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Thon-Samson : mariage réussi en Condroz

Le rocher du Samson, la Meuse et l’entrée du village de Samson. | © Vincent Rocher

Voyages

En ces mois de juillet et d’août, les « Trésors wallons » voyagent sans interruption dans les Plus Beaux Villages de Wallonie. Partez donc en balade à la découverte de ces charmants endroits.


Par Florence Pirard / Photos Vincent Rocher

Le village de Thon-Samson, l’un des trente et un plus beaux de Wallonie, est attaché à la ville d’Andenne, située dans la province de Namur. Thon et Samson sont deux villages proches communiquant entre eux par la rue de Thon. L’un se love dans le fond de la vallée, l’autre s’étire sur le replat du versant condruzien de la Meuse. Ces deux localités sont principalement constituées de petites habitations homogènes en pierre calcaire du XVIIIe, transformées aux XIXe et XXe siècles, et de petites fermes. Elles abritent également quelques édifices de plus grande envergure.

 

L’église Saint-Remi à Thon, édifice classique bâti en briques et calcaire. ©Vincent Rocher

Le village de Thon se situe dans un vallon au sud de la colline boisée du Pelé Tienne. Il s’articule autour de la rue de Thon où se trouvent l’église Saint-Remi et le château-ferme. Le village comprend les lieux-dits Sur le Try et Au Trou perdu.

Samson étire ses habitations le long de la vallée du Samson, rivière qui se jette quelques centaines de mètres plus au nord dans la Meuse, en face du village de Namêche. Le village s’est implanté sur ses deux rives : sur la droite, la rue de Gramptinne longe le cours d’eau sous les rochers de Samson et la vieille forteresse, et sur la gauche, la rue de Samson comprend le noyau ancien du village. Une passerelle, disparue lors des inondations de 2021, reliait jusqu’alors les deux parties de la localité.

À Thon, l’église Saint-Remi, entourée d’un cimetière emmuraillé, est un édifice classique, bâti en briques et pierre calcaire à la fin du XVIIIe siècle. Elle est datée en façade de 1780. Le plan est composé d’une nef de quatre travées et d’un chœur semi-circulaire prolongé par une tour à l’est, contre laquelle s’appuie la sacristie. La haute tour en briques et calcaire, éclairée d’une fenêtre sur chaque face, est couverte d’un pavillon en cloche sommé d’une flèche et d’une croix.

 

À Thon, une petite ferme du XVIIe siècle attire les regards rue des Sarrazins. ©Vincent Rocher

À l’intérieur de l’édifice, de très beaux plafonds stuqués d’esprit Louis XV, datant des environs de 1780, sont attribués aux frères Moretti. Le mobilier, remontant principalement aux XVIIe et XVIIIe siècles, comprend des autels en bois, une chaire de vérité, des bancs de communion, des confessionnaux, plusieurs statues… Le beau pavement abrite des pierres tombales du XVIIIe siècle. L’église et son environnement sont classés comme monument et site depuis 1990.

En face de l’église, le château-ferme était l’ancien siège d’une seigneurie foncière citée depuis le XIVe siècle. Propriété des Moreau au XVe siècle, des Mozet au XVIIe siècle et des Nollet et Rahier au XVIIIe siècle, il a été développé à partir d’un donjon médiéval. Le logis gothique, bâti au XVIe siècle, s’élève sur deux niveaux. La ferme du XVIIe siècle est bâtie en quadrilatère.

La chapelle Saint-Roch, à la façade de style néoclassique, est abritée sous de grands tilleuls. Pouvant mesurer jusqu’à 25 m, ceux-ci sont fréquents dans nos régions, et plus largement en Europe. Ils apportent une valeur esthétique non négligeable, notamment au cours de leur floraison, et sont souvent placés sur les places publiques et le long des avenues pour leur volume et l’ombrage qu’ils fournissent. Ces arbres, auxquels les Celtes accordaient déjà des vertus magiques, sont considérés comme sacrés par la religion chrétienne. Ce caractère vénérable est dû à l’odeur de leurs fleurs. Depuis le Moyen Âge, ils sont souvent plantés à côté d’un lieu de culte ou d’un témoin de la ferveur populaire, comme c’est le cas ici.

 

 Le village de Thon. ©Vincent Rocher

Au n° 70 de la rue de l’Église, une belle maison perpendiculaire s’élève sur deux niveaux en pierre calcaire bien appareillée. Construite au début du XIXe siècle, elle comprend quatre travées de fenêtres.

Au croisement de plusieurs rues (rue de Thon no 58) apparaît une longue ferme en calcaire, bâtie dans la première moitié du XIXe siècle, comme l’indiquent des ancres en fer forgé arborant un « 1837 ». Le bâtiment a été agrandi par une première extension, composée d’une étable surmontée d’un fenil, et plus tard par un deuxième volume, qui lui a ainsi conféré une forme allongée et peu profonde ; il abritait une seconde étable ou une écurie.

est rectangulaire, à l’exception d’un angle arrondi au premier niveau, côté rue. Autrefois, l’édification de murs aux coins bombés évitaient aux attelages d’accrocher les angles des maçonneries. Implantée en recul, l’habitation dispose d’un jardinet clôturé d’un mur bas prolongeant l’alignement. Un petit portique de style néoclassique, cerné de pilastres, permet l’accès à la maison. Une autre petite ferme attire le regard rue des Sarrazins. Cet édifice du XVIIe siècle, fortement remanié aux XVIIIe, XIXe et XXe siècles, présente un agencement compact.

