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La parole à Maxime Prévot : Namur, plus attractive que jamais

Maxime Prévot : « En prenant la culture dans mes compétences, j’ai voulu signifier combien ce levier fait partie de la force de frappe d’un bourgmestre. » | © ©DR

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Une passerelle, un téléphérique, de belles pierres et des nouvelles technologies… Namur combine cœur historique et cité numérique. Reconnue comme « smart » et fière de son Grognon. Enjambée vers demain avec son bourgmestre Maxime Prévot.

 

Dans son numéro de ce jeudi 28 septembre, Paris Match Belgique sort une édition spéciale la ville de Namur, capitale de la Wallonie. Riche d’un beau patrimoine et dominée par sa Citadelle, la ville déploie se charmes ! Rencontre avec son bourgmestre.

Paris Match Belgique. La transformation des villes est aujourd’hui logique et inévitable. Comment vous projetez-vous dans cette évolution nécessaire ?
Maxime Prévot. Le 19e siècle a été celui des empires, le 20e siècle celui des états-nations et le21e sera celui des villes et métropoles. Les villes sont des corps vivants, sans cesse en mutation, et qui concentrent sur leur territoire des problématiques de mobilité, de sécurité, de précarité. Les questions du vivre-ensemble s’y posent de manière plus aigüe. Une ville est telle une belle marmite, il faut éviter de la mettre su un feu trop brûlant de peur que ça déborde et doser le feu doux pour que les mutations nécessaires puissent se faire et que les changements indispensables au niveau sociétal s’accomplissent. Je pense notamment à la transformation digitale, avec la volonté d’avoir placé Namur, capitale de la Wallonie, au premier rang des smart cities et reconnue comme telle par l’UNESCO. Mais il y également tous les enjeux liés à la lutte contre le changement climatique en étudiant les vulnérabilités de notre territoire : écoulements d’eau et inondations, lutte contre la spéculation sur les terres agricoles, contre l’étalement urbain, contre les îlots de chaleur… Nous devons donc nous montrer davantage prompts dans la création d’espaces publics arborés et la débétonisation du cœur de ville. D’où notre projet de débétoniser la surface la plus grande d’un centre-ville en Wallonie afin de créer un nouveau parc public de 7000 m2 et dont le chantier démarrera en 2023. Nous réfléchissons aussi à l’extension du piétonnier car les études démontrent l’impact positif qu’il a, à terme, sur le commerce. Il nous faut rendre le centre plus vert et convivial. Il s’agit de recréer une expérience urbaine.

 

©Denis Colson

Réaffectation des bâtiments et rénovation sont-ils les maîtres-mots actuellement dans toute rénovation urbaine ?
Il s’agit d’une notion indispensable. Nous n’avons pas, comme dans d’autres villes, des hectares de friche industrielle abandonnées à réaffecter. Notre challenge se situe dans l’hyper cœur urbain à transformer. Les projets innovants naissent de la reconversion de bâtis existants, soit par la rénovation soit par la réutilisation de matériaux existants. Nous nous sommes concentrés ces dernières années, avec succès, sur le sud de la Corbeille. Il y a tout le pôle de la Confluence (qui a bénéficié des Fonds FEDER) avec l’Enjambée et le site du Grognon, le tout nouveau parking, reconnu comme le plus beau d’Europe il y a peu, le Delta espace culturel, la place Maurice Servais qui termine sa cure de jouvence, le téléphérique, le Square de la Francophonie… Toute cette partie du bas de la ville, greffée au piétonnier historique, se trouve aujourd’hui en plein élan. À nous de réussir le même pari dans le nord, autour de la gare, point d’entrée majeur pour les touristes et les citoyens mais dont l’environnement immédiat est peu attractif. Nous avons commencé à redynamiser les abords de la gare. Et nous continuons avec des immeubles de bureaux, un nouvel hôtel, des kots… Au printemps 2023, ce sera le tour de la rénovation de la Place de la Station et du boulevard Mélot pour plus d’espaces piétonniers et de plantations. Et bien d’autres rénovations de quartiers, axées sur la mixité logements-bureaux-commerces. La mixité des fonctions et des usages des bâtiments s’avère essentielle mais leur capacité de réaffectation également. C’est dans ce sens que nous devons concevoir le bâti de demain.

« J’ai toujours voulu sublimer les vieilles pierres tout en nous situant pleinement dans le21e siècle. »

Où la participation citoyenne se situe-t-elle ?
Il va sans dire que nous veillons à impliquer le citoyen dans nos différents projets et avons créé un échevinat et un service de la participation du citoyen pour tous les gros chantiers. Par exemple, en ce qui concerne le futur parc et le Square Léopold, il y a eu des ateliers de co-construction mais aussi des consultations avec des associations de défense des femmes pour la conception de certains lieux. Le regard genré sur l’espace public est très important afin de s’assurer de ne pas générer des espaces insécurisants. Sans compter la reprise, après le Covid, de soirées de présentation des grands projets de la ville.

