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Trésors wallons : la majestueuse église Saint-Lambert de Bouvignes

Le village de Bouvignes, avec son église et la Maison espagnole. 2. Vue générale de la nef en direction du chœur. | © ©Vincent_Rocher

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En bord de Meuse, un édifice majeur et pourtant méconnu.

 

Par Florence Pirard / Photos Guy Focant et Vincent Rocher
Construite sur un promontoire rocheux au cœur du centre ancien de Bouvignes-sur-Meuse, l’église Saint-Lambert surprend par son étonnante envergure. Le caractère exceptionnel en région mosane de son plan à deux chœurs et de sa haute tour d’avant-chœur hisse l’édifice au rang d’élément majeur du patrimoine de Wallonie. Depuis ses origines nébuleuses jusqu’à nos jours, l’église Saint-Lambert a traversé le temps en s’adaptant aux styles architecturaux. Gravement endommagée lors de la Première Guerre mondiale, elle a été sauvée de la démolition et restaurée dans un style néogothique. La qualité de son décor intérieur ainsi que son riche trésor lui confèrent un incontestable attrait patrimonial.

Par ses dimensions et sa position, l’église Saint-Lambert suffit à rappeler ce que fut Bouvignes entre le XIIIe et la première moitié du XVIe siècle : une cité prospère, enclavée entre les collines et le fleuve. La ville est née de cette position géographique particulière, aux confins méridionaux du Namurois et à quelques pas de la principauté de Liège, dont Dinant relève depuis la fin du XIe siècle.

Bâtie en style gothique et dédiée à saint Lambert, saint patron du diocèse de Liège, l’église de Bouvignes est consacrée en 1217. Le XVe siècle marque son âge d’or. Dans le dernier tiers de celui-ci, la nef et ses bas-côtés sont entièrement reconstruits et augmentés afin de répondre au nombre croissant de fidèles. L’édifice atteint alors 54 m de longueur, mais son agrandissement se trouve compliqué par l’existence de l’enceinte urbaine.

 

©Guy Focant

Comme le reste de la cité, l’église est ravagée et incendiée en juillet 1554 par les troupes du roi de France Henri II, opposé à Charles Quint. Bouvignes perd son faste mais Saint-Lambert, restaurée en 1559, en gardera la mémoire. Elle est nouveau dévastée le 23 août 1914. Une grande restauration est entamée en 1924. Celle-ci rend à l’édifice, trois ans plus tard, sa physionomie médiévale, éloignée du style néoclassique qui l’avait caractérisé depuis les travaux d’envergure entrepris en 1770.

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Jusqu’en 1870, moment où il est transféré au nord de Bouvignes, le cimetière est disposé autour de Saint-Lambert. En 1892 débute la construction du grand escalier rendant plus aisé l’accès à l’église, classée comme monument en 1948. Dans les années 1970, la ville de Dinant procède à la réfection du clocher et l’intérieur est réaménagé par l’architecte Francis Bonaert. En 1998, sous l’impulsion du conseil de fabrique, le trésor, exposé dans la Maison espagnole (place du Bailliage), réintègre l’édifice. En septembre 2017, à l’occasion du 800e anniversaire de la dédicace de l’église, s’achève la rénovation de la toiture, exception faite du clocher.

L’église Saint-Lambert de Bouvignes conserve en son sein de nombreuses œuvres d’art remarquables. Quelques-unes d’entre elles retiennent particulièrement l’attention. Mesurant 178 cm et sculptée à la fin du XVe ou au début du XVIe siècle, l’impressionnante statue du Christ de Pitié de Bouvignes est étonnante de réalisme. Le Christ souffrant est ici représenté avec une ample couronne d’épines enfoncée sur sa tête, ses avant-bras et ses chevilles entravés par une grosse corde. Malgré la perte de polychromie, le rendu sculpté des larmes et le regard abattu confèrent encore aujourd’hui à cette image une très grande charge émotive qui invite le spectateur moderne à entrer, comme le fidèle du Moyen Âge, en compassion avec cet homme souffrant, seul et abandonné de tous.

 

La chaire de vérité est attribuée au sculpteur valenciennois Pierre Schleiff (1601-1640). ©Guy Focant

Le 9 mai 1770, le magistrat de Bouvignes rachète à l’abbaye des prémontrés de Floreffe la chaire de vérité de son abbatiale en cours de réaménagement, chaire qui manquait jusqu’alors à Bouvignes. L’œuvre est attribuée au sculpteur valenciennois Pierre Schleiff (1601-1640). Le départ de son escalier est cantonné par les bustes en gaine des saints Paul et Pierre. La rampe est ornée d’angelots entrelacés dans les vignes. Aux angles de la cuve ou tonneau, on trouve les symboles des quatre évangélistes : l’aigle (saint Jean), l’enfant (saint Matthieu), le lion (saint Marc) et le taureau (saint Luc). Sur le pourtour de la chaire, des médaillons comprennent les bustes de la Vierge, de saint Augustin, de saint Jean et de saint Norbert, le fondateur de l’ordre des Prémontrés.

