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Trésors wallons : bienvenue Châtelet au coeur du pays noir

La silhouette imposante de l’église de Châtelet avec ses trois clochers. | © Vincent Rocher

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Côté patrimoine, la commune compte quatre-vingts biens inscrits à l’inventaire, parmi lesquels trois monuments classés qui font la fierté de l’entité.


Par Frédéric Marchesani / Photos Vincent Rocher

La ville de Châtelet est également le centre d’une commune qui, depuis la fusion de 1977, regroupe Bouffioulx et Châtelineau. Elle se situe dans la province du Hainaut, au cœur du Pays noir, ancien nom donné à l’agglomération de Charleroi. Comme son imposante voisine, elle est traversée par la Sambre et reste profondément marquée par l’empreinte de l’exploitation minière qui fit sa richesse et sa renommée à partir de la Révolution industrielle.

En témoignent les nombreux et imposants édifices néoromans et néogothiques érigés au XIXe siècle. Sous l’Ancien Régime, Châtelet fait partie de la principauté de Liège, dont elle est une des vingt-trois Bonnes Villes. Après la Révolution et l’annexion à la France, elle intègre le département de Jemappes puis, sous les régimes hollandais et belge, la province du Hainaut.

La chapelle Saint-Roch. Ce bel édifice mononef en briques enduites et pierre calcaire a été érigé en 1626, comme l’indique la date présente sur la clé d’arc de l’entrée. Il est ainsi contemporain de deux chapelles fort similaires, érigées à Fleurus en 1634 et Ham-sur-Heure en 1636-1638 à la suite d’une épidémie de peste dans la région. C’est donc tout naturellement qu’elles ont été dédiées à saint Roch, traditionnellement invoqué contre la peste et autres maladies contagieuses. La chapelle de Châtelet a été bâtie sur les lieux d’un ancien cimetière de pestiférés, aujourd’hui disparu. La porte a conservé sa menuiserie ancienne à cloutage et ferrures. La nef est éclairée de part et d’autre par deux fenêtres en plein cintre.

 

La chapelle Saint-Roch, un des trois monuments classés de la commune.  ©Vincent Rocher

À l’intérieur brillent un plafond à compartiments peints millésimé 1633 et un autel baroque installé en 1636, puis restauré en 1849. Rare témoin de l’art baroque dans la région de Charleroi, visitable sur demande, la chapelle Saint-Roch a été classée comme monument le 2 décembre 1959.

Le château Pirmez. Bâti en 1833 par Victor Pirmez, maître de forges dans la vallée de la Biesme, ce château est transformé en orphelinat en 1803. Abandonné à la fin des années 1980, il est racheté en 1997 pour y accueillir un centre d’accueil et de formation professionnelle. Les façades et toitures, ainsi que la rotonde intérieure, ont été restaurées en 2016.

Ce bel hôtel de maître néoclassique affiche un double corps de briques et pierres enduites. Le quadrilatère est protégé par une bâtière encadrant la verrière d’une superbe rotonde centrale qui, au sein du bâtiment, détermine la disposition des pièces. D’un diamètre de 8 m, elle est surmontée d’une coupole vitrée et présente, au sol, un pavement en marbre rouge et noir du pays, dont les dessins forment un damier qui se répartit en courbes hélicoïdales. Le château a été classé comme monument (toitures, façades, menuiseries et rotonde) le 12 décembre 1996.

 

 Le château Pirmez, belle demeure néoclassique. ©Vincent Rocher

Une maison Art nouveau. La Belgique fut en première ligne, au tournant des XIXe et XXe siècles, lorsqu’un courant naissant, l’Art nouveau, gagna le continent européen. Le mouvement que l’on découvre est un art total, touchant toutes les formes de la palette artistique : architecture, mobilier, décoration, illustration…

On y trouve deux types d’architecture, l’Art nouveau géométrique et une tendance que l’on peut qualifier d’Art nouveau floral, la plus connue en Belgique, qui se caractérise par l’usage d’arabesques et d’une ornementation naturaliste. Cette belle maison, située sur la place de Châtelineau, est un admirable exemple de demeure bourgeoise du début du XXe siècle. Elle présente une façade en briques émaillées blanches et bleu clair qui forment des motifs géométriques.

