreese, dont Losseau était le mécène et ami. S’y ajoutent des milliers de livres, essentiellement juridiques, des dizaines de plans d’architecte d’un intérêt historique et esthétique remarquable, 2 500 dossiers personnels sur divers supports et pas moins de 800 plaques photographiques prises entre 1899 et 1903.

La maison Losseau poursuit l’œuvre de son commanditaire et accueille au sein de son Centre de littérature hainuyère, dans deux espaces scénographiques dédiés, le fonds d’archives littéraires de la poétesse et essayiste Claire Lejeune ainsi que celui de son ami l’écrivain Marcel Moreau. Ces fonds prestigieux viennent rejoindre celui de Jean Rivart et la seconde partie des archives manuscrites de l’avocat montois Gonzalès Decamps.

 

Vue de la façade arrière de la maison Losseau. ©Guy Focant

La ginguette littéraire

Durant l’été, la scène littéraire et musicale hainuyère est mise à l’honneur dans le jardin de la maison Losseau. La Guinguette littéraire s’aventure sur tous les terrains artistiques afin de rassembler et de créer du sens : du hip-hop au swing en passant par la chanson française, l’électro, le rock, le slam, les quiz géants et autres blind tests, les rencontres et les débats passionnants avec des auteurs, des poètes et des essayistes, il y en a pour toutes les envies !

Le dimanche, avec la complicité du secteur éducation permanente et jeunesse de la Province du Hainaut, la programmation privilégie les familles et le jeune public. Esprit guinguette littéraire oblige, passer la porte du jardin ne coûte pas un sou mais les visiteurs investissent pour la culture en consommant à la fameuse buvette : bières artisanales, vin de qualité, limonades et autres jus locaux, ainsi qu’une petite restauration bio et de saison.

 

La bibliothèque.©Guy Focant

Organisez votre visite

La maison Losseau se visite du mercredi au vendredi de 10 h à 18 h, le samedi de 13 h à 18 h et le dimanche de 10 h à 17 h. Il est également possible de réserver des visites guidées pour des groupes scolaires et adultes. Possibilité de visites combinées avec celles du Mundaneum et du Grand-Hornu.

INFOS

Rue de Nimy 37-39
7000 Mons
+32 (0) 65 39 88 80 reservations.losseau@gmail.com
www.maisonlosseau.be

 

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