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La route des La Marck : fabuleux voyage au coeur du Moyen-Âge

Le château de Bouillon, lieu emblématique du patrimoine wallon. | © Guy Focant

Voyages

Des envies de balades et même davantage pour découvrir les joyaux du patrimoine wallon ? Un nouvel ouvrage s’inscrit dans la ligne touristique de cette fin d’été : il vous captivera autant qu’il vous guidera sur nos belles routes.


Par Florence Pirard / Photos Guy Focant

Inaugurée en 2006, la collection des « Itinéraires » du Patrimoine wallon propose une série d’ouvrages à destination du grand public axés sur la découverte active du patrimoine en Wallonie. Ces livres, véritables outils pratiques de visite, sont déclinés à travers différentes thématiques. Ils constituent en quelque sorte des guides touristiques centrés sur le patrimoine bâti de notre région.

On y trouve des notices explicatives mais également une foule d’informations pratiques permettant d’organiser ses visites, et chaque tome est abondamment illustré. Sorti de presse au début de l’été, le nouvel opus de cette collection, intitulé « La Route des La Marck », s’intéresse à une dynastie médiévale encore trop méconnue. L’histoire de cette famille est pourtant digne d’une légende.

Le comté de La Marck est situé en Allemagne, dans la région historique de Westphalie, au bord de la Lippe. La ville principale de ce comté, Altena, se trouve aujourd’hui dans le « land » de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, à une centaine de kilomètres à l’est de Düsseldorf et à une trentaine de kilomètres au sud de Dortmund. Le vénérable château d’Altena, splendide forteresse de la famille, trône toujours au cœur de la ville. Au tournant des XIIIe et XIVe siècles, les La Marck y étaient considérés comme l’un des plus importants lignages nobles de la région.

 

Le palais des princes-évêques à Liège, plus imposante trace conservée de la famille. ©Guy Focant

Avant de découvrir de superbes endroits, plongeons donc dans le passé. Véritable saga féodale, l’histoire de la famille La Marck est à la fois riche et multiple. Ses membres, divisés en sept branches distinctes au fil du temps, se sont installés entre Rhin et Meuse au cours des XIVe et XVe siècles.

Les La Marck et les Arenberg ont toujours été liés : en 1298, le mariage de Mathilde d’Arenberg avec Englebert II de La Marck rapproche ces familles qui, toutes deux, régnaient dans les deux actuels « länder » de Rhénanie-Palatinat et de Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Mathilde, unique enfant survivant de Jean d’Arenberg, décédé en 1281, devient la sauveuse de la famille, celle par qui peut se transmettre l’héritage. Le patrimoine familial des Arenberg passe dans celui des La Marck lorsqu’elle épouse le fils aîné et héritier du comte.

Englebert II décide à cette occasion d’adopter les armes des Arenberg et de faire apparaître, dans des documents officiels, le titre de seigneur d’Arenberg apporté en dot par son épouse. À la mort de son père, il hérite de celui de comte de La Marck. Les deux familles sont donc nommément liées. De cette union comme il en existe tant au Moyen Âge vont naître huit enfants, cinq filles et trois garçons, parmi lesquels figureront deux abbesses et un prince-évêque. De par leur descendance, Mathilde et Englebert sont à l’origine des sept branches de la famille.

 

Les ruines du château fort de Logne, à Ferrières, dominent la vallée de l’Ourthe. ©Guy Focant

Les mariages, héritages et acquisitions de seigneuries vont progressivement pousser leurs descendants à se déplacer vers l’ouest. Les fructueux mariages des descendants mâles des La Marck avec des filles de familles nobles vont leur permettre de s’installer à Neufchâteau, dont ils conservent la seigneurie pendant six cents ans, mais également à Lummen, dans le Limbourg belge, à Rochefort-en-Famenne ou encore à Sedan, dans le département français des Ardennes. C’est cet essaimage géographique qui entraîne l’essaimage familial. Au XVe siècle, riches de multiples forteresses, ils se placent souvent en arbitres des conflits entre rois de France et ducs de Bourgogne, promettant allégeance à l’un et l’autre successivement.

