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Trésors wallons : Montignies-sur-Roc, le charme du style tournaisien

Montignies sur roc

L’église Notre-Dame. | © Vincent Rocher.

Voyages

En ces mois de juillet et d’août, les « Trésors wallons » voyagent sans interruption dans les plus beaux villages de Wallonie. Partez donc en balade à la découverte des plus charmants endroits.

 

Par Frédéric Marchesani / Photos Vincent Rocher

 Ce beau village se situe dans la commune hennuyère de Honnelles, à l’ouest de Mons et à quelques kilomètres de la frontière française. Il tire son nom du fait qu’il se situe sur un rocher dominé par l’église et que la première famille ayant érigé un château au XIIe siècle était celle des Montigny. 

De part et d’autre de cet escarpement rocheux, Montignies-sur-Roc s’étend sur les deux rives de la Petite Honnelle. Le village est riche d’une longue et passionnante histoire. Des artefacts de l’âge de pierre et de l’âge du bronze y ont été découverts. Le bourg se trouvait également le long de la chaussée romaine reliant Bavay (France) à Velzeke (Flandre) et que l’on appelle, dans la région, «chaussée Brunehaut». Un cimetière gallo-romain a également été mis au jour.

tresors wallons
© Vincent Rocher.

Au Moyen Âge, le village fait partie d’une seigneurie passée entre les mains de diverses familles nobles. La cure de l’église dépendait quant à elle de la cathédrale de Cambrai. À l’époque, l’activité y est essentiellement agricole. Aux XVIIIe et XIXe siècles, le commerce de transformation de la laine donne un souffle nouveau au village qui compte alors quinze cardeurs et une fabrique de serge (laine tissée). Quelques carrières de grès rouge et de moellons de gros-œuvre se situent également à proximité. À -Montignies-sur-Roc, on trouve aussi, à l’époque industrielle, une marbrerie, des briqueteries, une fonderie de cloches, des brasseries, une fabrique de cierges, un moulin à farine et un maréchal-ferrant !

Montignies-sur-Roc tire son nom du fait qu’il se situe sur un rocher dominé par l’église et que la première famille ayant érigé un château au XIIe siècle était celle des Montigny. 

Aujourd’hui entouré d’openfields (champs ouverts) où prédominent les labours et les prairies, Montignies-sur-Roc prend l’aspect d’un village-tas, épargnant les zones cultivées. Village de potiers et de céramistes, il s’articule autour de la belle et verdoyante place Fulgence Masson (1854-1942), enfant du pays et ministre d’État. Site remarquable entouré de vieilles maisons de type tournaisien, la place est plantée de vingt-huit platanes et quinze tilleuls. Il fait bon flâner dans ses rues et ses venelles, à la découverte d’un patrimoine varié.

L’église Notre-Dame

Ce bel édifice de style classique du XVIIIe siècle, érigé en briques et pierre bleue, est caractéristique de nos régions. Son plan est, en effet, largement présent dans le Hainaut et même en Wallonie : chœur dépassant, nef à bas-côtés et tour-clocher. Orienté à l’ouest, le sanctuaire semble tourner le dos au village. La tour de trois niveaux est percée d’ouïes au dernier étage. Elle est construite sur un soubassement en moellons du XVIe siècle, vestige de l’église précédente. La nef est éclairée par des fenêtres aux linteaux bombés et est protégée par une bâtière d’ardoises. À l’époque, il s’agissait du seul édifice du village à posséder un tel matériau en toiture, le reste des bâtiments étant recouvert de tuiles ou de chaume. L’église renferme de nombreuses œuvres d’art s’échelonnant du XVIe au XIXe siècle.

Le château 

Sous l’Ancien Régime, plusieurs demeures féodales se sont succédées non loin de l’église. Elles étaient le siège de la seigneurie. De nos jours, seul un soubassement de tour carrée subsiste dans les substructures de la bâtisse actuelle. Le château a été reconstruit en style tournaisien à la fin du XVIIe siècle avant d’être très fortement remanié entre 1822 et 1847 par Virginie du Chastel de la Howarderie. Il s’implante dans un vaste parc aux magnifiques frondaisons et prend la forme d’une habitation de style classique tardif, à deux niveaux de cinq travées en briques et pierre bleue. Donnant sur un étang, la façade principale conserve des fenêtres du XVIIe siècle et présente un important frontispice. La façade arrière, donnant sur la rue de l’Église, a été érigée dans le second quart du XIXe siècle. Sa composition est rythmée de pilastres et cantonnée de chaînages d’angle. On y admire un frontispice, moins important mais surmonté d’un fronton triangulaire portant les armes des la Motte-Baraffe et des du Chastel.