Toutes les baies sont dotées de châssis individualisés par les dessins tout en courbes des petits-bois et par d’exceptionnels vitraux. Ces derniers présentent des motifs naturalistes dans les tons de bleu, vert, rouge, violet et jaune. Des linteaux métalliques, des ferronneries ouvragées et de fines consoles en bois parachèvent la façade. Dans le soubassement, on admire le soupirail circulaire, à la forme originale, et les piédroits sculptés de la porte d’entrée. À l’étage, les portes-fenêtres sont dotées de balcons protégés par des balustrades. La toiture mansardée, percée de lucarnes, repose sur des aisseliers en bois. Elle est classée comme monument depuis le 22 septembre 1992.

 

Les détails architecturaux fourmillent sur la maison Art nouveau de Châtelineau. ©Vincent Rocher

Un patrimoine varié. Outre ces trois monuments classés, la commune compte d’autres biens d’intérêt, repris à l’inventaire du patrimoine immobilier culturel. C’est notamment le cas de la belle gare de Châtelet, située à Châtelineau, de l’autre côté de la Sambre. De style éclectique, elle a été érigée en briques rouges et jaunes et pierre calcaire en 1910. Alignant dix-sept travées sous bâtières d’ardoises, elle présente un corps central relié à des pavillons latéraux par des ailes symétriques. Une grande baie vitrée semi-circulaire coiffée d’un attique caractérise le pignon du volume central. Châtelineau compte également quelques belles églises contemporaines telles que l’église Sainte-Marie, de style néoroman (1906), ou l’église Saint-Barthélemy (1911) qui conserve une peinture de Constantin Meunier, « Jésus meurt sur la croix », millésimée 1896.

D’autres sanctuaires d’intérêt sont visibles à Châtelet. Outre l’église de l’Immaculée Conception, érigée en style néoroman en 1878, on admirera particulièrement la silhouette imposante de Saints-Pierre-et-Paul, située sur la place de l’hôtel de ville. Il s’agit d’un édifice de style néogothique daté de 1871.

Ses trois clochers aux toitures recouvertes de feuilles de cuivre sont impressionnants, tout comme les œuvres d’art qu’on y trouve :une statue du « Bon Dieu des Gaux », en chêne et réalisée vers 1480, de splendides vitraux et un orgue monumental remarquable de 1943 qui, chaque année depuis 1983, est au centre d’un festival. À deux pas de là, l’hôtel de ville constitue l’autre édifice d’intérêt patrimonial des lieux.

Érigé au début du XIXe siècle, il a été doté en 1924 d’une superbe façade néo-Renaissance décorée de panneaux en céramique peinte réalisés par Eugène Paulus. Ceux-ci représentent les armoiries de la ville et les symboles de la brasserie, de la métallurgie, de la justice, de la musique, du théâtre et de la poterie.

L’ENFANT DU PAYS

La maison de Magritte à Châtelet. ©Vincent RocherBien que né à Lessines le 21 novembre 1898, le plus célèbres des peintres surréalistes belges, René Magritte, est un enfant de Châtelet. Après avoir brièvement vécu à Gilly, il s’y installe avec ses parents et ses frères en 1904, et y passe ses belles années d’enfance avant de rejoindre Charleroi en 1913.

Entre-temps, son père, devenu inspecteur général de la société De Bruyn qui produit huile et margarine, souhaite vivre dans un endroit qui serait le reflet de son statut social. C’est ainsi qu’en 1911, il fait bâtir une maison dans la rue des Gravelles dans un esprit Art nouveau. L’architecture et la décoration intérieures sont telles que Magritte les a connues, avec les parquets, les colonnes à balustrades et les deux très belles cheminées.

Les murs de la cuisine sont entièrement revêtus de faïences de Bouffioulx, devenues aujourd’hui introuvables et qui font de cette pièce une exception. Propriété de la ville depuis 2001, rénovée, elle abrite aujourd’hui des expositions de peinture, sculpture et photographie. Aux étages sont organisés des ateliers d’art.

INFOS
Maison Magritte, rue des Gravelles 95 à 6200 Châtelet. Ouvert du 1er mai au 31 octobre tous les mercredis de 9 h à 12 h et de 13 h à 17 h, ainsi que le premier dimanche du mois de 9 h à 12 h 30 et de 13 h à 17 h 30. Elle reste accessible sur rendez-vous toute l’année, du lundi au vendredi de 8 h à 17 h. Entrée : 2,50 € (adultes) ou 1,50 € (seniors, étudiants et enfants). Renseignements au +32 (0)71 24 26 26 ou culture@chatelet.be

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