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Trésors wallons : Gros-Fays, la magnifique vallée de la Semois

tresors wallons

Image d'illustration. | © Vincent Rocher.

Voyages

En ces mois de juillet et d’août, les « Trésors wallons » voyagent sans interruption dans les Plus Beaux Villages de Wallonie. Partez donc en balade à la découverte des plus charmants endroits.

Par Florence Pirard / Photos Vincent Rocher

Le village de Gros-Fays est situé sur le territoire de la commune namuroise de Bièvre. Il est implanté en Ardenne, sur les hauteurs de la magnifique vallée de la Semois, un affluent de la Meuse. Les villages qui l’entourent sont Alle-sur-Semois, -Cornimont, Chairière, Mouzaive et Oizy. Le village de Gros-Fays a un hameau situé environ un kilomètre au nord, nommé Six-Planes.

Accroché sur le versant nord du ruisseau de Gros-Fays, le village regroupe de nombreuses fermes traditionnelles en schiste du XIXe siècle, voire plus anciennes, dont les baies ont été fréquemment renouvelées ou modifiées au XXe siècle.

Les Plus Beaux Villages de Wallonie

L’association des Plus Beaux Villages de Wallonie, créée en 1994 pour valoriser l’identité des régions rurales wallonnes, est un réseau comptant trente et un villages labellisés. La diversité des paysages et des bâtisses traditionnelles y constitue un patrimoine naturel et architectural exceptionnel et privilégié qu’elle veut préserver et inviter à découvrir. Chaque village le décline sous divers angles : le bâti et le paysage, bien sûr, mais aussi les traditions et les saveurs locales. Le tout ne pourrait vivre sans le cœur et la fierté des villageois et de personnes passionnées. Avec l’aide des habitants, des associations locales et des pouvoirs publics, l’association y impulse des activités et des projets aussi diversifiés que -novateurs.  

Le château-ferme

La seigneurie de Gros-Fays, dépendant du duché de Bouillon, se trouve divisée au XVIe siècle en deux parties. L’une, rachetée en 1646 par Jean de Lamock, passe à son fils Florent qui épouse Anne-Florence de Louvrex, héritière de l’autre. À partir de ce moment, l’intégralité de la seigneurie restera en possession des Lamock jusqu’à la fin de l’Ancien Régime.

Probablement construit par Florent de Lamock, comme la date de 1684 figurant sur une taque de cheminée peut le laisser supposer, ce manoir traditionnel est constitué d’un corps barlong flanqué à l’arrière de deux tourelles d’angle carrées. En face, de l’autre côté de la voirie, une aile de dépendances fut sans doute construite dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Le manoir est bâti en moellons de schiste sur deux niveaux séparés. Les baies du rez-de-chaussée ont conservé les arcs de décharge d’origine. En face, la longue aile de dépendances (étables et grange) est faite du même matériau.

L’église paroissiale Saint-Pierre

Signalé par deux tilleuls et entouré des murs du cimetière, l’édifice est bâti en schiste crépi et surmonté d’une toiture d’ardoises. Il est composé d’une tour néogothique à l’ouest, d’une nef classique de quatre travées et d’un chevet gothique à trois pans du XVIe siècle. La nef est éclairée par de grandes fenêtres. L’église a subi en incendie en 1987 et a été partiellement reconstruite, en 1991-1992, en conservant la tour et le chœur.

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© Vincent Rocher.

Fermes et petit patrimoine

Au nord du village, un ensemble de fermes en long, composées de deux niveaux en schiste et pierre bleue, remonte à la fin du XIXe siècle. Dans le haut du village, le lavoir fut aménagé en 1865, en contrebas d’une source alimentant deux grands bacs en pierre calcaire ainsi que l’abreuvoir circulaire établi à proximité. Un mur en pierres sèches se dresse à l’arrière pour soutenir les terres. Le bâtiment évoque les caractéristiques de l’habitat traditionnel ardennais. Témoin du labeur d’antan, le lavoir nous éclaire sur la vie communautaire d’autrefois. Dans ce lieu public, les lavandières rinçaient le linge, acheminé par brouette ou dans des mannes, à l’abri des intempéries. Agenouillées et courbées, elles trempaient les vêtements dans l’eau d’un premier bac, où était évacuée une grande partie du savon encore présent dans le linge. L’autre bac favorisait un second rinçage à l’eau claire. Les dernières nouvelles de la vie du village se racontaient et se commentaient au lavoir, lieu de rencontres des femmes.