Dans un environnement bâti dominé par le gris de la pierre calcaire, l’édifice abritant l’ancienne école et la maison communale se distingue par les touches colorées de sa brique. Il adopte un style architectural proche de celui de l’église, qui s’écarte délibérément de celui des fermes pour marquer son rôle central dans la vie villageoise d’autrefois. La bâtisse, de la seconde moitié du XIXe siècle, comprenait une salle de classe et la salle du conseil communal.

 

Le château-ferme de Thon était l’ancien siège d’une seigneurie foncière citée depuis le XIVe siècle.  ©Vincent Rocher

Ce regroupement fonctionnel assurait une certaine prestance au bâtiment public, tout en réalisant une économie d’échelle. Classique dans son style, l’édifice présente deux travées d’ouvertures de même facture qui se dédoublent exactement en façade. Les détails architecturaux affirment son statut : encadrements ouvragés en pierre de taille, chaînages d’angles, soubassement et cordon de pierres calcaires unissant les appuis des hautes fenêtres. Ce dernier est uniquement interrompu par les deux portes d’entrée, qui donnaient séparément accès aux deux fonctions du bâtiment. Gravés dans les différentes clés des linteaux du premier niveau, quatre chiffres rappellent l’année de sa construction : 1855.

À Samson, sis sur une importante falaise calcaire dominant la route de Gramptinne, le site du rocher a probablement été occupé militairement dès le milieu du IVe siècle. Naturellement protégé sur deux côtés par les cours d’eau et l’escarpement des roches, il forme un triangle dont seule la partie orientale doit être défendue.

Le site est protégé par une mesure de classement depuis 1944. Il reste aujourd’hui quelques vestiges d’un château médiéval connu sous le nom de forteresse de Samson. La tradition en cite comme fondateur un certain Auberon, fils de Clodion le Chevelu, premier représentant de la dynastie mérovingienne (428-448). Au cours du IXe siècle, la forteresse est assiégée en vain par les Normands. Elle devient l’un des châteaux du comté de Namur avec, entre autres, Poilvache, Bouvignes et Montaigle. Le dernier siège du château a lieu au XVIe siècle.

 

Les vestiges de la forteresse médiévale de Samson.  ©Vincent Rocher

forteresse, finalement détruite sur ordre du roi Charles II d’Espagne en 1690, comportait trois enceintes : la première, l’enceinte basse, accessible par le haut du village de Thon ; la deuxième, qui abritait la basse-cour ; et la troisième, l’enceinte haute munie de tours de défense, qui entourait l’habitation du châtelain et les communs. De celles-ci, il ne subsiste au sommet de la forteresse qu’un pan des murailles sud et la base de la tourelle ronde de l’angle sud-est de la troisième enceinte. Plus bas, à l’ouest, se dresse la tour Lapidon, ronde et assez bien conservée.

L’ensemble formé par les rochers dits « Les Demoiselles » au hameau des Forges est également classé depuis 1976. À voir également, le château des Forges, une importante demeure classique de la fin du XVIIIe siècle. Construite en moellons de calcaire chaulés, elle est ponctuée d’une grosse tour du XXe siècle. Deux forges prennent place de part et d’autre du bief. La façade arrière était sans doute la plus belle. Au début du XXe siècle, le château a été transformé pour lui donner un aspect médiéval : la tour, les gradins des pignons, les lucarnes et les corniches de pierre en cavet. Ces modifications, réalisées au goût du jour, ont le mérite de rapprocher cette résidence des exubérantes villas mosanes, mais la façade sud a préservé l’essentiel de ses qualités d’origine.

 

Le Samson sépare le village en deux. La passerelle qui permettait de relier les deux parties a été détruite durant les inondations de l’été 2021. ©Vincent Rocher

Organisez votre visite

Les sites internet de l’association des Plus Beaux Villages de Wallonie et de l’office du tourisme d’Andenne regorgent d’informations pour organiser votre visite. Vous pourrez faire votre choix entre différents circuits de balades et de randonnées ou des parcours thématiques (trésors du patrimoine, paysages naturels et panorama, en famille, rêveries romantiques, gastronomie et terroir, créateurs et savoir-faire, insolite, festivités…). De nombreux hébergements, restaurants et brasserie sont également proposés. Profitez de cet été pour parcourir nos Plus Beaux Villages wallons. Bonne route !

INFOS
Plus Beaux Villages de Wallonie : beauxvillages.be
Office du tourisme d’Andenne : promenade des Ours 33, 5300 Andenne.
32 (0)85 84 96 40 ou www.andennetourisme.be

Les plus beaux villages de Wallonie

Cette bâtisse à Thon affiche un jeu de volumes étalés en cascade au gré de la pente. ©Vincent Rocher

L’association des Plus Beaux Villages de Wallonie a été créée en 1994 pour valoriser l’identité des régions rurales wallonnes. La diversité de leurs paysages et de leurs bâtisses traditionnelles constitue un patrimoine naturel et architectural exceptionnel et privilégié, que l’association veut préserver et inviter à découvrir. Elle rassemble un réseau de 31 villages labellisés en Wallonie.

Avec l’aide des habitants, des associations locales et des pouvoirs publics, elle impulse, dans les villages, des activités et des projets aussi diversifiés que novateurs. Un patrimoine que chaque village décline sous divers angles : le bâti et le paysage, bien sûr, mais aussi les traditions et saveurs locales. Le tout ne peut vivre sans le cœur et la fierté des villageois et de personnes passionnées.

 

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Namur trésors wallons
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