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Beyne-Heusay et Fleuron : deux bijoux champêtres aux portes de Liège

L’église Saint-Denis de Fléron et le presbytère. | © Vincent Rocher

Voyages

Les deux entités s’étendent sur un territoire vallonné, voire escarpé à certains endroits, offrant de nombreux points de vue et abritant un patrimoine architectural très intéressant.


Par Florence Pirard / Photos Vincent Rocher

La petite commune de Beyne-Heusay est installée sur les premières marches du plateau de Herve et s’est constituée, au fil des siècles, par le regroupement de divers villages et hameaux : Bellaire, Beyne-Heusay, Queue-du-Bois, ainsi que le village de Moulins-sous-Fléron. Elle accueille aujourd’hui 12 000 habitants, les Beynois. Sa voisine, la commune de Fléron, rassemble les villages de Fléron, Magnée, Retinne et Romsée, qui accueillent près de 16 500 Fléronnais.

Beyne-Heusay

La chapelle Sainte-Anne et son environnement. Située au sommet du plateau dominant la vallée de la Vesdre à hauteur de Vaux-sous-Chèvremont, cet édifice calcaire date de la fin du XIXe siècle. Le site est le seul bien classé de la commune de Beyne-Heusay, depuis 1945. Érigée près d’un siècle après les faits qu’elle commémore, la chapelle mêle symboliques religieuse et révolutionnaire en rendant hommage à des soldats français tués au cours d’un combat contre les Autrichiens, en 1794. À l’intérieur, une plaque commémorative rappelle cet état de fait : « Chapelle dédiée à sainte Anne d’Auray en Bretagne. Les tilleuls et la potale datant de 1794 évoquent le souvenir de cinq soldats bretons tombés lors de l’offensive française. » Aujourd’hui, seuls trois arbres subsistent.

Le château de Neufcour. Entouré d’un beau parc et cerné d’un fossé presque totalement comblé, le château, déjà mentionné au XVIe siècle, a été reconstruit de 1661 à 1663, alors qu’il appartenait à la famille de Neufcour. Disposant ses bâtiments autour d’une cour quasi carrée, il s’ouvre au nord-ouest par une tour-porche flanquée de deux ailes remaniées. Au nord, une belle tour chaînée aux angles, de section carrée, est datée par les ancres « Anno 1663 ». Haute de trois étages, elle est percée de baies harpées. Sur sa face ouest s’appuie une seconde tour plus étroite dont la cheminée, apparente sur toute sa hauteur, accentue l’élancement.

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Le château de Neufcour est entouré d’un beau parc. ©Vincent Rocher

Fléron

Les orgues de l’église Saint-Denis. Sanctuaire édifié de 1843 à 1845 à l’emplacement d’une église romane du XIIe siècle incendiée au XVIIe siècle, l’église est caractérisée par sa tour carrée. Du cimetière primitif, situé de part et d’autre, ont été conservées 45 croix des XVIIe et XVIIIe siècles, aujourd’hui encastrées dans les murs de la place. Si le mobilier conservé date du XVIIIe siècle, les orgues sont quant à elles presque contemporaines de la reconstruction de l’édifice. Œuvre du facteur d’orgues de Saint-Trond Arnold Clerinx, l’instrument, conçu aux alentours de 1873-1879, a été minutieusement remis dans son état d’origine lors d’une restauration réalisée par la manufacture Thomas en 1989. Il a ainsi conservé son buffet, composé d’une façade en chêne verni et de panneaux latéraux en bois de sapin.

La soufflerie, placée dans la tour derrière l’instrument et protégée par un nouveau caisson, est également d’origine, tout comme les sommiers, la transmission, la console et la tuyauterie. Autant d’éléments qui ont mené à une procédure de classement de l’ensemble au début des années 1980.

La rue Heid des Chênes. Située à l’emplacement d’une antique voie romaine, elle est remarquable pour la qualité de ses maisons anciennes, parmi lesquelles trois bénéficient d’une mesure de classement : la ferme L’Aventine, la ferme Willems et une maison de style mosan. Les deux fermes se situent à l’avant d’un site classé en 1994, la Heid des Chênes, constitué de prairies et de vergers courant jusqu’à la rue de Jupille. Le site a bénéficié d’une protection en raison de sa valeur historique, artistique et scientifique en 1988.

L’Aventine est composée d’un beau corps de logis flanqué d’annexes, d’une cour fermée par la façade arrière de la grange en briques et colombage de la ferme voisine, et d’un portail d’accès. Le corps de logis, construit sur deux niveaux, date de 1670 et a été remarquablement préservé. À l’intérieur, les panneaux de chêne ont été conservés, ainsi que deux très belles cheminées, restaurées admirablement dans les années 1980. Il s’agit d’un bel et rare exemple de l’architecture rurale liégeoise du XVIIe siècle parvenu jusqu’à nous, tout comme la ferme Willems (classée en 1990), qui dispose des bâtiments en briques et calcaire comme suit : portail d’entrée s’ouvrant sur une cour pavée, corps de logis à droite, étables juste en face.