Datant de la deuxième moitié du XIXe siècle, l’abreuvoir en pierre bleue illustre une autre fonction associée à l’eau dans la vie rurale traditionnelle. Jadis, bétail et troupeaux communs étanchaient leur soif dans cet abreuvoir circulaire formé de grandes dalles de calcaire posées sur champ. La surface pavée qui l’entoure, en légère pente, garantissait une meilleure évacuation de l’eau, tout en évitant que l’endroit ne se transforme en un véritable bourbier.

Le moulin, haut lieu de la résistance

À l’écart du village, dans la vallée du ruisseau de Gros-Fays, le moulin à farine est une construction basse en moellons de schiste datant de la première moitié du XIXe siècle. Élément important de la structure villageoise mais d’origine inconnue, il est la propriété des Lamock dès 1619. Donné en location jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, il sera ensuite vendu aux familles de meuniers qui s’y succèdent. De nouveaux équipements sont progressivement ajoutés : forge, scierie et une ferme assurent à l’exploitant des revenus diversifiés. Au XXe siècle, une machine à vapeur permettra de pallier les variations du débit d’eau. Une génératrice alimentera même le village en électricité avant son raccordement au réseau. Ces productions cessent à la mort du dernier exploitant en 1967, entraînant la disparition des roues. Les bâtiments existants sont agglomérés en « L ». L’aile de ferme, avec sa grange flanquée d’étables, est aisément identifiable.

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© Vincent Rocher.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Jean Gustin, meunier à Gros-Fays, a été l’âme de la résistance dans la région. Il recruta et forma plusieurs équipes de maquisards et participa à de nombreux sabotages, comme le déboulonnage de quelques rails dans le tunnel courbé de Pondrôme et la destruction du train qui avait été arrêté plus haut vers Thanville. Une rafle monstre eut lieu dans toute la région les 25 et 26 mai 1944. Plusieurs résistants, comme les bourgmestres de Gros-Fays et d’Alle, périrent dans les camps de concentration. Une plaque commémorative apposée sur le moulin rappelle cette triste période.  

Hommage à l’art de la construction en pierre sèche

Éparpillés au gré des rues et venelles de Gros-Fays, quelques murs en pierres sèches semblent encore défier le temps. Ces témoins ostensibles d’un savoir-faire traditionnel nous rappellent le dur labeur des hommes qui ont bâti ces ouvrages. Fonctionnels avant d’être esthétiques, les murs en pierres sèches sont des réponses techniques de l’homme pour s’adapter à un territoire et apprivoiser le relief : ils délimitent les propriétés, soutiennent les terres pour créer des terrasses de culture ou aménager les chemins.

Moellons, blocs et dalles, assemblés sans aucun mortier ou liant, forment les principales caractéristiques des murs en pierres sèches. Intimement liés aux pratiques agricoles d’antan, ils sont des éléments structurants du paysage et du patrimoine rural qu’il est essentiel de préserver et de valoriser.

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© Vincent Rocher.

Parmi les attraits de la construction en pierre sèche, citons notamment ses atouts environnementaux tels que l’accueil de la biodiversité et l’utilisation et le recyclage de matériaux locaux, mais aussi ses qualités drainantes et sa longévité. La technique est, en effet, représentative d’une relation harmonieuse entre les êtres humains et la nature.

Depuis le 25 mai 2021, l’art de la construction en pierre sèche est reconnu comme chef-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Il constitue un savoir-faire ancestral utilisé depuis des millénaires dans le monde entier. La transmission de ce savoir-faire s’est raréfiée en Wallonie au cours du XXe siècle pour diverses raisons : évolutions industrielles, abandon ou réorganisation de certains territoires ruraux, désintérêt et destruction d’un patrimoine immobilier oublié, technique quasiment perdue. Plusieurs associations wallonnes sont parvenues à recréer des liens entre les citoyens et les détenteurs de cette tradition. Les praticiens de l’art de la construction en pierre sèche, nommés « murailleurs », forment aujourd’hui une communauté en pleine expansion.

ORGANISEZ VOTRE VISITE

Les sites internet de l’association des Plus Beaux Villages de Wallonie et de l’office du tourisme de Bièvre regorgent d’informations pour organiser votre visite. Vous pourrez faire votre choix entre différents circuits de balades et de randonnées ou des parcours thématiques (trésors du patrimoine, paysages naturels et panorama, en famille, rêveries romantiques, gastronomie et terroir, créateurs et savoir-faire, insolite, festivités…). De nombreux hébergements, restaurants et brasserie sont également proposés. Profitez de cet été pour parcourir nos Plus Beaux Villages wallons. Bonne route !

INFOS

Plus Beaux Villages de Wallonie : beauxvillages.be

Office du tourisme de Bièvre

Rue de Bouillon 39b à 5555 Bièvre

+32 (0)61 29 20 92 ou 0484 65 38 71

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