Le retable de la Passion est une imposante œuvre polychrome, sculptée au milieu du XVIe siècle dans un bois de chêne, qui éblouit et intrigue à la fois. Placé sur l’autel secondaire du collatéral sud de l’église Saint-Lambert, il est à plus d’un titre une œuvre majeure du patrimoine régional, et est classé trésor de la Fédération Wallonie-Bruxelles depuis 2010. Il s’agit d’un des rares exemplaires de la production anversoise du milieu du XVIe siècle qui soient parvenus jusqu’à nous.

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Ses imposantes dimensions convenaient particulièrement bien à son emplacement d’origine, à savoir le maître-autel de l’église de Bouvignes. La caisse est compartimentée en six niches réparties sur deux registres. Chacune de ces niches accueille plusieurs groupes sculptés et polychromes formant des épisodes de la Passion du Christ : la Flagellation, l’Ecce Homo, le Couronnement d’épines, le Portement de croix au moment de la rencontre avec sainte Véronique, la Crucifixion, la Pâmoison de la Vierge, les Juifs se disputant la tunique du Christ, et enfin la Déposition du corps. La Passion du Christ est le thème le plus fréquent du programme iconographique des retables des XVe et XVIe siècles. La niche qui accueille la Crucifixion est plus haute que les autres, car il s’agit de l’épisode central du récit ; il doit donc être mis en valeur.

Au début des années 1990, le retable de Bouvignes a bénéficié d’une vaste campagne de conservation-restauration exécutée par l’Institut royal du patrimoine artistique. Celle-ci a été décisive pour l’état matériel et l’étude du retable puisqu’elle a permis de dégager la polychromie d’origine. Le rouge, le bleu et le jaune des feuilles d’or composent la palette de couleurs principale du retable. Le trésor conserve également de très belles pièces d’orfèvrerie, notamment une croix reliquaire à double traverse (vers 1500-1510, argent, vermeil et émail), une statuette de saint Lambert (1518, argent et vermeil), une statuette de la Vierge (1520, argent et vermeil), un ostensoir-soleil (1645, argent et vermeil), une croix processionnelle (XVIIe siècle, laiton)…

Si l’église Saint-Lambert est avant tout, depuis huit siècles, un espace cultuel, elle est également, depuis une vingtaine d’années, un espace culturel. Des expositions temporaires y sont régulièrement proposées, sous l’impulsion de la fabrique et de la paroisse, parfois en collaboration avec la Maison du patrimoine médiéval mosan.

Par ailleurs, l’édifice accueille régulièrement de nouvelles œuvres d’art, éléments du patrimoine religieux wallon. En 2021, la Société archéologique de Namur a confié à la fabrique d’église une théothèque, un bénitier, des fonts baptismaux romans et des chapiteaux gothiques, ces derniers provenant de l’ancienne église Saint-Jacques de Dinant. Saint-Lambert est aussi un lieu de résonance dont la vie est rythmée par de fréquents concerts et conférences.

ORGANISEZ VOTRE VISITE

Si vous souhaitez visiter l’église Saint-Lambert de Bouvignes, contactez frère Jean-Baptiste : +32 477 98 00 75 paroissedebouvignes@gmail.com ou la Maison du Patrimoine médiéval mosan : +32 82 22 36 16 www.mpmm.beinfo@mpmm.be
Des visites guidées sont organisées gratuitement à la demande. Vous pouvez assister aux offices religieux les dimanches et jours fériés à 10 h 30. Infos : www.paroissedebouvignes.com

UN PEU DE LECTURE

©DR

Sorti il y a quelques semaines, le Carnet no 168 de la collection des Carnets du patrimoine est entièrement consacré à cet édifice et à son histoire. Illustré de très belles photographies, cet ouvrage vous emmène à la découverte de ce patrimoine exceptionnel. Si vous souhaitez acquérir cette publication, n’hésitez pas à contacter le 081 23 07 03 ou publication@awap.be.

Elle est également en vente dans de nombreuses librairies. Si vous commandez le Carnet no 168, « L’Église Saint-Lambert à Bouvignes-sur-Meuse », auprès de l’Agence wallonne du patrimoine avant le 30 septembre 2022, vous pourrez bénéficier d’une remise de 50 % sur les Carnets no 143, « L’Église Notre-Dame à Dinant », et no 151, « Poilvache, une forteresse médiévale en bord de Meuse », soit 18 euros (+ frais de port) pour les trois carnets. N’hésitez pas à profiter de cette opportunité avec le code « promo Bouvignes ».

 

Le Retable de la Passion ©Guy Focant

 

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