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La maison de l’Aventine, rue Heid des Chênes à Fléron. ©Vincent Rocher

Le corps de logis, typique de l’architecture liégeoise du XVIIe siècle, a été érigé en 1652, comme l’indique la date gravée au-dessus de la porte d’entrée. La maison de style mosan, en retrait, date du début du XVIIe siècle. Du quadrilatère initial subsistent le corps de logis ainsi que des étables à gauche. Le salon du rez-de-chaussée comprend des peintures murales, une cheminée et de belles boiseries du XVIIIe siècle. Perpendiculaires à la voirie, les étables sont percées d’une porte cintrée dont l’arc est doublé d’un rouleau en briques.

L’église Sainte-Julienne. Édifiée en briques et calcaire entre 1845 et 1847, classée en 2001, elle est un des exemples les plus précoces de l’architecture néogothique en Wallonie. Il s’agit également de la plus ancienne église de ce style conservée en province de Liège, deux caractéristiques ayant mené à son classement comme monument.

Elle est due à François-Tilman Suys (1783-1861) – dont l’œuvre fut surtout marquée par les styles néoclassique et néo-Renaissance –, père de l’architecte Léon Suys, célèbre pour avoir conçu les anciens thermes de Spa et la Bourse de Bruxelles. Composée d’un seul vaisseau, l’église de Retinne est une de ses réalisations les moins connues. Elle a conservé une décoration entièrement néogothique de grand intérêt : voûtes peintes, autels, chaire de vérité, stalles, frises du chœur et statues, tous réalisés par des artisans entre 1847 et 1855. Les peintures intérieures et la maçonnerie extérieure ont été entièrement restaurées en 2013. Notons encore que la place du Marché, à quelques pas, conserve un Christ en pierre à double face daté de 1665, dont il n’existe que quatre ou cinq exemples en Belgique.

 

 L’église Sainte-Julienne de Retinne est un des exemples les plus précoces de l’architecture néogothique en Wallonie. ©Vincent Rocher

LE RY-PONET, UN PAYSAGE A PRESERVER

L’exceptionnel site du Ry-Ponet s’étend sur le territoire des communes de Liège (Chênée et Grivegnée), Fléron (Romsée), Beyne-Heusay et Chaudfontaine (Vaux-sous-Chèvremont). Il propose de superbes panoramas sur la ville de Liège ainsi que sur les vallées de l’Ourthe et de la Vesdre. Selon le rapport rédigé par l’asbl Natagora en mai 2017, le Ry-Ponet présente un grand intérêt biologique.

À ce jour, aucune espèce rare n’y a été remarquée, mais ce qui fait la grande richesse du lieu, unique aux portes de Liège, c’est sa superficie de près de 400 hectares abritant une diversité de milieux naturels très variés (bocages, prairies, terrils, boisements, cours d’eau…) et constituant un noyau central pour le réseau écologique. Le site est également est jalonné de nombreux témoins historiques qui font la richesse du site : la chapelle Sainte-Anne, la ferme Sainte-Anne, le château de Bruyères… Pour découvrir le parc paysager du Ry-Ponet, dix balades sont proposées. Une plate-forme citoyenne de défense du site a été fondée en 2015.

 

Fabuleux point de vue sur la ville de Liège depuis le Ry-Ponet. ©Vincent Rocher

INFOS
www.ryponet.be

PROMENADE IDEALE : LA LIGNE 38

Reliant le site des Trois Frontières (Belgique, Pays-Bas et Allemagne) à la ville de Liège, la ligne 38 emmène à la découverte des bocages du pays de Herve dans un cadre lumineux et verdoyant. Jadis, elle était chargée de l’acheminement du charbon de Fléron vers l’Allemagne et des métaux non ferreux de Plombières vers le bassin mosan.

Le trafic de voyageurs est stoppé le 2 juin 1957. Peu à peu, le trafic de marchandise est lui aussi délaissé. En 1992, la ligne est déferrée. Depuis, elle est devenue une promenade en pente douce depuis Fléron jusqu’à Chênée en descendant vers Liège, et quasi à plat de Fléron jusqu’à Plombières en partant vers l’Allemagne. De nombreux points de vue permettent d’admirer et d’apprécier les paysages tout au long d’une des plus anciennes et mythiques sections du RAVeL.

ORGANISEZ VOTRE VISITE

La commune de Beyne-Heusay fait partie des douze communes intégrées à la maison du tourisme du Pays de Liège. Toutes les informations pratiques pour organiser votre séjour et vos visites à Beyne-Heusay sont disponibles sur le site www.visitezliege.be et plus spécifiquement sur la page www.visitezliege.be/fr/page/beyne-heusay.

La commune de Fléron est quant à elle intégrée au territoire de la maison du tourisme du Pays de Herve, qui comprend également douze communes. Le site internet regorge d’informations pour planifier votre venue : www.paysdeherve.be

 

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