Cinq des sept branches de la famille s’éteignent au cours des XVIe et XVIIe siècles, faute d’héritiers. Seules restent alors les La Marck-Arenberg, qui survivent dans la famille de Ligne depuis 1599, et les La Marck-Lummen, comtes de Schleiden. Le 18 juin 1748, la seule descendante des La Marck-Lummen, Louise-Marguerite de La Marck, épouse le duc Charles-Marie-Raymond d’Arenberg, descendant de la branche des La Marck-Arenberg. Au XXIe siècle, le sang des La Marck coule encore dans les veines de cette illustre famille.

Bien des lieux incontournables du patrimoine et du tourisme wallon sont liés aux La Marck, certains de manière très claire dans l’esprit collectif, car ils sont emblématiques. Partez à leur découverte : l’expérience sera inoubliable.

Sur la trace des forteresses

Le château de La Roche-en-Ardenne, possession des La Marck-Arenberg au Moyen Âge. ©Guy Focant

Inscrit sur la liste du patrimoine exceptionnel, le plus important de ces lieux emblématiques est encore aujourd’hui le plus grand édifice public de Wallonie : le palais des princes-évêques de Liège. Il a été érigé au XVIe siècle par le prince-évêque et cardinal Érard de La Marck, membre le plus éminent de la dynastie et à qui l’on doit le plus de traces matérielles conservées de nos jours.

Si le bâtiment n’est malheureusement pas souvent visitable (il abrite le palais de justice), ce n’est pas le cas de la première cour, accessible tous les jours. Elle constitue un des joyaux du patrimoine liégeois et ne cesse d’étonner. Peu importe où se pose le regard, elle conserve le souvenir d’Érard de La Marck. Les clés de voûte des galeries sont ornées des armoiries de plusieurs princes-évêques. Seul témoin de la première campagne d’édification, les armes d’Érard de La Marck se trouvent à l’angle nord-ouest.

Toutes les façades de la première cour sont également ornées de ses armoiries. Placées sous chaque baie et facilement reconnaissables, celles-ci rappellent l’identité du commanditaire : on y trouve le damier et le lion des La Marck. Le blason est surmonté d’un chapeau de cardinal, rappel qu’Érard avait obtenu cette prestigieuse nomination. Martelées à la Révolution, les armoiries furent rétablies au XIXe siècle lors de la restauration des façades de la cour par l’architecte Lambert Noppius.

 

La superbe forteresse de Seraing-le-Château (Verlaine), possession des La Marck-Lummen. ©Guy Focant

D’autres édifices majeurs, eux aussi reconnus patrimoine exceptionnel, sont liés aux La Marck. C’est le cas du célèbre château de Bouillon, engagé aux La Marck-Sedan au tournant des XVe et XVIe siècles, puis propriété d’Érard de La Marck qui y entame des travaux de modernisation en 1521. Les contrées d’Ardenne et de Famenne sont, à l’époque, l’apanage de la famille. Deux branches se partagent bien des terres dans le sud de la Belgique : les La Marck-Arenberg occupent les châteaux et seigneuries de Neufchâteau, Mirwart, Orchimont et La Roche-en-Ardenne, tandis que la bien nommée branche des La Marck-Rochefort détient les seigneuries de Rochefort, Agimont, Herbeumont et Montaigu.

Les vestiges de ces châteaux forts sont encore visitables de nos jours, certains étant devenus des attractions touristiques majeures. Les cousins de la branche des La Marck-Sedan, détenteurs de la seigneurie du même nom, sont à l’origine de l’édification du château de Sedan, dans le département des Ardennes, qui reste aujourd’hui le plus grand château fort d’Europe. Loin de chez eux, ces irascibles cousins ont laissé leur empreinte à Valkenburg, aux Pays-Bas, mais également dans les forteresses liégeoises de Logne et de Franchimont, deux sites touristiques eux aussi majeurs.

Aux confins du Hainaut et du Brabant, ce sont les branches des seigneurs de Ravenstein et des La Marck-Arenberg qui dominent. La ville d’Enghien reste un site important pour l’histoire de la famille. Le complexe du couvent des capucins est fondé en 1615 par le prince Charles d’Arenberg et son épouse, Anne de Croÿ, afin d’y créer une crypte pour leur famille. L’ensemble a ensuite été offert à cet ordre mendiant à la condition qu’il veille sur leurs sépultures. Sous une partie de la chapelle et de la sacristie, la crypte abrite les cercueils des membres de la famille d’Arenberg.