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© Vincent Rocher.

Quelques édifices d’exception

Le village est planté de nombreuses belles maisons de type tournaisien, comme c’est le cas pour les bâtisses des nos 2 et 4 de la rue de la Fontaine ou de celles situées dans la rue Goutrielle. Le prestige du siècle de Louis XIV à travers l’Europe permet, au tournant des XVIIe et XVIIIe siècles, à de nouvelles influences stylistiques de parvenir dans nos régions. Une partie du Hainaut voit se développer un style architectural dit tournaisien, caractérisé par une réduction de l’utilisation de la pierre dans l’ornementation des façades. La pierre de taille est reléguée aux soubassements, aux chaînages d’angles et des baies.

La maison de maître située au no 1 de la rue Basse Boulogne est certainement l’une des plus belles du village. Érigée dans le premier tiers du XIXe siècle, elle témoigne de l’arrivée d’une bourgeoisie locale liée à l’essor économique de la région. Une grille en fer forgé dotée de piliers en calcaire longe la voirie et mène à une cour arborée. Privilège des riches, la maison est parée d’une bâtière d’ardoises piquée d’une élégante lucarne. 

Il fait bon flâner dans ses rues et ses venelles, à la découverte d’un patrimoine varié

Dans la rue de l’Église, la ferme Jospein est caractéristique du style tournaisien, décidément fort présent dans la région. Reconstruite en 1723, il s’agit d’un ensemble clôturé dominé par le bâtiment d’entrée formant un porche. Une entrée charretière en anse de panier voisine des fenêtres reliées par des bandeaux de pierre. Une bâtière d’ardoises interrompue par deux lucarnes domine l’ensemble.

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© Vincent Rocher.

Plus bas, isolée du centre du village, la chaussée Brunehaut est bordée par un important groupement d’habitations de briques rouges. Parmi celles-ci, la maison sise au no 46 détonne quelque peu. Datant du premier tiers du XIXe siècle, elle affiche un logis en double corps de cinq travées sous une toiture simple, toutefois brisée par une belle lucarne plantée au-dessus de la porte d’entrée. Ici, les briques sont chaulées de blanc et s’élèvent sur un soubassement de grès rouge, témoin de l’exploitation des carrières locales au moment de son édification. À voir !

Organisez votre visite

Les sites internet de l’association Les Plus Beaux Villages de Wallonie, du parc naturel des Haut-Pays et du Royal Syndicat d’initiative du Haut-Pays regorgent d’informations pour organiser votre visite. Vous pourrez faire votre choix entre différents circuits de balades et de randonnées, ou des parcours thématiques (promenades balisées, randonnées, escapades sur le RAVeL 98A…). Tous les premiers samedis du mois, jusque novembre, le syndicat d’initiative organise une promenade de 8 à 10 km. De nombreux hébergements, restaurants et brasseries sont également proposés et font la part belle aux produits du terroir. Profitez de cet été pour parcourir nos plus beaux villages wallons. Bonne route ! 

INFOS 

Les Plus Beaux Villages de Wallonie
Royal Syndicat d’initiative du Haut-Pays (rue de la Place, 1 à 7387 Roisin ; sihautpays@gmail.com ; +32 (0)65 63 17 37)
Maison du parc naturel des Haut-Pays (rue des Jonquilles, 24 à 7387 Honnelles ; +32 (0)65 46 09 38 )

Les Plus Beaux Villages de Wallonie

L’association des Plus Beaux Villages de Wallonie, créée en 1994 pour valoriser l’identité des régions rurales wallonnes, est un réseau comptant trente et un villages labellisés. La diversité des paysages et des bâtisses -traditionnelles y constitue un patrimoine naturel et architectural exceptionnel et privilégié qu’elle veut préserver et inviter à découvrir. Chaque village le décline sous divers angles : le bâti et le paysage, bien sûr, mais aussi les traditions et les saveurs locales. Le tout ne pourrait vivre sans le cœur et la fierté des villageois et de personnes passionnées. Avec l’aide des habitants, des associations locales et des pouvoirs publics, l’asbl y impulse des activités et des projets aussi diversifiés que novateurs.

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