Comment casser l’image bourgeoise de Namur et concilier ses différentes identités, étudiante, commerçante, touristique ?
Namur est bien moins bourgeoise qu’on ne pourrait le penser même si elle comporte, bien sûr, des zones de territoire plus favorisées que d’autres. Si Namur fait figure, il est vrai, de perle de Wallonie, nous avons de grands défis sociétaux de mobilité et de construction. Elle a gardé un bâti ancien qui fait son charme mais n’offre pas de larges routes. Heureusement, nous ne sommes pas balafrés par une grande rocade à l’impact paysager problématique. Nous avons deux cours d’eau majestueux et la Citadelle : c’est magnifique pour le tourisme, beaucoup moins pour la mobilité qui représente un vrai défi. Il faut aussi allier harmonieusement l’ancien et le nouveau. Nous revendiquons être une ville de patrimoine mais j’ai toujours voulu sublimer les vieilles pierres tout en nous situant pleinement dans le21e siècle. Raison pour laquelle nous misons beaucoup sur le pôle d’enseignement supérieur, nos expertises en matière de nouvelles technologies et un écosystème digital reconnu à l’international, le KIKK Festival en étant un des emblèmes les plus renommés. Il faut donc faire cohabiter tous les visages de Namur mais aussi toutes ses aspirations. Celles des habitants, des touristes, des étudiants, des commerçants, des jeunes familles, des retraités… Et c’est ce qui fait l’attrait d’une ville.

 

©DR

Le renouveau de Namur semble passer par le tourisme et la culture. Une volonté maïorale ?
Quand j’ai prêté serment pour mon deuxième mandat, j’avais indiqué qu’ils figuraient parmi mes deux piliers prioritaires. En prenant la culture dans mes compétences, j’ai voulu signifier combien ce levier fait partie de la force de frappe d’un bourgmestre. Un levier de développement humain, d’émancipation personnelle, mais aussi urbain, économique. La crise du Covid a démontré qu’il était légitime d’associer culture et économie, son rôle est essentiel. Le Delta, le Grand Manège, le Conservatoire entièrement refait… Mais aussi la rénovation du Casino qui sera le seul de Belgique ouvert 24h/24. Tout participe de ce renouveau. Le site de la Citadelle est en plein essor, combinant modernité et respect de l’histoire. Plusieurs millions ont été consacrés à la rénovation de ses murailles, de ses souterrains et de ses vestiges, et de la Brasserie du Panorama offrant la plus belle vue sur Namur. Le redéploiement, sur les hauteurs de l’Esplanade, du Pavillon numérique, issu de l’Exposition universelle de Milan et salué pour son audace architecturale et sa durabilité, marque un temps fort. Le Pavillon est devenu la vitrine du savoir-faire numérique et interpelle les visiteurs et citoyens sur les défis de la réalité virtuelle, de l’intelligence artificielle et de ce monde qui parfois nous échappe. En fait, nous avons créé un triangle vertueux, autour du numérique, entre le Pavillon, le TRAKK, véritable pépinière d’entreprises innovantes et, à la pointe de la Confluence, le NID, acronyme de Namur Innovante et Durable. Il a pour vocation de sensibiliser le grand public quant aux défis des villes du futur et il plonge le visiteur dans le Namur d’hier mais aussi de demain. Son expertise nous aide dans notre façon de communiquer mais le lieu se prête également à des conférences, des ateliers-débats… Une sorte de bouillonnement de co-construction de la ville.

Qu’est-ce qui vous semble le plus marquant en 10 ans de mandat ?
Le réveil namurois ! On a longtemps qualifié Namur de « Belle endormie ayant peur du changement ». La voici largement réveillée, tournée vers l’avenir et reconnue comme telle.

 

©Dimitri Denecker

Le Pavillon : immersion digitale

Superbe bâtiment éco-design, né de l’imagination de Patrick Génard, célèbre architecte d’origine namuroise basé à Barcelone, le Pavillon avait fait sensation lors de l’Exposition Universelle de Milan en 2015. Porté par le KIKK à Namur, le voici installé depuis 2021 sur l’Esplanade de la Citadelle en tant qu’espace de découverte et d’expérimentation dédié aux cultures digitales et créatives. DE nombreuses expositions et animations s’y déroulent.

Jusqu’au 27 novembre, le Pavillon accueille l’exposition collective BIOTOPIA rassemblant plus de 30 œuvres et projets de recherche et d’innovation technologique qui interrogent notre rapport au vivant et à l’environnement.

Retour du KIKK Festival

Et du 27 au 30 octobre, retour du KIKK Festival. Avec une série d’installations monumentales et interactives, Kikk in town propose un parcours géant, dans et hors les murs, à la découverte d’espaces insolites, dont certains lieux de patrimoine habituellement fermés au public.

Quant au Kikk Market, il offre une sélection d’objets et d’expériences développées par des studios et entrepreneurs issus des quatre coins du monde. De la robotique à l’intelligence artificielle, en passant par la mode, la production musicale ou l’immersion onirique, le visiteur aura de quoi en rester bouche bée.

https://www.le-pavillon.be/
https://www.kikk.be/fr

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