 

La crypte du couvent des capucins à Enghien abrite des sépultures de la famille La Marck.©Guy Focant

Parmi les sépultures présentes, plusieurs appartiennent à des membres de la famille La Marck. Il s’agit de Jean Ier de La Marck († 1519), son fils Jean II de La Marck († 1552) et sa fille Odile de La Marck († 1558). Le caveau abrite également la sépulture de Marguerite de La Marck, princesse et comtesse d’Arenberg, décédée à Zevenbergen le 18 février 1599. Enfin, Louise-Marguerite, comtesse de La Marck, duchesse douairière de Charles-Marie-­Raymond d’Arenberg, décédée au château d’Heverlee le 18 août 1820, repose également à Enghien.
Dans les provinces de Liège et du Limbourg, on retrouve une autre des sept branches de la famille, celles des La Marck-Lummen, du nom d’une ville située entre Hasselt et Louvain.

Parmi leurs possessions, le superbe château de Seraing-le-Château est situé dans la commune liégeoise de Verlaine, entre Hesbaye et Condroz. Encerclé de douves, le site se compose d’un ensemble de bâtiments formant un U, ouvert vers le sud-est et dominé, à l’ouest, par un puissant donjon médiéval. Il ne constitue qu’un des multiples lieux à découvrir dans l’ouvrage consacré à cette prestigieuse famille.

1.  2. Les vestiges du château comtal de Rochefort. 3. La superbe forteresse de Seraing-le-Château (Verlaine), possession des La Marck-Lummen. 4.  5. Possession des La Marck-Rochefort, le château d’Herbeumont est une perle de la Gaume. 6. Le château de Ham-sur-Heure fut le siège du mariage de Marguerite de La Marck-Lummen avec le duc d’Arenberg en 1748.

 

Le château de Ham-sur-Heure fut le siège du mariage de Marguerite de La Marck-Lummen avec le duc d’Arenberg en 1748. ©Guy Focant

Un ouvrage touristique de qualité

Loin de recenser toutes les traces liées aux La Marck en Wallonie, cet « Itinéraires » met l’accent sur les plus emblématiques d’entre elles. Une série de lieux et de témoignages secondaires sont présentés dans des encadrés. Compte tenu de sa vocation essentiellement touristique, le livre s’organise de manière géographique, le plus souvent par province. Dans la mesure du possible, ce principe a déterminé la structure principale de l’ouvrage.

Les représentants de la famille La Marck les plus remarquables se retrouveront dès lors dans plusieurs chapitres. Afin de ne pas faire l’économie de quelques traces incontournables liées à l’histoire familiale, l’ouvrage sort à plusieurs reprises des frontières de la Région wallonne : un chapitre entier est consacré à la province du Limbourg et quelques incursions en Brabant flamand, à Bruxelles, en Allemagne, aux Pays-Bas et en France sont à découvrir. Celles-ci sont justifiées par le fait que les frontières d’hier ne sont pas celles d’aujourd’hui. Elles témoignent également de la dimension internationale de cette prestigieuse dynastie.

Outre de nombreux éléments patrimoniaux souvent situés en plein air, le lecteur trouvera aussi dans ce livre des notices relatives aux monuments, musées et centres d’interprétation qui conservent des traces de cette illustre famille, avec toutes les informations pratiques destinées à l’organisation de visites. Riche de près de 160 illustrations et comptant 288 pages, cette publication est accompagnée d’un signet et d’un arbre généalogique simplifié de la famille.

 

©Guy Focant

INFOS

Si vous souhaitez acquérir cette publication, n’hésitez pas à contacter le 081 23 07 03 ou publication@awap.be. Si vous commandez l’« Itinéraires no 11 – La Route des La Marck », auprès de l’Agence wallonne du Patrimoine avant le 30 septembre 2022, vous pourrez bénéficier d’une remise de 50 % sur « Itinéraires no 6 – La Route des châteaux en Wallonie », soit 20 € (+ frais de port) pour les deux ouvrages (offre valable jusqu’à épuisement du stock).
« La Route des La Marck. Une saga féodale », Namur (Itinéraires du Patrimoine wallon n° 11), 288 p., 14 €.
« La Route des châteaux en Wallonie », Namur (Itinéraires du Patrimoine wallon n° 6), 160 p., 12 €.

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