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Les plus beaux villages de Wallonie : escapade à Mélin

La ferme de Hesserée et ses beaux bâitments en pierre de Gobertange. | © Vincent Rocher

Voyages

En ces mois de juillet et d’août, les « Trésors wallons » voyagent sans interruption dans les Plus Beaux Villages de Wallonie. Partez donc en balade à la découverte de ces endroits charmants.


Par Frédéric Marchesani / Photos Vincent Rocher

Au cœur des pâturages verdoyants du Brabant wallon, dans la commune de Jodoigne, se trouve le charmant village de Mélin et ses six hameaux, perdus entre bois et vallons. Au départ de la petite place triangulaire, des chemins pavés mènent dans les campagnes, au long des ruisseaux et de leurs rangées de saules et de peupliers. Un charme tout particulier qui invite à la flânerie.

Le village, situé à proximité de la Hesbaye brabançonne, a depuis toujours été lié à l’activité agricole. Il en résulte un patrimoine architectural qui ne manque pas d’attirer le regard et reste de nos jours un rare et bel exemple de l’implantation du bâti dans nos campagnes au XVIIIe siècle.

La Cure ®Vincent Rocher

Nous ne pourrions citer toutes les fermes, mais Mélin fait un peu figure d’exception dans la commune de Jodoigne. Surnommé « le village blanc », il abrite plusieurs très belles exploitations, parmi lesquelles l’ancienne cense du seigneur, sise au no 4 de la rue des Beaux Prés. Cette ferme évoque la seigneurie de Mélin, créée en 1284 par le duc de Brabant. Le manoir actuel, érigé en 1568, a été restauré et amputé de dépendances après deux incendies survenus en 1736 et 1855.

Il prend la forme d’un quadrilatère comprenant l’ancien logis et les dépendances agricoles. La cense a été édifiée intégralement en pierre de Gobertange. L’ordonnance actuelle des façades de l’ancien logis remonte à la fin du XVIe siècle et participe à l’esprit traditionnel de l’architecture rurale de l’époque. Elle héberge de nos jours un gîte rural, point de départ idéal pour une découverte de la région. La rue des Beaux Prés abrite encore, aux nos 16 et 24, une ferme en U et une autre tricellulaire, toutes deux reprises à l’inventaire du patrimoine immobilier culturel.

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La très belle ferme située au no 16 de la rue des Beaux Prés.  ©Vincent Rocher

Plus loin, au no 30, la ferme de la Hesserée rappelle le dispositif d’une exploitation médiévale fortifiée. Le quadrilatère visible de nos jours a été en majeure partie reconstruit aux XVIIIe et XIXe siècles. Toutefois, au milieu du flanc est, se dresse une tour-porche monumentale qui remonte au XVe siècle et conserve des allures de donjon, un des éléments architecturaux emblématiques des grandes censes de la Hesbaye brabançonne. Dominant l’ensemble, le porche constitue le pivot de toute l’organisation volumétrique de la ferme. Sur la gauche, le logis, simple et bas, date de 1797.

La ferme Fortemps est, quant à elle, une grosse exploitation ceinturant une cour presque carrée. Située sur la place de Mélin, elle a été édifiée en pierre de Gobertange et en briques. L’aile droite, de deux niveaux, date du début du XVIIe siècle et est caractérisée par son pignon à gradins.

Le pavillon d’entrée date de la seconde moitié du XVIIIe siècle et est percé d’un portail en plein cintre. La façade, remaniée au XIXe siècle, allie des teintes rouges et orangées grâce à l’alliance de la brique et des tuiles, ainsi que du beige clair provenant de la pierre du pays utilisée pour les soubassements, les bandeaux, les chaînages d’angle et les trous de boulins, utilisés lors de la construction pour y accrocher les échafaudages. Ce type d’architecture anime les façades par d’élégants jeux de couleurs.

 

La ferme d’Awans. ©Vincent Rocher

Citons enfin la ferme Blondeau, située au no 14 de la rue de la Maison du Bois. Parfois appelée ferme du Tilleul, ferme de Meeûs ou encore ferme Malevé, elle est un des multiples exemples de grosses fermes en quadrilatère emblématiques du Brabant wallon. Érigée au XVIIIe siècle en pierre de Gobertange, elle est protégée par des tuiles noires. Parmi les divers corps de bâtiments disposés autour d’une cour centrale, il faut citer la grange qui, ici, est l’édifice majeur du complexe. Symbole de la richesse céréalière de la région, elle rivalise par ses proportions avec les bâtiments voisins. Les ancres du corps de logis nous apprennent qu’il a été élevé en 1734, bien que ses percements aient été modifiés au XIXe siècle.

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Les beautés à découvrir ne s’arrêtent pas là. Construite en briques et pierre par l’architecte Jaumotte dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, l’église Notre-Dame de la Visitation se compose de trois nefs de cinq travées donnant sur un chevet à pans coupés. Une tour carrée en pierre de Gobertange, bordée d’annexes arrondies dans le même matériau, domine le bâtiment de sa flèche polygonale élancée. Un cimetière clôturé borde l’église, non loin de la cense du Seigneur ou cense Risbais, qui fait écho à l’existence d’un complexe seigneurial primitif. Un abondant mobilier du XVIIIe siècle orne l’église (chaire, autels, confessionnaux, fonts baptismaux).

 

L’église du village abrite un orgue classé datant de 1724. ©Vincent Rocher

Un orgue classé de 1724 et dû au facteur Louis I Delhaye occupe la tribune, face au chœur. Installé jadis dans l’église paroissiale de Rupelmonde, il est revendu en 1839 à l’église Notre-Dame de Saint-Nicolas Waes afin d’être remonté à Mélin. Le nouvel instrument de Louis I Delhaye y prend place alors que le buffet, construit en 1626 et œuvre d’un certain « maître Alexandre », fait toujours partie du mobilier de l’église de Rupelmonde. Tel qu’il se présente aujourd’hui, après d’importants travaux effectués en 1852, l’instrument se compose d’une tourelle centrale encadrée de plates-faces et de deux petites tourelles latérales. Il ne semble pas avoir subi d’autre modification.

L’ancienne cure de Mélin, érigée à droite de l’église Notre-Dame de la Visitation dans la première moitié du XVIIIe siècle, se composait à l’origine d’une bâtisse d’un seul étage à double corps en briques et pierre de Gobertange coiffée d’une toiture de tuiles. En son centre se détachait déjà une porte moulurée surmontée d’un arc en plein cintre et d’un oculus encadré de volutes. Un demi-niveau supplémentaire, très bien intégré, a été ajouté à la bâtisse durant la première moitié du XIXe siècle, époque qui a vu également la construction d’un mur d’enceinte orné d’une grille en fer forgé. La dépendance en retour d’équerre, construite dans les mêmes matériaux, date, comme le volume principal, du XVIIIe siècle. Bonne promenade !

 

L’église Notre-Dame de la Visitation. ©Vincent Rocher

Organisez votre visite

Les sites internet de l’association Les Plus Beaux Villages de Wallonie et de la maison du tourisme en Brabant wallon regorgent d’informations pour organiser votre visite. Vous pourrez faire votre choix entre différents circuits de balades à pied, en vélo, à moto ou en voiture. De nombreux hébergements (gîtes et chambres d’hôtes), restaurants et brasseries sont également proposés dans la région. Profitez de cet été pour parcourir nos Plus Beaux Villages wallons !

INFOS

Les Plus Beaux Villages de Wallonie : www.beauxvillages.be
Association Qualité Village Mélin : www.villagemelin.be
Fédération et maison du tourisme en Brabant wallon :
www.destinationbw.be

La pierre de Gobetrange

La ferme de la Hesserée et ses beaux bâtiments en pierre de Gobertange. ©Vincent Rocher

Gobertange, hameau de Mélin, a donné son nom à une pierre calcaire gréseuse. Les carrières du village, très actives au XIXe siècle, sont presque épuisées de nos jours. L’une d’elle poursuit toutefois encore ses activités. Cette pierre beige calcaire a été très utilisée dans la région depuis le Moyen Âge et a permis l’édification de nombreux monuments.

Parmi les plus connus, le superbe hôtel de ville de Bruxelles ou encore la cathédrale des Saints-Michel-et-Gudule. Exposée à l’air, cette pierre acquiert une patine légèrement gris-beige du plus bel effet. Sous l’action des rayons du soleil, on la croirait presque blanche. Extrêmement résistante, elle se prête à de multiples usages.

 

 

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